HUNGER

  • Kitano
  • Films

Que de sons et d’images résonnent face à cette histoire, une fois de plus vraie dans une tendance cinématographique automnale à montrer la vie de rebelles : MESRINE (Jean-Claude Richet, la vie et la mort du gangster ennemi public numéro un), LA BANDE A BAADER (de Uli Edel sur l’organisation d’extrême gauche années 70/80) et aujourd’hui Bobby Sands.

 

Ce qui marque, c’est le recul, le fait de montrer des évènements, de ne pas juger, enfin presque pas, de pouvoir nous mettre en empathie sans chercher à (s’)appuyer sur le pathos. Le prologue montre des personnes tapant sur le sol, dans la rue, avec des couvercles de poubelles. Elles annoncent la mort de Bobby Sands, membre de l’IRA qui avait commencé une grève de la faim refusant d’être traité comme un prisonnier de droit commun. Le gouvernement anglais avec l’intraitable Premier Ministre Margaret Thatcher leur refusera jusqu’au bout le statut de prisonnier politique. La différence avec le mouvement précédent, c’est qu’un prisonnier entrait dans cette action tous les quinze jours. Soixante quinze était prêts.

 

Le film a trois parties distinctes mais unies. La première avec Davey Gillen incarcéré pour 6 ans dans la prison de Maze où les membres de l’IRA font la grève des couvertures et de l’hygiène : ils refusent de porter l’uniforme des droits communs et vivent donc nus avec seulement cette couverture, salissant de leurs excréments les murs de leur cellule, vidant dans le couloir leur urine. Cela donne cette scène ou le liquide de tous les prisonniers converge, métaphore de l’union de leur combat.

 

C’est une mise en scène organique que nous donne à ressentir Steve Mc Queen. Sans aller jusqu’à l’odeur, c’est par les couleurs, les conditions d’hygiène, les corps qu’il va faire passer le message de ces irlandais pouvant être emprisonnés sur simple suspicion d’attentats. On souffre avec eux, d’abord de leur enfermement, de leur solitude, des coups (scène du couloir avec les CRS). Ce qui paraît d’un autre âge, date pourtant des années 70, dans un pays démocratique. Cela est d’autant plus rageant que les revendications étaient acceptables, à tel point que le gouvernement les accordera toutes, de longs mois après.

 

Et puis, il y a la personne de Bobby Sands. Si dans le résumé de l’Histoire de l’Irlande, il n’y est pas fait allusion, il est connu, reconnu comme martyr. Sa mort et le mouvement lancé relanceront les dons et la sympathie pour l’IRA. Mais, cela n’était pas dans un plan calculé.

Deuxième partie et temps fort, la scène, la longue et belle scène avec le prêtre, discussion théologique, dialectique, sémantique, psychologique. Filmée en plan séquence dans la mi-ombre, alternant champ/contrechamp, visages et cigarettes, elle est l’épine dorsale du film dans ce parloir vide. Le prêtre poussera Bobby dans ses retranchements.

Les plans fixes accompagnent l’environnement carcéral où rien ne sera oublié, comme les stratagèmes pour communiquer, la solitude, la frustration, la violence, les prêches dans l’indifférence.

 

Enfin la dernière partie, montre la fin de vie de Bobby Sands amaigri par cette absence de nourriture. L’acteur Michael Fassbender (vu dans le ANGEL de François Ozon) finit avec la peau sur les os, c’est impressionnant. Les scènes vont devenir aussi réalistes dans la chair que vaporeuses dans les rêves de ce combattant que des extraits de discours du Premier Ministre va rejeter, reléguer en délinquant. Un acte meurtrier de l’IRA sera montré et le générique mentionnera le nombre de gardiens tués. Dans les scènes touchantes, je retiens celle du parloir où avant de prendre sa décision, Bobby entend sa mère lui demander ‘Tu manges bien ?’.

 

Hunger is an energy’ chantait Johnny Lydon (d’origine irlandaise) dans la chanson RISE (groupe PIL). La colère est une énergie, pacifiste mais se retournant dans le cas d’une grève de la faim contre celui qui la mène. Difficile de l’oublier comme ce dessin prégnant où l’on voyait Margaret Thatcher descendre des escaliers en forme de cercueils. Aujourd’hui, les militaires britanniques ont quitté le sol irlandais, le conflit est devenu politique et l’enfant de Bobby Sands est un homme.

 

Au XXe siècle on connaissait le nom de Steve Mc Queen comme acteur, au XXIe on le connaîtra comme réalisateur.

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