Publié le 30 Novembre 2014


 

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. Je vous demanderais bien de choisir par laquelle commencer mais ça serait assez idiot et je pourrais attendre un bon moment avant d'avoir une réponse. Je vais donc m'occuper de ce choix pour vous.

La mauvaise donc. Sur son site, la WWE a posté une playlist regroupant les ""meilleurs"" moments du Anonymous General Manager. Une série de vidéos à éviter de préférence.
Toutefois, il est intéressant de noter l'absence de toutes mentions à Hornswoggle quand bien même le petit farfadet s'était révélé être derrière toute cette mascarade à l'ordinateur.

Forcément, quand le fameux signal sonore s'est à nouveau fait entendre la semaine passée à RAW, la consternation a envahi les fans avec la crainte que le pupitre le plus détesté de l'histoire de la WWE fasse son retour.

C'est ici qu'intervient la bonne nouvelle. Toujours sur le site de la WWE, une annonce tease que l'identité de ce nouveau General Manager anonyme sera révélé ce lundi lors de l'édition spécial Cyber Monday RAW.
 

 

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Rédigé par FNNATION

Publié dans #Catch

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Publié le 30 Novembre 2014

Source : Wikipedia

 

Dans une autobiographie riche et drôle, John Lydon se souvient du temps où il s’appelait Johnny Rotten. Punk, prêtres pédophiles ou pisse de rat : tout y passe. Le récit de la vie épique d’un gentleman flingueur.

Quel est ton premier souvenir de musique ?

John Lydon – Il y a toujours eu de la musique à la maison, comme dans toute famille irlandaise… La communauté se retrouvait au pub, où se succédaient des musiciens… Tout le monde jouait d’un instrument : mon père, c’était l’accordéon. J’ai grandi dans cette odeur d’alcool, de tabac et de charbon : à l’époque, il y avait encore le fog à Londres. On était tous grisâtre à cause de cette fumée.

Premier contact avec la pop music ?

Pendant mon enfance, la radio, la BBC, ne passait que d’interminables pièces classiques. Même au début du rock, puis des Beatles, elle ne passait pas cette musique. Avant que la pop music ne bouleverse le vieux monde… Et puis il y avait les fêtes foraines, le seul endroit où l’on pouvait entendre du rock’n’roll… Ce côté sulfureux, mauvais garçon, flamboyant, bruyant des teddy-boys me fascinait.

Tu avais le droit de toucher à l’accordéon de ton père ?

Absolument interdit. Dès qu’il partait, je le sortais du carton planqué dans un placard,

dans lequel il conservait aussi ses revues porno. Mais plus que les filles nues,

c’était l’accordéon qui me faisait rêver. Tous ces boutons, ce vacarme…

A 6 ans, j’ai voulu me mettre au violon, mais je n’ai aucune aptitude pour les instruments

de musique. Je chantais bien mais j’ai volontairement saboté mon chant,

pendant des années, pour échapper à la chorale de l’église

et aux prêtres pédophiles (silence)…

Nous étions terrifiés par les prêtres, mais nous ne pouvions

alors même pas en parler à nos parents : ça aurait été un péché que de dénoncer

un soldat de Dieu… Ma colère contre toute forme de religion remonte à cette époque.

Le catholicisme aurait donc pu ruiner à jamais ta carrière de chanteur ?

Les curés ont surtout failli ruiner ma vie…

Comment s’est passée ta scolarité ?

J’étais très assidu à l’école dans les matières qui me touchaient : l’anglais, la peinture, la littérature… A 4 ans, grâce à ma mère, je savais lire et écrire. Mais à 7 ans, j’ai été foudroyé par une méningite qui m’a quasiment tué et totalement détruit. Je l’ai chopée en jouant avec mes petits bateaux en papier, dans une flaque d’eau à l’arrière de la maison… En guise d’eau, c’était plutôt de la pisse de rat (silence)… J’ai passé un an à l’hôpital, j’avais totalement perdu la mémoire, je ne reconnaissais ni mon nom, ni mes parents. Je ne pouvais plus parler, marcher, dessiner… Cette impression d’être emprisonné dans son propre corps me hante encore. Je suis terrifié, chaque soir en m’endormant, de me réveiller sans la moindre mémoire. Ça a été une torture épouvantable et une immense culpabilité : comment ai-je pu oublier si longtemps qui étaient mes propres parents ? Ils ont vraiment dû me prendre pour un monstre alors qu’à leur façon, sans jamais me choyer, ils ne cherchaient qu’à m’aider… Sans les hôpitaux publics, je serais mort – mes parents étaient trop pauvres pour financer mon hospitalisation.

 

Comment as-tu réappris à écrire, à lire ?

Il y avait une bibliothèque entre l’école et la maison, c’était mon refuge. Parfois, j’oubliais même où j’habitais, alors une bibliothécaire me raccompagnait. Je me suis réfugié dans les livres, les pensées et les vies des autres. Petit à petit, ils m’ont sorti de mon enfer, de ma folie. La colère m’a sauvé la vie. Je n’oublierai jamais ce moment où j’ai pu lire et comprendre un titre dans un journal. Vous n’avez pas idée du soulagement ressenti alors… Depuis, ma mémoire est diaboliquement précise, je ne veux plus rien perdre, ne plus jamais ressentir cette désolation. Ça excuse quelques-unes de mes névroses, non ? (rires)…

Comment s’est passé ton retour à l’école ?

Je venais de manquer plus d’un an et demi, je ne reconnaissais personne, j’étais donc totalement isolé, abandonné. C’est là qu’est né mon surnom Dummy Dumb Dumb (en gros, l’idiot du village – ndlr), parce que je ne savais plus rien. J’étais un paria. Les bonnes soeurs qui tenaient l’école était très dures avec moi, elles me disaient qu’être gaucher était un signe du diable. Elles étaient des monstres, de vieilles salopes cruelles, dépourvues de toute bonté. J’ai appris à ne rien dire, à ne rien faire, pour éviter qu’elles me massacrent les doigts avec une règle en fer. Ce sont elles qui avaient trouvé mon surnom… Je les en remercie : elles m’ont donné une implacable force intérieure. Jamais je n’ai transformé ma colère en haine ou en violence… J’ai canalisé cette énergie autrement. Quand, plus tard, je l’ai utilisée dans des textes comme Anarchy in the U.K. ou God Save the Queen, ça a été très rassurant pour moi de voir que l’establishment me haïssait autant. Le Parlement a même brandi des lois ancestrales de trahison : la panique était telle que j’avais forcément raison. On ne m’avait pas brisé.

Etre à la fois si instruit et décrit comme un idiot – voilà un paradoxe qui t’a poursuivi toute ta vie…

Fascinant. A 11 ans, on m’a quand même transféré au lycée et, là encore, je suis arrivé avec ma réputation… On m’a donc mis dans les classes les plus médiocres, avec l’étiquette “gosse à problèmes”… Sauf que très vite, je me suis retrouvé dans les meilleures classes – sauf en maths. Un prof plus attentif que les autres a vite compris que ça venait de ma méningite, qu’une partie de mon cerveau ne répondait pas : aujourd’hui encore, je ne comprends pas les chiffres, je ne connais par coeur aucun numéro de téléphone. Mais en littérature, j’ai très vite appris à contester les versions, les visions des profs… J’étais souvent très en avance sur eux, je leur disais qu’ils avaient tort, ça m’a rendu très populaire (rires)… Mais il y a aussi eu des rencontres qui élèvent, qui élargissent l’esprit, comme M. Prentiss, quand j’avais 14 ans : sa façon de lire Shakespeare était phénoménale. Pourtant, il me haïssait, car je posais sans répit des questions gênantes, il m’a même fait virer de l’école… Je me suis retrouvé à bosser sur des chantiers avec mon paternel.

Ecrivais-tu ?

J’avais commencé à écrire très tôt, des histoires idiotes et étranges. Un peu de poésie aussi – épouvantable. C’était trop mathématique, frustrant pour mon pauvre cerveau. Personne ne savait que j’écrivais, c’était mon secret, ç’aurait été mal vu dans mon école. Les autres se seraient foutus de ma gueule et les profs nous rappelaient bien assez souvent que ces matières ne nous serviraient à rien, que nous étions des prolos et que nous le resterions. J’étais un alien… Mais au moins, je m’habillais et pensais comme je le sentais. Je n’étais pas un mouton. On ne nous offrait aucun espoir, aucun futur.

Tu avais d’autres intérêts que la littérature, la peinture et la musique ?

Le football, mon club d’Arsenal et aussi, quand nous avons eu notre première télé à la maison, les pièces de théâtre et la série Le Prisonnier… Ça m’a bouleversé : comme le héros, Numéro 6, je vivais dans la confusion la plus totale depuis la maladie. Je ne savais pas qui croire, quoi croire : j’étais un gamin sans mémoire, à qui l’on disait qui il avait été… Exactement comme lui. Et puis, l’acteur Patrick McGoohan était luimême un peu… psychopathe (rires)… Il est un modèle pour moi : ce que je dois à tout prix éviter (rires)…

Tu te souviens de ton premier concert ?

Très bien, j’avais 4 ans, c’était Cliff Richard et ses Shadows avec mes parents. J’étais terrifié par la clameur, mes tympans ont explosé à cause des hurlements stridents des filles. Je n’ai pas entendu une parole ou une note de musique : juste les cris. Mais ça ne m’a pas dégoûté, j’ai commencé à 11 ans à traîner dans les festivals. A 14 ans, je suivais déjà dans tout le pays des groupes comme Free, Hawkwind, Status Quo, Alex Harvey Band… Bizarrement, je ne m’imaginais jamais à leur place, sur scène. J’étais si heureux d’être dans le public et de danser. J’adore danser, à ma manière anarchique et désordonnée… Je saute dans tous les sens. Comme mes parents, je collectionnais déjà les disques. Je me suis toujours demandé si j’aimais posséder ces disques, ou si je ne préférais pas être possédé par eux.

 

Comment as-tu franchi le pas de rejoindre un groupe ?

Par le plus grand des hasards. Je traînais avec un pote sur Kings Road, à Londres, avec mon T-shirt fait main : “I Hate Pink Floyd”. En matière de rock, ils étaient aussi sacro-saints que la famille royale… Une sorte d’échauffement pour moi avant de m’en prendre à la Reine (rires)… Bernie Rhodes, qui allait plus tard devenir le manager du Clash, m’a repéré. Il a dit à Malcolm McLaren : “Ce gamin a l’air intéressant”. McLaren, qui bossait avec le guitariste Steve Jones et le batteur Paul Cook, lui a dit : “OK, on va lui donner une chance”. Je n’avais aucune envie de chanter dans un groupe, je ne l’aurais jamais fait sans cette invitation. Mais j’ai sauté sur l’occasion.

Est-ce que tu as lutté contre la timidité pour monter sur scène ?

Vous n’avez pas idée… Aujourd’hui encore, je suis terrifié, affolé à l’idée de tromper les gens, de m’humilier. Jusqu’à en vomir. L’arrogance et la flamboyance, ce n’est que mon mécanisme d’autodéfense, depuis le départ… D’une certaine façon, sur scène, je vis en dehors de moi.

Il est difficile d’imaginer que les Sex Pistols ont été ton premier groupe…

A cause des curés, je n’avais pas chanté une note depuis ma plus tendre enfance. Je n’avais aucune idée de ce qui allait sortir de ma bouche. J’imaginais naïvement une voix de crooner à la Roy Orbison. Pas ces cris d’âne torturé (rires)… Je n’ai eu que quelques semaines pour trouver ma voix : sinon, j’étais viré. Grâce à mes lectures, j’avais beaucoup de choses à dire, j’étais chargé à bloc, au bord de l’explosion. Ma chance, c’est que je pouvais écrire des paroles, contrairement aux autres. J’ai immédiatement été inspiré par la guitare de Steve Jones. Des crétins ne parlaient que de ses fausses notes, alors qu’elles étaient au contraire merveilleuses, libres, riches en textures inédites. Il a définitivement condamné mon écriture à se surpasser. Il me manquait, sans que je le sache, un seul élément pour écrire avec fluidité, trouver mon ton : la musique. Ce n’est qu’avec les Sex Pistols que j’ai vraiment commencé l’écriture.

Quelles étaient vos ambitions ?

Le seul musicien du groupe était Glen Matlock, le bassiste. Les autres n’avaient ni ambition ni direction. Ils voulaient juste s’amuser, perpétuer l’héritage des sixties, les Kinks notamment… Et je suis arrivé là-dedans comme une tornade, au désespoir de Malcolm McLaren, car je lui échappais totalement, il était dépassé par ce que j’emmenais dans mes bagages. Je me suis vite rendu compte que ces mecs qui étaient censés être des cadors étaient en fait des poids plumes. Intellectuellement, ils n’étaient pas à la hauteur. Ils se gargarisaient de situationnisme mais n’en connaissaient que quelques slogans. Pour moi, les connaissances n’étaient pas vagues, superficielles. J’étais tellement en avance sur eux qu’ils étaient jaloux… Même le soir de notre fameux concert sur la Tamise, ils m’ont laissé à la porte de notre propre fête : je leur faisais peur. Ils ont tenté de contrôler l’incontrôlable.

Quand as-tu saisi l’impact des Sex Pistols ?

Vous connaissez le proverbe : “On ne peut pas plaire à tout le monde” ? Eh bien nous avons réussi l’exploit de déplaire à presque tout le monde ! Je n’arrivais pas à croire que le simple fait d’énoncer les vérités de God Save the Queen me vaudrait des ennemis aussi acharnés et puissants. J’étais assez fier de moi. Mentalement, je suis un char d’assaut. Il le fallait, car je suis devenu l’ennemi public n° 1, à l’époque de la presse Murdoch et des premiers paparazzis – les plus vindicatifs. Ma famille a beaucoup souffert des manchettes, je continue de payer pour ces annéeslà… J’ai souvent été jugé, mais sans le moindre procès, sans la moindre possibilité de m’expliquer. Depuis ma méningite, je suis sur le banc des accusés. Tout ce que je fais est démoli, sali… Mais je le vis comme une récompense, un prix d’honneur. Je ne vivrai jamais l’existence sereine de Radiohead ou Coldplay. Et je n’en veux pour rien au monde.

 

On a du mal à envisager, en 2014, la musique ayant un tel impact sur la société…

Parce que la vérité a été enterrée depuis trop longtemps. L’histoire a été réécrite. On doute de ma parole alors que des gens qui n’ont rien eu à voir avec le punk, qui n’étaient même pas là en sont aujourd’hui les historiens ou commentateurs officiels. La culture Wikipédia est en train de tout niveler par le bas, sans le moindre intérêt pour la vérité. Personne n’a le droit de me dire ce qui était punk ou non : c’était ma propre création, mon adieu aussi (référence à la chanson My Goodbye de PiL – ndlr). Il n’y avait pas à l’époque de manifeste du punk, de règles du jeu : je n’ai jamais cru qu’il fallait faire table rase du passé, j’écoutais encore Led Zep ou même Alan Stivell – un immense guitariste – à l’époque des Sex Pistols. Ç’aurait été un crime de renier, d’abandonner ainsi la connaissance.

En quoi étais-tu, comme l’a dit Bernie Rhodes, “intéressant” ?

Dans ma façon d’appréhender toute chose. J’ai toujours été très honnête dans mes réponses, et si on m’agressait, je surenchérissais. Pour moi, les mots sont des balles. Je déteste les non-dits, les mensonges et avec McLaren, ce n’était que ça. Malgré ses fanfaronnades, il n’avait aucune vision. Il cherchait juste désespérément à attacher son nom à un truc qui lui accorderait un peu de crédibilité. C’était un garçon faible… Il me manque beaucoup, car j’aimais m’engueuler avec lui. Il était très… distrayant. Mais corrompu.

Ça représentait quoi, pour toi, le punk ?

Quand, comme moi, on grandit dans une grande solitude, rejeté par tous, dans les bas-côtés de ce qu’on appelle la société, on devient extrêmement tolérant, accueillant avec les gens eux aussi en rupture, avec les tarés. Et le mouvement punk, au départ, c’était ça : une fédération de gens qui avaient été maltraités par la vie. C’est le message que je tentais de faire passer : unis, nous sommes forts. Avant que le mouvement ne devienne une caricature. Je parlais au nom des muets, des éclopés. J’ai eu la chance d’avoir cette voix qui exprimait ce que tant d’autres ressentaient confusément. Sans ma maladie, j’aurais sans doute emprunté une autre voie. Mais là, j’avais reçu ce cadeau du ciel : ma colère. Et je me devais de le partager.

Tu as imposé Sid Vicious aux Sex Pistols. Comment l’avais-tu connu ?

Il s’appelait alors Simon Ritchie et il était hilarant… Il faisait sans arrêt des mimiques pour vanner les gens qu’il tournait en caricatures. Bien avant qu’il ne rejoigne les Sex Pistols, il rendait dingue McLaren. Je savais pertinemment ce que je faisais en le faisant venir dans le groupe – j’avais besoin d’un allié pour rétablir les équilibres, je me sentais si isolé. Mais je n’avais pas compris que Sid était si vulnérable. Il avait déjà des problèmes d’héroïne à cause de sa mère, et la célébrité, la publicité l’ont laminé. Je m’en veux de l’avoir fait venir : ça l’a mené à sa mort. Beaucoup de gens se laveraient les mains en niant ce lien de cause à effet, mais pas moi. Je suis en partie responsable de sa mort.

Comment as-tu vécu la fin des Sex Pistols ?

Notre fin était inéluctable, mais elle a été décrétée pour les mauvaises raisons. Nous avions fait ce que nous avions à faire, un second album aurait été stupide. Et j’avais besoin d’avancer. Ça a été une bénédiction pour moi, la fin des Pistols. J’avais appris ce que j’avais besoin d’apprendre, je pouvais en toute connaissance monter Public Image, je savais que je ne voulais plus de ces structures archaïques de chansons. J’ai monté Public Image tout en étant en procès avec les Sex Pistols et leur manager, qui revendiquaient la propriété de tout, y compris de mon propre surnom, Johnny Rotten… Mais bon, presque quarante ans après, je continue d’écrire, de faire des disques – et eux ? J’ai écrit Religion à l’époque des Sex Pistols : le thème et la structure ont tellement fait flipper les autres qu’ils n’ont pas voulu l’enregistrer. Tant pis, je l’ai gardé pour Public Image ! Ça m’a valu d’être interdit de séjour ici et là. Notamment en Irlande, mon pays d’origine, où je n’ai joué pour la première fois qu’il y a cinq ans.

Dans ta biographie, tu te moques de presque tous les groupes de la période punk, notamment The Clash…

J’aimais les Buzzcocks, ils écrivaient de manière naturelle. Chez The Clash, tout me semblait très étudié, ça finissait par sonner faux. Ça ne sert à rien d’ouvrir au hasard un livre de Marx pour trouver la phrase qui fera une chanson… L’écriture de Strummer me semblait superficielle et aléatoire (Il se tourne vers le ciel)… Désolé, Joe, mais si t’avais vraiment voulu piger Karl Marx, il fallait lire tout le livre – au lieu d’en voler des phrases. Et te forger ensuite ta propre opinion. Pourtant, nous étions tous très amis à une époque : humainement, je les aimais beaucoup. Mais je leur ai dit sincèrement ce que je pensais de leur groupe, et ils n’ont pas pu l’encaisser. Mon honnêteté m’a coûté tellement d’amitiés…

 

Te sens-tu toujours isolé, un paria ?

Plus du tout. Notamment depuis que je me suis rendu compte que tout le monde était inadapté et seul au fond. Nous avons tous peur de ne pas être acceptés. Mais il est logique de se sentir seul car, face à la mort, personne ne viendra vous aider, autant s’y habituer.

Envisages-tu la sérénité un jour ?

Je veux vous rassurer, je ne suis pas toujours aussi agité (rires)… Quand j’ai participé, pour une oeuvre caritative, à l’émission Je suis une célébrité, sortez-moi de là !, je n’avais pas anticipé que je me sentirais en harmonie avec une nature si violente et hostile… Je quittais sans arrêt le camp pour m’aventurer dans la vraie jungle, j’étais estomaqué que la nature ne me rejette pas. Ça a changé beaucoup de choses dans ma tête, je me suis même ensuite lancé dans une série d’émissions sur les insectes – alors que j’en avais la phobie. Pour la première fois de ma vie, oui, je découvrais une forme de sérénité. Et ça s’applique au groupe. Avec Public Image, aujourd’hui, je travaille pour la première fois sans tension, sans conflit. Nous nous connaissons par coeur, nous nous comprenons. On a appris à se respecter, à être gentils les uns envers les autres – ce qui relève du miracle quand on sait l’histoire du groupe depuis 1978.

Qu’est-ce qui fait la force de Public Image ?

Cette pulsation déformée jusqu’au méconnaissable de dub, de disco, de rock, de musique orientale, c’est le son de mon enfance, du quartier de Finsbury Park… Je n’ai jamais intellectualisé, conceptualisé ce son et ces textures, je savais qui je voulais enrôler pour y parvenir, qui mélanger avec qui. Mais bon, les drogues, les ego, les trahisons ont rendu le chemin chaotique, j’ai souvent suffoqué dans mon propre groupe. J’ai même dû l’arrêter plusieurs fois quand la situation devenait toxique. Malgré tout, je n’ai jamais pu abandonner la musique. Car ce serait renoncer aussi à l’écriture, à la poésie, à la littérature… Et puis, c’est assez gratifiant de savoir que sa musique en nourrit d’autres, que nous avons des héritiers – du moment qu’ils ne sont pas de simples voleurs.

Il y a quelques années, tu prenais la nationalité américaine. Un ultime fuck off à l’establishment anglais ?

J’espère bien ! Les Etats-Unis m’ont toujours bien traité, alors que l’Angleterre m’a maltraité. Et puis, je traînais de vieux dossiers sur mon passeport anglais : possession d’amphétamines, cambriolage d’une usine – comme tous les gosses de mon quartier, on n’avait que ça à faire ! Aujourd’hui encore, j’ignore tout de la morale – ça, c’est pour les religieux – mais je respecte beaucoup les valeurs. Je ne trompe et ne vole personne et je fais de mon mieux pour ne pas mentir. Même si sur ce dernier point, j’ai quelques progrès à faire. Il reste dans mon cerveau un petit elfe maléfique qui, de temps en temps, prend les commandes.

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Rédigé par JD Beauvallet

Publié dans #Les Inrocks

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Publié le 30 Novembre 2014

  1. La panthère noire, c'est l'animal le plus dangeureux de la planète, après la moule pourrie

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Publié dans #Brèves de comptoir

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Publié le 29 Novembre 2014

A la fin des années 1940, dans une salle de la Sorbonne, Marcel Conche se trouve assis à côté de Jean d'Ormesson, qui prépare comme lui l'agrégation de philo. Le premier a les mains brunies par le brou des noix qu'il vient de ramasser en Corrèze, le second a le visage tanné par le soleil des sports d'hiver.

Le futur auteur de «Pyrrhon ou l'apparence» découvre, ce jour-là, que la différence des classes peut aussi se mesurer à une légère nuance de marron et qu'on ne bronze pas de la même manière selon qu'on courbe le dos vers le sol ou que, le dos droit, on glisse sur la neige. Pour autant, Marcel Conche dit n'avoir jamais été jaloux ni envieux de son voisin à particule. Au contraire.

Ce fils de paysan limousin est fier d'avoir, en sabots, gardé les vaches, sarmenté la vigne, retourné les foins, arraché les pommes de terre et grandi dans la pauvreté. Il en a tiré une disposition naturelle à la compassion et à la solidarité, une détestation viscérale du capitalisme, et la conviction que la recherche de la vérité universelle est plus importante que celle du bonheur individuel.

A 92 ans, l'héritier des présocratiques, professeur émérite à la Sorbonne, retrace une fois encore sa vie, qu'il a si bien exposée dans les cinq volumes de son «Journal étrange».

Son enfance aux champs et aux chais, dans l'ombre portée d'une mère morte, à 28 ans, en le mettant au monde ; sa rencontre, à Tulle, en 1942, avec une enseignante de quinze ans son aînée, Marie-Thérèse, alias «Mimi», qu'il allait épouser; son départ pour Paris, où l'élève de l'école d'instituteurs devient agrégé de philosophie; ses longues années d'enseignement et de publications (il écrit sur Montaigne et Lucrèce, traduit Héraclite et Anaximandre, met Nietzsche face au bouddhisme, se passionne pour Lao-tseu, signe «le Fondement de la morale» et «Présence de la nature»); sa retraite, qui n'en est pas une, à Treffort-Cuisiat (Ain); enfin, à 86 ans, son embarquement pour la Corse, où il va rejoindre une jolie bergère corse à laquelle il a appris à lire le grec et auprès de laquelle il voudrait mourir.

Un rêve passe. Car il décide soudain de revenir habiter, plus philosophe que jamais, sa maison natale d'Altillac, en 2009. Désormais, il y écoute le vent, qui toque, tel un ami, à la porte de sa solitude. Il condamne l'idéalisme et se tourne vers le naturalisme. Il vit sans Dieu, mais croit aux dieux païens. Il dialogue avec les Grecs et reçoit tous les jours la visite d'Epicure, qui est le meilleur conseiller pour la vieillesse (pour la jeunesse, il préconise plutôt les stoïciens). Il répète que le seul scandale universel est la souffrance des enfants martyrisés. Il mange peu et sans sel. Il travaille toujours avec le même plaisir.

Après quoi, il se rend au cimetière qui jouxte l'église - «je m'y plais beaucoup» -, où son père, sa mère, sa femme sont enterrés sous des croix chrétiennes. Mais sur sa tombe, qui est prête, «il n'y aura rien». Rien, sauf les livres de lui, ses traités de bien-vivre, qu'on y déposera, avec gratitude.

Jérôme Garcin

Epicure en Corrèze, par Marcel Conche,
Stock, 160 p., 17 euros.

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Publié dans #Jérôme Garcin

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Publié le 29 Novembre 2014

  1. Mozart, bourré, y fait comme tout le monde, rien.

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Publié dans #Brèves de comptoir

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Publié le 28 Novembre 2014

Bonjour à Tous.

Il est arrivé. Le lit est arrivé au magasin.

J'ai eu un message sur mon répondeur me demandant de les rappeler.

C'est ce que j'ai fait ce matin et encore ce midi mais ... rien !

Personne ne répond.

Encore un magasin qui soigne son service client.

Lors du message, j'ai dû presque décrypter ce que disait la personne,

tellemente elle allait vite et ne prononçait pas clairement.

Mais la palme va sûrement revenir à la Caisse d'épargne avec un mail envoyé et toujours pas de réponse pour une question.

La prochaine fois que je prendrais rendez-vous avec le chef d'agence, je lui répondrai - lorsqu'il me dira que je serai informé du rendez-vous par un sms deux jours avant - que je le ferai aussi pour lui, pour lui rappeler qu'au dernier rendez-vous, il avait un quart d'heure de retard !

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Rédigé par Kitano

Publié dans #Journal d'un jeune vieux père

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Publié le 28 Novembre 2014

Il faudrait qu'à l'auto-école on nous apprenne à conduire bourrés, on apprend bien la conduite sur glace.

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Publié dans #Brèves de comptoir

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Publié le 28 Novembre 2014

Publié dans #François Morel

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Publié le 28 Novembre 2014

2010

le lien vers Princesse marmotte

 

 

Je crois que j’ai trop mangé. J’ai mangé tout ce que j’ai trouvé, et quand j’ai eu fini de dépouiller la moitié du Valgaudemar de ses myrtilles… je me suis endormie dans un terrier abandonné. Quand je dis trop, en fait, c’est pas vraiment trop. Il n’est pas né celui qui me verra rassasiée. Et puis c’est de myrtilles qu’on parle là, et faudrait pas sous-estimer ma capacité à me goinfrer.

Trop, ça veut dire… ben, je ne sais pas vraiment, c’est difficile à comprendre. C’est juste un sentiment… je me suis laissée aller. Je me suis réveillée parce que j’avais un caillou qui me grattait le dos et une grosse envie de pipi. Mais j’aurais pu aussi bien dormir pendant des mois, et d’ailleurs j’ai bien failli me rendormir aussitôt. Heureusement, j’avais surtout envie de me débarrasser de ce maudit caillou, des fois qu’il m’empêche encore de dormir. Je commence à être un peu paranoïaque avec les cailloux, je crois.

Sauf que dehors… le terrier était sous la neige ! J’ai dormi pas mal de temps, sans m’en rendre compte. Enfin je veux dire, encore moins que d’habitude. C’est vrai que je suis une championne quand il s’agit de dormir – un peu comme pour les myrtilles – sauf que là, ça m’a vraiment fait peur. Alors c’est ça la vie d’une vraie marmotte ? Manger, dormir… beaucoup des deux.

Bon, dit comme ça, ça paraît pas si mal en fait. C’est juste que ça ne laisse pas beaucoup de place pour réfléchir ou faire des choses intelligentes. Et je crois que c’est ça qui m’est arrivé. J’ai fait comme toutes les marmottes. J’ai beaucoup mangé, et mon instinct de routine a pris le dessus. Comme toutes les marmottes qui ont bien mangé, j’ai commencé à hiberner. Je suis redevenue une marmotte grise. Finis les voyages, finies les histoires. Bienvenue dans la vraie vie, celle dont personne ne se souvient.

Sauf que moi, mon destin à moi, c’est d’être Princesse Marmotte. Et c’est pas au fond de ce trou que je vais trouver une couronne.

- On ne peut pas dire que tu sois un génie du genre, mais tu progresses Marmotte.

Ah. Je savais bien que j’avais oublié de faire quelque chose d’important.

- Et que vas-tu faire ?

Trouver une cimenterie, pour commencer. Mais je n’ose pas le dire. Je suis quand même au milieu de quelques millions de tonnes de cailloux. C’est pas très futé de les vexer, là tout de suite.

- Des histoires.

- Mouais… T’es peut-être un peu plus maline que je ne le pensais, finalement.

- Je vais raconter des histoires ; des histoires dont on se souviendra, et qui feront rêver un peu toutes ces marmottes grises. Puisque j’ai appris à voyager, je vais faire le tour de mes montagnes et apprendre leurs histoires. Même la tienne… elle sera moins bonne que les autres, voilà tout.

Et toc !

- Voilà une bonne nouvelle. Et si tu commençais par la mienne ?

Ce n’est pas la voix du caillou cette fois-ci. Derrière moi, dans le terrier, une marmotte me regarde. Elle a une tache blanche sur le museau.

-Euh… d’accord… Grand’Ma ?

 
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Le mélèze

L’automne est bien installé. Les myrtilliers sont écarlates, les pelouses alpines d’une belle couleur dorée, les champignons pointent dans les sous-bois et les sommets sont déjà blancs, à nouveau. Les autres marmottes ont rejoint leurs terriers, fermé soigneusement leur porte avec des broussailles. La montagne semble immobile et silencieuse, sans leurs sifflements et le vrombissement des insectes. Le vol d’une corneille ou d’un passereau, une des dernières sauterelles sur le chemin, me tiennent compagnie.

L’automne est la saison de gloire de mon arbre préféré, le mélèze. L’été, il a la silhouette d’un sapin : long et fin, 30 à 40m de hauteur, de petites pommes de pin brunes… Il est juste d’un vert un peu plus clair et a des branches moins denses que ses voisins, le pin sylvestre (jusqu’à 1400 m) ou le pin cembro (en altitude). C’est le reste de l’année qu’on le repère très facilement, puisque le mélèze est le seul conifère d’Europe à perdre ses aiguilles en hiver. L’hiver, c’est facile, il est tout nu et maigre.

Au tout début du printemps, les aiguilles commencent à pointer et le mélèze ressemble à un petit fantôme d’un vert très pâle. Alors que les aiguilles s’allongent et prennent une belle teinte vert fluo, de curieuses framboises se développent sur le mélèze de printemps. Ce sont les chatons femelles, qui donneront les futurs cônes (les pommes de pin quoi). Sous les branches, de nombreux chatons mâles, plus petits et jaunes, dispersent leur pollen. Le vent et les insectes vont en féconder les chatons-framboises. Ceux-ci se transforment alors en cônes, brunissent et préparent les graines durant l’été. A la fin de l’été, ces petites graines (3 à 4 mm) s’échappent, souvent aidées par les oiseaux ou les écureuils, et donneront peut-être naissance à de petits mélèzes. Un trafic de graines se développe dans la montagne, les marmottes en étant très friandes pour l’apéro. Les cônes, eux, restent longtemps en place sur l’arbre, ne tombant souvent qu’à la fin de l’hiver suivant.

L’été terminé, le mélèze commence doucement à roussir. Une partie de ses aiguilles se teinte de jaune, et peu à peu, l’arbre prend une superbe teinte rousse. La montagne semble s’embraser, et les mélézins – les forêts de mélèzes – flamboient dans la lumière d’automne.

Le froid s’installe, la neige arrive et les mélèzes, comme leurs voisins aux feuilles caduques, perdent leurs aiguilles. Un manteau moelleux et roux couvre le sol des sous-bois.

En plus d’être beau et toujours changeant, le mélèze est un arbre utile. D’abord, son bois est solide, imputrescible, et multi-usage : on en fait des gouttières, des tables, on s’en sert pour recouvrir les toits ou pour la structure des granges. En plus, cet arbre permet à la montagne de retrouver sa biodiversité, peu à peu. Après des siècles de pastoralisme, la végétation était souvent limitée à la pelouse alpine (d’accord, c’est la végétation idéale pour les marmottes, mais il faut aussi penser aux autres animaux, hein). Avec la diminution des troupeaux, les mélèzes réapparaissent dans ces zones, d’abord un ou deux petits arbres, et bientôt tout un bois.

A leur suite, d’autres essences parviennent à se développer dans ces zones, car les mélèzes, qui sont à l’aise sur une terre pauvre, contribuent à enrichir le sol et luttent contre l’érosion. Mais cette nouvelle végétation a tendance, après quelques années, à prendre le pas sur les mélèzes et à s’installer durablement. Et dire que la montagne semble immuable…

Mélèze d’Europe – Larix – Famille des Pinaceae

 
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J’ai faim !

Ben voilà. Encore toute seule au milieu de rien. Les cailloux et les marmottons se moquent de moi ? Nananère. J’men fiche de toute façon. Ils croient peut-être que je suis une petite râleuse vaine et idiote. Et bien ils m’ont confondue avec ma sœur Mariette. Parce qu’en fait, c’est moi qui les ai tous roulés dans la myrtille… et c’est le cas de le dire.

Parce que j’ai peut-être pas l’air très maline ni très douée pour les énigmes, mais j’ai le sens des priorités. Et la priorité, surtout à la fin de l’été, c’est MANGER ! Et s’il y a bien un terrain où je suis imbattable, c’est le rapt de nourriture. Bon, là je n’ai pas de touriste à portée de patte. Mais vous croyez vraiment que je suis venue m’enterrer dans le Valgaudemar pour m’entendre dire qu’un vieil ours grincheux jouait de la flute à des tromignons il y a des lustres ? Vous me connaissez mal.

C’est que le Valgaudemar, c’est farci de tout ce que la montagne fait de meilleur, à commencer par les myrtilles. Oh, ben ça alors, il y en a plein partout ! C’est vraiment le hasard, hein ? Et ben non. Je suis venue exprès pour me goinfrer avant l’automne, et autant vous dire que je ne vais pas faire dans la dentelle. Schgrumph.

Ce que je préfère dans la myrtille, c’est la couleur. Ça peut paraître gênant, mais c’est très pratique. Le pillage, c’est une vocation, je vous dis. Petite, quand je vidais les réserves que maman cachait dans le terrier, je passais des heures à m’essuyer les pattes pour ne pas qu’elle remarque que je m’en étais mis partout. Mais le violet ça colle aux poils et c’est impossible à enlever. Du coup, j’ai pris l’habitude d’en garder une petite poignée que j’écrasais sur Mariette sans qu’elle le voit. Je me laissais prendre, et je disais que c’était Mariette qui m’avait données des myrtilles, mais que je savais pas où elle les avait trouvées, et que j’étais gentille et que j’aurais pas osé faire une chose pareille parce que je suis la cadette, etc. Un petit regard mouillé, et le tour était joué. Héhéhé. Des heures de satisfaction sadique… suivies d’un peu de course à pattes pour éviter de me faire attraper par ma grande sœur chérie.

Il y a la framboise aussi. C’est plus discret, et puis c’est surtout moins long à cueillir. Il y en a moins que de myrtilles, et d’ordinaire il faut se battre un peu pour avoir les meilleures. Mais quand la marmotte non avertie se remue les fesses pour chiper les framboises à sa voisine, moi je me contente d’attendre et de regarder.

C’est que j’ai mes petits secrets de voleuse hors pair. Je me cache dans un fourré, à côté des framboisiers que je convoite, je siffle au renard, et je remue pour faire croire qu’il est tout près. Une fois que tous mes camarades sont partis se cacher, je me goinfre en rigolant. Je vous avais dit que j’étais la marmotte la plus rusée de tous les temps. En tout cas pour ce qui est de manger.

Seuls soucis : les touristes et les renards. Les touristes c’est le pire, vu qu’ils mangent tout ce qu’ils trouvent et qu’ils ne nous en laissent jamais. Mais parce qu’il n’est pas dit qu’un touriste sera plus malin qu’une marmotte affamée, j’ai trouvé la parade. Avec quelques copines marmottes, on a fait courir le bruit que des renards malades faisaient pipi sur les myrtilles et les framboises, et qu’on tombait malade du foie si on en mangeait. Bingo ! C’est peureux le touriste, et aussitôt après il a arrêté de bâfrer toutes nos myrtilles. Héhé ! La classe, hein ? Le hic, c’est que c’est idiots de renards malades font vraiment pipi sur les myrtilles… le monde est parfois trop injuste.

En tout cas, pour aujourd’hui, j’ai ce qu’il faut pour me réconforter. Au menu, groseilles. Grrrouah ! C’est l’attaque de la groseille sauvage… avec moi dans le rôle de la sauvage, et la groseille dans le rôle de la victime.

- Tu m’en laisseras bien un peu ?

- Et puis quoi encore ? Quand j’ai besoin de toi contre les pirates, y’a plus personne, et il faudrait que je partage mes groseilles? Tu pousses un peu loin Cochonne.

- Je suis ton amie imaginaire, et je suis comme tu m’as faite… un peu comme toi : peureuse mais prête à tout pour un bout de saucisson ou de myrtille.

- Hmmm… ouais… j’ai pas vraiment besoin que tu me fasses la morale à moi-même.

- Je peux aussi m’en aller et te laisser discuter avec tes amis les cailloux… ou rester à manger des groseilles en se moquant des marmottons.

- … C’est bon, t’as gagné. De toute façon, je ne pourrai pas tout manger toute seule.

L’embêtant avec moi, c’est que je me connais trop bien.

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Publié dans #Marmotteland

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Publié le 28 Novembre 2014

Publié dans #Les Inrocks

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