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Articles avec #telerama tag

Publié le 5 Octobre 2016

Sonia Kronlund : “La radio, y’a que ça de vrai !”

Sonia Kronlund
Sa voix profonde est reconnaissable entre toutes sur France Culture. Depuis 14 ans, Sonia Kronlund présente “Les pieds sur terre” où elle explore avec délicatesse des sujets de société à travers le quotidien intime des Français.

Sonia Kronlund est une conteuse. Elle tisse un récit captivant en préambule des documentaires de son émission. Et quand elle répond à notre questionnaire, ce sont encore de toutes petites histoires qui surgissent. Comme « Anne Gaillard et ma mère », ou « Radio rangement »...

Pourquoi la radio ?

Parce que la radio, y a que ça de vrai !

De quelle station êtes-vous l'enfant ?

J’ai commencé à France Inter ! Et c’est aussi la radio que j’écoutais enfant.

Où écoutiez-vous la radio ?

Dans la cuisine ! Ma mère adorait L’Emission d’Anne Gaillard (1975-78) qui défendait avec véhémence les droits des consommateurs. C’était à la fois la naissance du consommateur et la libération de la femme. Une fois l’émission terminée, ma mère devenait elle-même Anne Gaillard, et partait en croisade au supermarché, dénonçait des scandales, faisait vider les rayons, remplacer les produits…

Si vous étiez une émission mythique ?

Passé les bornes, y a plus de limites sur France Inter reste ce qu’il y a eu de plus fou, de plus fin, de plus drôle à un moment donné sur la radio nationale publique.

Si vous étiez un générique de radio ?

Rien que d’entendre le générique du Masque et la Plume, on sait qu’on va échapper au blues du dimanche soir.

De quel animateur ou journaliste radio auriez-vous rêvé d'avoir la voix ?

Clara Candiani, au début des années cinquante, lorsqu’elle lance son émission Les Français donnent aux Français ! Une voix un peu perchée, mais l'animatrice est à fond dans son rôle. Et surtout, elle donne très tôt la parole à ceux qu’on n’appelait pas encore les vraies gens mais juste les pauvres gens ou les petites gens.

Votre première expérience en radio ?

Mon premier reportage pour Là bas si j’y suis sur France Inter était un micro-trottoir un peu sophistiqué sur le thème « la maison de vos rêves ». Je n’avais alors jamais touché un micro. J’y suis retourné une quinzaine de fois et ça m’a finalement pris quatre mois... Puis le reportage est enfin passé.

Avec-vous le trac du direct ?

Ce n’est pas du trac. C’est juste que je VAIS mourir !

Que faites-vous en écoutant la radio ?

J’aime par-dessus tout écouter la radio en rangeant. Meilleure est l’émission, moins bon est le rangement... Car le but – surtout d’un documentaire ou d’un reportage – est de vous faire cesser toute activité, y compris le rangement, pour l’écouter captivée, en regardant le transistor ou le smartphone et en riant (ou pleurant) toute seule.

Podcastez-vous vos émissions préférées?

Je suis abonnée à une vingtaine de podcasts, surtout des programmes élaborés, des documentaires, des récits, des enquêtes. Je podcaste peu d’entretiens ou de magazines. J'aime tout particuliérement les émissions américaines très populaires comme This American Life ou The Moth Radio Hour (dont je m’inspire allègrement dans Les Pieds sur terre). Plus récemment, je me suis abonnée à LSD La Série Doc, une nouvelle série documentaire sur France Culture à ne pas manquer !

Votre pire souvenir de radio ?

Une interview de Luc Moullet, pour la matinale de France Culture que j’ai présentée un été. J’admirais beaucoup ce cinéaste que je trouvais hilarant, alors je l’ai invité à 7 heures. Je ne crois pas qu’il ait fait de réponse de plus d'une syllabe. « Je ne sais pas » a peut-être été sa plus longue phrase. Mes questions étaient sans doute idiotes, il était peut-être trop tôt le matin (ou les deux).

Un moment de radio que vous aimeriez réentendre ?

Le voyage de Daniel Mermet et Sylvie Coma en Iran, à la fin des années 80, toujours pour Là-bas si j'y suis. A l’époque, très peu de reportages sont tournés sur place. C’est un grand moment et de radio et d’histoire.

 Les Pieds sur terre, du lundi au vendredi, 13h30 sur France Culture.

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Rédigé par Carole Lefrançois

Publié dans #Télérama

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Publié le 26 Février 2015

Après étude, 3 de nos 500 000 abonnés ont annoncé leur intention de ne plus recevoir Télérama chaque semaine suite à notre interview d'Abd al Malik. Difficile d'accuser nos lecteurs de racisme.

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Publié dans #Télérama

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Publié le 2 Janvier 2015

C'est donc le dernier film de Scorsese  - Le Loup de Wall Street  - qui a été le plus piraté au cours de l'année 2014.

Selon l'agence allemande Excipio (spécialisée dans les infractions concernant les droits d'auteur sur Internet, en particulier le peer-to-peer), citée par Variety, Le Loup de Wall Street a été téléchargé 30,035 millions de fois, et le film d'animation La Reine des neiges a été téléchargé 29, 919 millions de fois. En troisième position arrive Robocop, avec 29,879 millions de téléchargements illégaux.

Voici le classement des vingt films les plus piratés :

1. Le Loup de Wall Street : 30,035 millions de téléchargements
2. La Reine des Neiges : 29,919 millions
3. RoboCop : 29,879 millions
4. Gravity: 29,357 millions
5. Le Hobbit : La Désolation de Smaug : 27,627 millions
6. Thor : Le Monde des ténèbres : 25,749 millions
7. Captain America 2, le soldat de l'hiver : 25,628 millions
8. Hercule : 25,137 millions
9. X-Men: Days of Future Past : 24 380 millions
10. 12 Years a Slave : 23,653 millions
11. Hunger Games : L'Embrasement : 23,543 millions
12. American Bluff : 23,143 millions
13. 300 : La naissance d'un Empire : 23,096 millions
14. Transformers 4 : l'âge de l'extinction : 21,65 millions
15. Godzilla : 20,956 millions
16. Noé : 20,334 millions
17. Divergente : 20,312 millions
18. Edge of Tomorrow : 20,299 millions
19. Capitaine Phillips : 19,817 millions
20. Du Sang et des larmes : 19,130 millions

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Publié dans #Télérama

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Publié le 25 Décembre 2014

Comme les rédacteurs de “Télérama”, vous avez voté pour élire les 15 meilleurs films de l'année. Un palmarès qui fait la part belle à Xavier Dolan, Wes Anderson et Nuri Bilge Ceylan sans oublier l'épure des Dardenne ni la virtuosité de Steve Mc Queen.
Mommy 1

Mommy

réalisé par Xavier Dolan

Avec « Mommy », Xavier Dolan, 25 ans et déjà cinq films, franchit un cap, passe plusieurs vitesses à la fois. Il s'envole. Il n'a même plus besoin d'un sujet choc (le changement de sexe de Melvil Poupaud dans « Laurence Anyways ») ni d'emprunter au cinéma de genre (le thriller hitchcockien dans « Tom à la ferme »). Pour maintenir la tension pendant plus de deux heures, il lui suffit, cette fois, de faire exister intensément ses trois cabossés magnifiques et d'orchestrer une savante alternance d'accélérations et d'accalmies...

The Grand Budapest Hotel 2

The Grand Budapest Hotel

réalisé par Wes Anderson

Zubrowka... Est-ce en pensant à une célèbre marque de vodka que Wes Anderson a choisi ce nom de pays imaginaire ? Il y a une quête d'ivresse dans son cinéma ultra stylisé, délesté du présent et du réel. Il se grise de vignettes rétro, de tableaux vintage, mais aussi, de plus en plus, d'histoires capiteuses. Son début suggère un enivrement programmé, par paliers successifs vers le passé le plus romanesque...

Winter Sleep 3

Winter Sleep

réalisé par Nuri Bilge Ceylan

Un gamin aux yeux sombres jette une pierre sur la vitre de sa voiture et Aydin se demande pourquoi. Oui, bon, d'accord : quelque temps auparavant, il avait fait saisir par un huissier les maigres biens du père de l'enfant, pour cause de loyers trop longtemps impayés. Mais quoi, il avait, pour lui, le droit et la loi. Devait-il, sous prétexte qu'il était riche, se faire plumer par un provocateur alcoolo, tout juste sorti de prison ?...

Ida 4

Ida

réalisé par Pawel Pawlikowski

« En somme, tu es une nonne juive »... Anna regarde, interloquée, cette parente inconnue que la supérieure de son couvent lui a demandé de rencontrer avant de prononcer ses vœux. Elle est pure comme une héroïne de Robert Bresson, la petite Anna, ses yeux semblent rappeler à chacun une innocence perdue. Quand elle sourit, trois fossettes se forment au coin de sa bouche...

12 Years a Slave 5

12 Years a Slave

réalisé par Steve Mc Queen

Bien des livres et des films, depuis longtemps, ont raconté l'esclavage en Amérique. On sait moins, cependant, ou pas assez, qu'avant même la guerre de Sécession, à la frontière invisible entre Etats abolitionnistes et esclavagistes (fifty-fifty, semble-t-il), des hommes de main, sortes de marchands de sommeil de l'époque, kidnappaient des Blacks, libres citoyens américains, et les vendaient à des propriétaires terriens sans scrupule...

Gone Girl 6

Gone Girl

réalisé par David Fincher

Où est Amy ? Disparue, le ­matin de son cinquième anniversaire de mariage. Au domi­cile conjugal, impeccable maison suburbaine, tout est calme, en ordre. Tout, sauf le salon, table basse ren­versée, chaos de verre brisé. Les jours passent. Le mystère arrache la petite communauté locale du Missouri à son ennui mortel, puis gagne le pays entier, contamine les journaux, la télé...

Hippocrate 7

Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

Les succès d'audience à la télé de « Dr House » et de « Grey's Anatomy » l'ont prouvé : les Français, s'ils ont une peur bleue de l'hôpital, adorent les séries médicales américaines. A ces fictions spectaculaires et glamour, très éloignées de la réalité, « Hippocrate» propose un contrepoint séduisant dans un registre très français : le récit initiatique sur fond de chronique sociale...

Les Combattants 8

Les Combattants

réalisé par Thomas Cailley

A la question « Si vous étiez une athlète, vous seriez... ? », Adèle Haenel répond d'un coup de menton : « Pourquoi si ? » Avec ce film, l'actrice confirme qu'elle est l'un des corps les plus vigoureux du cinéma français. Planté, sculptural, animal même, parfois. Tout entier tendu vers l'essentiel, exactement comme son personnage, qui n'a pas de temps à perdre...

Saint Laurent 9

Saint Laurent

réalisé par Bertrand Bonello

Après le film de Jalil Lespert, qui racontait d'abord une histoire, celui de Bertrand ­Bonello joue et jongle, voire fantasme, avec les faits biographiques. Comme s'il s'agissait d'exhumer un monde évanoui. Autant dire, de retrouver un temps perdu. YSL à la lumière de Marcel Proust, voilà la grande idée... Dès la première scène, « Saint Laurent » s'installe incognito dans une chambre de palace réservée par lui au nom de M. Swann...

Deux jours, une nuit 10

Deux jours, une nuit

réalisé par Jean-Pierre Dardenne

S'ils votent « pour », Sandra reprendra sa place. S'ils votent « contre », chacun des seize employés touchera une prime de mille euros. C'est le deal imposé par la direction de la petite entreprise, et personne n'a osé protester : on ne s'oppose pas à l'injustice en temps de crise. Et puis, mille euros, c'est une somme. Tous ou presque ont, donc, voté « contre »... Mais une des fidèles de Sandra a convaincu le patron d'accepter un nouveau vote, lundi matin...

Magic in the Moonlight 11

Magic in the Moonlight

réalisé par Woody Allen

En plein cœur des années 1920, Wei Ling Soo est le magicien le plus célèbre du monde. Sur scène, il vous fait disparaître un éléphant en moins de deux et téléporte instantanément son assistante d'un sarcophage à un fauteuil pivotant. Le grand public ne se doute évidemment pas que ce masque de Fu Manchu cache un Anglais encore plus british que le Pr Higgins de « My fair lady ». Snob, docte, arrogant, « aussi charmant que le typhus », comme dit son copain...

Jimmy's Hall 12

Jimmy's Hall

réalisé par Ken Loach

Il paraît que Ken Loach, 78 ans ces jours-ci, pense à la retraite, après des décennies de cinéma militant – à gauche toute. Son dernier film (peut-être, donc, dans tous les sens du terme) ne trahit pourtant aucune usure, aucun dé­sen­chantement. Ce n'est pas un adieu aux armes, mais au contraire l'un de ces ­vigoureux manifestes politiques, ­typiques de notre humaniste préféré...

Léviathan 13

Léviathan

réalisé par Andrei Zvyagintsev

Ils se font face, comme deux tueurs de western. Kolia, l'exproprié, et le maire expropriateur. Mais leur duel est grotesque : ils sont ivres tous les deux, gorgés de vodka. Ils basculent, ils chancellent, ils titubent tout en s'insultant à qui mieux mieux. Ce n'est pas à qui tuera le premier, mais à qui s'écroulera le dernier. Andreï Zviaguintsev filme son pays, la Russie, comme exsangue, l'alcool ayant remplacé le sang dans les veines de ses compatriotes...

Une nouvelle amie 14

Une nouvelle amie

réalisé par François Ozon

Une porte interdite. Comme dans un conte. Claire (Anaïs Demoustier) se glisse, pourtant, à l'intérieur de la belle demeure qui semble vide. Comme enchantée. Elle devrait savoir, l'imprudente, que de lourds secrets se cachent, souvent, derrière les portes closes, au risque de vous sauter au visage...

Bird People 15

Bird People

réalisé par Pascale Ferran

Pascale Ferran est une cinéaste rare, qui tourne peu, mais bien. Autant dire que ce quatrième film, huit ans après le succès de « Lady Chatterley », était très attendu. Il donne, pourtant, l'impression d'être providentiel, comme tombé du ciel. Décollage, envol, avions, il en est justement question, puisque l'action se situe à l'aéroport de Roissy ou dans ses environs. Notamment dans un hôtel ­international, où Gary, un Américain, est descendu, pour une nuit...

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Publié dans #Télérama

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Publié le 22 Décembre 2014

Pas d'Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Mommy, de Xavier Dolan, ni pour Saint Laurent, de Bertrand Bonello. Ils ne figurent pas parmi les neuf films encore en lice pour la précieuse statuette, après une première élimination de soixante-quatorze autres concurrents. Parmi les titres retenus, certains sont déjà sortis avec succès en France, comme Ida, du Polonais Pawel Pawlikowski - grand léaurat des Oscars européens, et favori potentiel -, Leviathan, de l'Ukrainien Andrei Zviaguintsev ou encore Timbuktu, d'Abderrahmane Sissako, qui, bien que concourant pour la Mauritanie, a été tourné avec des capitaux français et est considéré par le CNC comme un film français.

Les six autres concurrents sont : Les Nouveaux sauvages (Argentine), Tangerines (Estonie), Corn Island (Géorgie), Accused (Pays-Bas), Snow Therapy (Suède), et The Liberator (Vénézuela).

On notera l'absence de Winter sleep pour la Turquie et de Deux jours, une nuit pour la Belgique, ce qui théoriquement n'empêche pas que Marion Cotillard puisse être nommée dans la catégorie meilleure actrice. Cette "shortlist" de neuf titres se resserrera le 15 janvier autour des cinq nominations à l'Oscar.

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Publié le 24 Octobre 2014

C’est l’histoire d’un type qui naît sourd, aveugle et muet. Non, pardon. On confond avec Tommy des Who. C’est l’histoire d’un type qui a une méningite à 7 ans, qui perd la mémoire et qui met toute sa vie à la retrouver. Ou plus précisément, il passe sa vie à se demander qui il est. Du coup, il écrit des autobiographies. Deux à ce jour, la première parue en 1993. L’autre cette semaine, intitulée La rage est mon énergie. Entre-temps, il devient une icône du punk sous le nom de Johnny Rotten, le «pourri». Il est d’abord chanteur des Sex Pistols, groupe implosé aux alentours de 1977. Puis il fonde PiL, Public Image Limited, d’après le titre d’un roman de Muriel Spark, combo cold dub dont il est parfois l’unique membre. Il redevient John Lydon, son nom à l’état civil, quitte Londres et s’installe en Californie avec sa femme. Il a 58 ans. Ces dernières années, il a présenté des documentaires sur les araignées et les requins. Un album de PiL est sorti en 2012 après vingt ans de silence, This Is PiL, auquel Pitchfork a collé la note de 6.3 en admettant qu’il pouvait «rappeler l’ancien génie du groupe et plaire à leurs fans de la première heure».

Le premier autoportrait de Lydon, écrit-il, fut «une étape décisive» dans sa vie : «Depuis sa sortie, j’ai beaucoup moins peur d’être moi-même.» Bizarrement, pour quelqu’un dont la profession est d’écrire des chansons, ni la première ni la seconde de ses vies ne sont directement de sa main, mais coécrites, cette fois avec Andrew Perry, un vieil ami journaliste. Etre soi-même ou autre chose : question d’image publique, donc. Une autobiographie de Lydon n’est jamais que pour ses fans. Elle touche nécessairement à un point délicat de l’histoire des musiques amplifiées : les Sex Pistols, groupe mythique de la génération «no future» généralement opposé dans les mythologies aux «gentils» Clash, sont aussi considérés comme une créature fabriquée de toutes pièces par le modiste trash Malcolm McLaren, compagnon de Vivienne Westwood. A ce titre, les Pistols, symbole du désespoir et de la violence adolescents à coup d’épingles à nourrice et d’héroïne, furent possiblement «la grande escroquerie du rock’n’roll» : c’est le titre du film que McLaren fit réaliser par Julian Temple en 1979, mélangeant documentaire et fiction. Les Pistols, un boysband de psychopathes manipulés ?

Voilà pourquoi on espère toujours que Lydon va enfin nous dire à quel degré de duperie ranger nos souvenirs d’anciens jeunes, quel pourcentage de faux-semblant pollue nos hormones. Car Rotten/Lydon, c’est aussi un corps particulier, une façon d’incarner la contention et l’explosion en même temps, déguisé à l’époque des Pistols en prisonnier de camp ou en taré camisolé (les pantalons bondage de Westwood) et à la fois roulant des yeux bleus exorbités, se tenant brisé au-dessus du micro, accroché à son propre chant comme un noyé à la dernière planche du rafiot. Plus que les Clash, pour les fans desquels la qualité musicale comptait d’abord, Rotten est un geste, une énergie, une manière d’être. Eventuellement un poète, si l’on en croit les premiers mots de telle chanson de PiL : «A face is raining/ across the border» («un visage pleut par-delà la frontière»). C’est le début de Careering, un morceau dont la rythmique est assurée par… des coups de feu.

Dans La rage est mon énergie, on apprendra par le menu l’inspiration de chacun des textes de Lydon, la liste de tout ce qu’il a écouté (y compris le Tago Mago de Can dont lui et Vicious, le bassiste des Pistols, étaient fans), son goût pour les betteraves et la soupe à l’oignon ; comment il a tenté de s’ôter un grain de beauté au papier de verre et comment il a élevé les enfants d’Ari Up (des Slits), la fille de sa femme ; pourquoi il a fui McCartney et si Cobain lui a volé des trucs. Au bout de 700 pages, on le retrouve à la terrasse de sa chambre d’hôtel parisienne, contiguë à celle de son manager et ami de toujours, John «Rambo». Comme ils ont l’air de sortir du même lit et du même fond de bouteille de la veille, Lydon déconne sur «la nuit de noce».

Vous avez coécrit ce livre. Du coup il a l’air d’une longue interview…

Ecrire pour moi, c’est trop lent. Pour les chansons c’est différent, mais pour raconter sa vie, c’est trop lent. Quand je me relisais, je n’aimais pas du tout, parce que j’avais utilisé un langage fleuri, je ne peux pas m’en empêcher, je suis comme ça. Du coup, j’ai préféré un style conversationnel, qu’il y ait de l’urgence. J’y ai pris du plaisir, mais c’était dur, quatre heures par jour, pendant plusieurs mois.

Vous vous souvenez d’une quantité de détails étonnante…

Quand on vous ôte la mémoire à 7 ans et que vous ne vous rappelez même pas vos propres parents, vous chérissez ensuite chaque chose, quand cette mémoire revient. Vous ne laissez plus rien se perdre, jamais. Ma mémoire est ultra-précise. Je me rappelle les choses de façon photographique, comme des images, comme si je peignais.

On sait que vous êtes peintre, mais vous n’en parlez guère…

Il n’y a pas assez de place pour ça dans un livre. Regardez le graphisme des Sex Pistols et les couvertures des albums de PiL, tout est là.

Vous y consacrez combien de temps ?

Tout le temps libre. Si je suis d’humeur. Quand je veux. Parfois on libère son esprit : c’est ce que je fais. Je ne veux pas être exposé dans une galerie. Comprenez-moi bien : ces peintures sont des pages de mon journal intime.

A la fin de votre livre, vous évoquez votre manque de confiance en vous…

Je crois que tout le monde doute de soi. Chez moi, à cause de mon enfance, c’est toujours là, je me questionne matin et soir mais c’est assez productif, c’est une lutte à mener. J’aurais pu prendre le chemin le plus facile, devenir accro à la drogue, mais ça ne me semblait pas très séduisant, un peu fastidieux… J’aime être sur le fil du rasoir.

C’est votre deuxième autobiographie…

La première ne commençait pas au début. Si on veut vraiment savoir qui est Johnny Rotten, on doit connaître son enfance. Parce que beaucoup de gens ont fabriqué des absurdités à mon propos, il y a une industrie entière de médias qui prétend m’avoir inventé. Et pour mon moi profond, c’est insupportable. Il n’y a que maintenant que je peux le dire. Je sais qui je suis et je sais ce que j’ai apporté au monde de la musique. Et on me l’a volé. Je n’ai jamais beaucoup parlé de ma vie ou de mon travail, mais beaucoup de gens se sont attribué le mérite de ce que j’ai fait et je n’arrive plus à vivre avec ça, ça doit s’arrêter. Trop de voleurs dans ma vie. C’est pour ça que j’ai créé PiL, pour les tenir à l’écart.

Vous vous dites asocial. Vous avez été déçu par les gens ?

Non, non. Disons que je mets beaucoup de temps à accorder ma confiance, mais après c’est pour toujours.

Déçu par la nature humaine ?

Non, j’aime la nature humaine. Je sais à quel point nous sommes tous fous. Nous sommes une espèce qui court au bord du précipice. C’est très excitant, et plein de possibilités. Mais on pourrait éliminer le mensonge, retourner au jardin d’Eden. Quand je dis ça, dans mon esprit, ce n’est pas une utopie. Lorsque j’ai perdu la mémoire, j’avais vraiment besoin de savoir si les adultes disaient la vérité, car tout dépendait d’un mot ou d’un autre, et j’étais incapable de distinguer le vrai du faux. Alors j’ai fait le pari de croire ces deux étranges créatures qui se disaient mes parents et plusieurs années après, il m’est revenu très lentement le souvenir qu’ils l’étaient et ce fut… douloureux. Une blessure. Comment j’avais pu oublier quelque chose d’aussi essentiel, mon père et ma mère ? Je me sens coupable de ça. J’en ai parlé avec mes parents et ils m’ont dit qu’ils pensaient que je leur en voulais. Et moi je croyais qu’ils m’en voulaient. Tant de dégâts. Et ça reste là, la douleur dure. Je n’aime pas travailler dans un climat de mensonge, ça m’affecte profondément. Pas mon travail, juste moi. Au bout d’un moment, on se dit : il doit y avoir mieux comme ambiance. Les trois ou quatre dernières années, de ce point de vue, ont été fantastiques. J’ai travaillé avec des gens super. Et l’album This Is PiL m’a complètement ouvert les yeux, car jusque-là je pensais que dans toute situation de travail, il devait y avoir de la confrontation. Ce n’est plus comme ça. J’ai eu assez d’espace pour faire ce livre en même temps. J’en fais la promo mais ça commence à m’écraser… Je ne dormirai pas tant que je n’aurai pas fini, et dans trois jours, je retourne au studio bosser à notre nouvel album.

Vous avez fait une série d’émissions sur la nature où l’on vous voit avec des tarentules et des requins. De quoi avez-vous peur ?

Toutes mes peurs sont dedans.

Par exemple ?

Je n’aime toujours pas dormir la nuit, de peur de ne plus savoir qui je suis au matin. Que de parfaits inconnus viennent me dire : «Mais vous devez bien avoir un chez vous, non ?» Les jeunes enfants sont très résilients. Si ça m’était arrivé plus âgé, je crois que je ne l’aurais pas supporté. J’ai pensé me jeter du balcon quand j’avais 7 ans et demi, pour que ça cesse. Mais je ne l’ai pas fait.

Vous avez vu des psys ?

Non ! Ces gens-là ne me servent à rien. C’est une chose qu’on doit régler par soi-même. Je me suis toujours mis en position de me regarder et de me dire : «T’es qui en vrai ? La somme de tes expériences ? Ben non puisque tu ne t’en souviens pas !» Ça a fini par porter ses fruits. Un docteur avait dit à mes parents de me mettre en colère pour m’aider à me reconstruire et j’ai gardé cette colère. C’est une super énergie, la colère. Un autre avantage, si j’ose dire, d’avoir eu cette maladie, c’est que j’ai différentes personnalités. La même personne, mais sous différents aspects. Pendant que je parle avec vous, là, un de mes moi me scrute et me dit : «Tu te comportes mal, John.»

Ah, vous êtes schizo ?

Non, j’adorerais que ce soit aussi simple ! Les schizos sont profondément confus. Moi, pas du tout.

C’est plutôt agréable, alors ?

Oui, bien sûr, je me fais des amis dans mon moi.

Vous vous faites des ennemis, dedans, aussi ? Parce que vous écrivez qu’en vieillissant, un des inconvénients est que les ennemis meurent et viennent à manquer…

Je ne me remets jamais de la mort des gens, pas même de celle de mes ennemis. Je déteste l’idée de la mort parce qu’on perd quelque chose qui ne peut jamais être remplacé. J’ai été proche de la mort et je n’ai vu aucun tunnel de lumière, personne de ma famille qui me faisait coucou, c’était juste douloureux. Une torture mentale. C’est un peu morbide comme interview, non ?

Est-ce qu’avoir quitté la Grande-Bretagne pour la Californie est une sorte d’exil ? On dit que vous voyagez avec votre thé anglais préféré…

Disons que j’aime bien certains produits de base. Au moment où PiL était ostracisé en Europe, qu’on ne pouvait pas jouer, j’ai déménagé à New York. Mais j’ai trouvé cette ville très vieille, démodée. Je suis allé à Los Angeles par hasard, en concert, et je me suis aperçu que je n’étais plus malade. J’ai toujours des allergies, ce qui est gênant pour un amoureux de la nature comme moi. Des allergies que je soigne avec des injections de solution saline dans le nez. Or l’océan, c’est la plus grosse réserve de solution saline. Et il y a les requins. J’y suis resté parce que j’allais mieux, en somme. Et j’adore les gens aussi, beaucoup plus aventureux, qui ne vous jugent pas, qui ne mentent pas comme les Anglais.

Le mot de la fin ?

Si j’avais la possibilité de renaître, je ne voudrais pas être quelqu’un d’autre. C’est pas mal, non ? Ecrire des chansons est le plus grand réconfort qui soit pour moi.

Et écrire des poèmes ?

On pourrait aussi appeler ça de la poésie, je suppose. La musique en soi ne fonctionne pas toute seule. Les mots non plus. Mais la combinaison des deux est extrêmement gratifiante. Il n’y a pas assez de mots, en aucune langue, pour cerner complètement toutes les émotions humaines, qui est ce que je recherche, autant que je peux : bonnes, mauvaises, repoussantes, indifférentes - et splendides.

Recueilli par Éric Loret

John Lydon La rage est mon énergie Traduit de l'anglais par Marie-Mathilde Burdeau et Marc Saint-Upéry. Seuil, 720 pp., 25 €.

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Rédigé par Eric Loret

Publié dans #Télérama

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Publié le 14 Octobre 2014

Aude Dassonville

François Rollin, pendant sa chronique sur France Inter - Capture France Inter

Aux innocents les mains pleines. En délivrant son billet hebdomadaire ce matin sur France Inter (8h55), François Rollin ignorait qu'il abordait un sujet délicat à Radio France : la présence de caméras dans les studios. « C'est Thomas Legrand qui me l'a dit à la fin de ma chronique », assure l'humoriste.

Le comédien souhaitait seulement faire part d'une protestation toute personnelle, celle d'un homme qui se présente au public ni coiffé ni maquillé, « en sorte que j'apparais tout vilain tout moche comme au naturel ». La lumière étant assez peu sophistiquée et la scénographie indigente, il insiste sur le peu d'intérêt qu'il trouve au fait d'être regardé plutôt que seulement écouté. « La radio est un outil merveilleux » qui se suffit à lui-même, ajoute-t-il. « De grâce, n'en faisons pas une sous-télévision. »

Cette problématique de la vidéo constitue un point sensible en radio — à France Inter comme dans d'autres maisons. Même si elle accompagne le développement des nouveaux usages, permis par les smartphones et les tablettes dotés d'écrans, la « radio filmée » ne convainc pas tout le monde. En allant cliquer sur la chronique du protestataire, mise en ligne dans la foulée de sa diffusion sur les ondes, sa justification apparaît pourtant clairement. Sous la forme d'un... spot publicitaire (que l'auditeur/spectateur doit subir avant toute chose). Autrement dit : une promesse de revenus supplémentaires pour Radio France. Et, qui sait, celle d'un meilleur éclairage pour François Rollin et ses semblables ?

 

 

 

 

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Rédigé par Aude Dassonville

Publié dans #Télérama

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Publié le 11 Septembre 2014

Richard Kiel dans Moonraker.

Son nom ne disait sans doute pas grand-chose à la plupart des gens, mais tout le monde avait vu son visage. L'acteur Richard Kiel est mort ce mercredi 10 septembre, à l'âge de 74 ans, en Californie. C'est son rôle de méchant dans deux James Bond, qui l'avait rendu inoubliable. Il avait commencé sa carrière en 1962 en jouant un homme préhistorique dans Eegah, de Arch Hall Sr. (un film listé par certains comme l'un des pires films du monde).

Alors qu'il accumule les petits boulots, on le voit apparaître dans des séries comme Les Mystères de l'Ouest ou Des agents très spéciaux (The Man from U.N.C.L.E.). En 1977, il rate le rôle de Hulk dans la série consacrée à l'homme vert, mais pas celui de Jaws (Requin, en français), dans L'Espion qui m'aimait, le dixième long métrage mettant en scène l'agent 007. Kiel y joue un géant (il mesurait 2,18 m) à la mâchoire d'acier, aussi increvable qu'attachant. Deux ans plus tard, il rempile dans Moonraker. Le reste de sa fimographie restera anecdotique (Pale Rider, de Clint Eastwood, en 1985, Inspector Gadget, de David Kellog, en 1999...).

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Publié le 1 Septembre 2014

Parmi les mutliples vidéos réalisées par des personnalités pour l'Ice Bucket Challenge, ce défi qui consiste à se filmer en train de se verser un seau d'eau glacée sur la tête avant de désigner d'autres personnes à le faire, un défi a particulièrement retenu notre attention.

David Lynch s'est lui aussi lancé dans ce défi charitable, dont le but est de sensibiliser l'opinion à la lutte contre la « maladie de Charcot » (la sclérose latérale amyotrophique). Le cinéaste ne s'est pas versé un seau d'eau glacé sur la tête, mais un seau de... café frappé, en ayant pris soin au préalable d'y ajouter un double expresso. Il avait été défié par Laura Dern, son actrice fétiche qu'il a fait jouer dans Blue Velvet, Sailor et Lula ou Inland Empire. Juste avant de se faire détremper sa célèbre tignasse blanche, puisqu'il avait également été nommé par Justin Theroux, (acteur de Mulholland Drive), il interprète une improbable et émouvante version de Somehwere over the Rainbow (la chanson qu'interprète Dorothée dans le film Le Magicien d'Oz) à la trompette.

A son tour, David Lynch nomme ... le président russe Vladimir Poutine. Une vidéo très lynchienne, en somme.

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Publié le 28 Août 2014

HALEY/SIPA

A 11h30 ce mercredi 27 août, soit une demi-heure seulement après la très médiatique conférence de presse de rentrée de Radio France, Daniel Mermet tient la sienne propre à quelques pas, dans un petit théâtre aux boiseries sculptées. Devant trois journalistes et une vingtaine de fidèles auditeurs, l’ex-animateur de Là-bas si j’y suis sur France Inter (créée en 1989 et arrêtée en juin) veut dessiner les contours d’un futur pure player, censé faire renaître son émission de ses cendres. En introduction, il précise que « les réalisateurs de Radio France souhaitant assister à cette conférence ont été convoqués par la direction à midi », et confie son amertume (« l'arrêt de Là-bas si j’y suis s'est fait de manière vexatoire, humiliante et brisante »). Il remercie et énumère ses soutiens – dont 170 000 auditeurs-signataires de pétition –, regrette que la direction de Radio France ne les prenne pas en compte.

Cette même direction, assure-t-il (en reprenant les mots du journaliste François Ruffin, qui le soutient), a supprimé son émission parce qu’elle la considérait « comme une anomalie », à la fois « trop populaire, trop dissidente et trop antilibérale » – il précisera plus tard que les négociations pour lui confier une série d’émissions d’été sont au point mort. Dans la salle, on ne peut manquer de remarquer Daniel Schneidermann, fondateur d'@rrêt sur images : aucun partenariat n’a encore été noué, mais les deux Daniel semblent faits pour s'entendre ; ils ont traversé la même épreuve, à quelques années d'écart [Daniel Schneidermann a vu son émission arrêtée par France 5 en 2007, avant de rebondir sur le Web]. C'est de lui, de son pure player et de quelques autres médias (Mediapart, Basta, l'émission américaine Democracy Now!, la station milanaise Radio Popolare…), que Mermet prétend aujourd'hui s'inspirer.

Un « 7-9 neuf » sur Internet

Il souhaite animer chaque matin un « 7-9 neuf », sur Internet, dont la hiérarchie de l’information et les invités sont différents des grandes radios, et proposer reportages audio, vidéo, ainsi que des débats. Confiant, l’ancien producteur de France Inter promet de donner du travail, dès que possible, aux reporters de Là-bas si j'y suis qui n'ont pas trouvé de nouvel employeur (trois de ses ex-collaborateurs historiques, Antoine Chao, Charlotte Perry et Giv Anquetil animent, eux, Comme un bruit qui court le samedi à 17h sur Inter). Frédéric Lordon, économiste orienté à gauche, et Franck Lepage, militant et théoricien de l'éducation populaire, sont évoqués comme chroniqueurs.

Pour réussir, il peut sans aucun doute compter sur son charisme, son réseau, et sa propension à fédérer une vaste communauté – les fameux « AMG » ou « auditeurs modestes et géniaux ». Mais reste à définir un calendrier et une ligne éditoriale plus précise. Le 13 septembre à la Fête de L’Humanité, l’animateur controversé lancera une campagne de souscriptions, qui feront office de préabonnements – pour un prix évalué entre trois et neuf euros par mois. Une partie du site sera néanmoins gratuite, incorporant des archives de l'émission radio ainsi que son « répondeur », ressuscité, où la parole de gauche antilibérale et altermondialiste pourra s’épancher. Là-bas si j'y suis version web sera lancé le 21 janvier 2015, date anniversaire de la mort de Louis XVI.

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Rédigé par Malik Teffahi-Richard

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