BALI 7 : Marcello

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Un voyage à Bali sans Marcello ne serait pas un voyage.

 

Alors que nous marchions dans la rue, à contresens de la Legian (la grande route à sens unique), on nous klaxonne, c’était Marcello qui nous a reconnu deux ans après ! Il nous dit qu’il travaille au poste 7. On lui dit que l’on passera le voir mais le jour dit, il ne sera pas là. Le poste est loin à pied (une heure environ avec les enfants) et je vais souffrir d’une tendinite.

 

Et puis, un jour, en demandant aux sauveteurs de notre zone (le poste 3), nous apprenons que Marcello est au Poste 1, autrement dit au début de la Pantai Kuta, à 20 minutes à peine à pieds. Nous décidons d’y aller.

De loin apparaît le poste, une sorte de tour qui permet de scruter l’horizon mais sert surtout de remise pour les sauveteurs. Marcello est là et nous reconnaît. IL me prend dans ses bras et a le sourire. Mon aîné va vite s’habituer à lui et jouer avec. Je lui présente mon second fils et lui montre la photocopie de son passeport qui mentionne en second prénom … Marcello.

Il veut me la rendre mais je lui dis que c’est pour lui, il est touché.

 

Il va me raconter ses deux dernières années. Je me souviens qu’il devait venir pour une compétition de surf à Biarritz mais cela ne s’est pas réalisé. Par contre, il est venu en France, à Montpellier pour jouer sa musique mais il n’est pas resté longtemps. Il a deux contrats pour faire des concerts un dans les pays de l’est et l’autre à Las Vegas. Il ne sait s’il gardera son poste de sauveteur.

 

Il me dit avoir voulu abandonner car il avait une lassitude à toujours avoir à faire la police avec des gens qui ne respectent pas les règles. Lorsqu’il était en poste vers le Kudéta (bar du bord de mer des personnes qui veulent se faire voir et qui ont de l’argent), il me dit que c’était ennuyeux, il n’y avait rien à faire. Je remarque sur l’un de ses orteils une blessure, elle a été causée par un surf ; le sable le fait souffrir. Il va continuer à souffrir car le lendemain il aura un semblant de grippe. Il refuse de prendre des cachets mais le médecin lui fera une piqûre et cela ira mieux. Il se promènera avec une serviette sur la tête pour se protéger du soleil.

 

 Mais, la grande nouvelle pour lui, c’est d’avoir eu sa fille qui est née deux jours après mon fils. Elle s’appelle Kenya. Pourquoi ? Je ne sais pas mais j’aime la consonnance de ce prénom. Sa petite est blondinette avec des cheveux fins (comme mon second fils) car sa maman est polonaise. Ils se sont mariés. Sa femme a une boutique : The butter (http://butterbali.com) où elle confectionne des pancakes. Il est heureux avec sa fille et me dit « happy wife, happy life ! ». Je ne peux qu’acquiescer avec cette pensée pas si facile à trouver tous les jours !

 

Chaque matin Marcello remercie le Seigneur d’avoir une fille sans ennuis de santé. C’était mon premier désir pour mes enfants. Ensuite, qu’ils soient beaux, c’est un peu normal, c’est une marque de fabrique dans la famille ;-)

 

On aurait dû manger avec Marcello un jour à mdi mais avec les enfants et la marche cela ne fut pas possible, encore moins lorsque mon second reviendra de notre second voyage en taxi avec un rhume. On passera tout de même trois après-midi, les trois dernières avec lui et ses copains. On retrouvera le jeune franco-indonésien qui est sauveteur. Sa mère est française et son père indonésien mais il a tout d’un européen. C’est lui, il y a deux ans qui avait fait faire du quad à mon aîné.

 

Lorsque que nous marcherons vers la mer, il voudra attraper un petit poisson mais s’apercevra que c’est un poisson comme les vives (une épine dorsale venimeuse). Même lorsque mes enfants seront sur la plage, il les regardera, lorsqu’il voit un sac en plastique sur la plage, il le ramassera.

 

Il y aura une alerte : deux nageurs qui n’ont pas voulu entendre les appels des sauveteurs et qui auront peut-être du mal à rejoindre le bord. Fausse alerte mais deux sauveteurs sont partis dont un avec un surf, le même sur lequel j’avais été il y a quatre ans lorsque le courant m’emportait et que Marcello était venu me sauver.

 

Deux jours sur trois, nous assisterons à la course des bébés tortues pour aller vers la mer. C’est une attraction qui à chaque fois reçoit un maximum d’affluence de touristes. Ils ont des œufs de tortues qu’ils ont recueillis et les mettent dans le sable. Chaque fois qu’il y a éclosion, il y a un lâcher de tortues. Quand je pense que lors de mon premier voyage, j’ai mangé de la tortue proposée par un restaurant. Depuis, l’espèce est protégée et avec cette association, le nombre de bébés tortues est presque en constante augmentation (20 000 dans mon souvenir). Il faut savoir que sur 1 000 bébés tortues lâchés seule une tortue deviendra adulte. Lorsque je nagerai, il m’arrivera de voir des petites têtes déhttp://www.liberation.fr/passées de l’eau !

 

Je voulais acheter une robe à la fille à Marcello mais cela n’était possible que le soir et le soir, les minutes sont passées trop vite avec mes enfants. J’ai tout de même pu lui donner deux cartes postales avec l’adresse de mes enfants pour qu’il me donne de ces nouvelles. Marcello n’est pas du genre à utiliser les technologies de communication, sa femme plus.

 

Il est temps de se quitter – comme de terminer ce billet qui aurait pu être plus long – c’est notre dernière après-midi, notre dernier coucher de soleil. On le passe avec Marcello. Mon aîné tient avec lui les drapeaux de baignade tandis que moi je suis avec mon tout petit avec les drapeaux ‘ne pas nager dans cette zone’.

Si l’on m’avait dit qu’un jour, je porterai ces drapeaux avec mes enfants, je ne l’aurais pas cru une seconde. Le soleil se couche, il est l’heure de partir. Marcello travaille à l’heure où nous partirons. Il offre à mes enfants un jouet à chacun (des minions avec lumières et musiques – mais le tout petit va avoir peur de cela !). Il me dit de monter dans sa tour et me montre un tshirt de sauveteur en me disant que c’est pour moi. Il me l’offre pour le respect que j’ai pour lui , la mer, les sauveteurs ; pour ma fille, ma vie simple. Je suis fortement touché. Connaître le prix de tout et la valeur de rien. Rien que pour ce tshirt, j’aurais fait ce voyage à Bali. Il me dit qu’il faudra que je le lave. Je n’en ai même pas envie ! Il me l’emballe dans un journal papier car ce n’est pas tous les jours qu’un tshirt de sauveteur peut être offert !

 

On se sert une dernière fois dans nos bras et Marcelle me dit ‘Take care’.

Toi aussi Marcello et à bientôt par photos interposées maintenant que j’ai l’adresse mail de ton épouse. Mais cela tu ne le sais pas encore.

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