Le kiosquier de Cabu

Le 7 janvier 2015, comme tous les matins, Cabu et Wolinski achètent leurs journaux au kiosque de Saint-Germain-des-Prés (riche de 2 500 titres) et plaisantent – catégorie humour noir – avec Patrick, 67 ans, qui en est à la fois le vendeur, le bonimenteur et l’acteur. Cela fait trente ans qu’il fait ce métier harassant et de plus en plus menacé. La presse écrite va mal, mais il n’a jamais cessé de l’aimer et de la promouvoir.

A 11 heures, le fonds de caisse dans son sac, Patrick rentre en voiture chez lui, dans le nord de Paris, en écoutant Radio Classique. Soudain, rue de Meaux, un homme armé d’une kalachnikov se jette sur sa Clio et lui ordonne d’en descendre. C’est Chérif Kouachi, suivi par Saïd Kouachi. Patrick obtempère. «Si les médias te le demandent, dis-leur que nous sommes Al-Qaida Yémen.»

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Ils viennent – Patrick le découvre alors sur l’écran d’une boulangerie qui diffuse BFMTV – de faire un carnage à «Charlie Hebdo». Cabu et Wolinski, auxquels il venait de vendre «le Canard enchaîné», sont morts. Lui a été braqué par leurs assassins, mais épargné.

A une telle succession de coïncidences, même le cinéma n’aurait pas cru. C’est l’objet du petit livre à la fois décalé et recentré que consacre Anaïs Ginori, correspondante à Paris de «la Repubblica» et petite-fille de Jacques Nobécourt, qui fut le correspondant du «Monde» en Italie, au «Kiosquier de Charlie» (Equateurs, 15 euros). «Quand je l’ai rencontré, écrit-elle, j’ai compris pourquoi je faisais ce métier, pourquoi j’étais captivée par cet univers de papier qui résiste au temps.» Et à la tragédie.

Jérôme Garcin

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