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Mineurs en prison (1/2)

  • Kitano
Un rêve habite Pierre, 16 ans : devenir boulanger. "Tu as de l'or dans les mains", lui a dit un jour le patron chez lequel il était en stage. "J'étais à fond dedans", raconte-t-il avec le sourire. Puis Pierre a été condamné à quatre ans d'emprisonnement pour une "grosse bêtise". Il est détenu depuis un an. A la maison d'arrêt de Sequedin, près de Lille, il est seul. Ses parents ne viennent jamais le voir. Le travail, l'éloignement... "Il y a les lettres", glisse l'adolescent, gêné. "Des mineurs qui ont des parloirs, il n'y a en a pas beaucoup", remarque un peu plus tard Christophe Taquet, l'un de ses surveillants. Moins de la moitié, en réalité.

 

Cet hiver, au quartier des mineurs de Sequedin, il fait chaud comme dans une couveuse. Onze adolescents sont présents. Quatre surveillants, trois éducateurs et un instituteur à temps plein les encadrent. Le quartier des mineurs, moderne, est isolé de celui des adultes. "C'est un quartier qui tourne bien", explique James Courtois, le directeur du centre pénitentiaire. Ouvert en 2004, avec 40 places, il n'a jamais fait le plein.

Quand ils arrivent ici, après un acte grave ou une succession d'infractions et de placements sans résultat, ces adolescents n'en ont pas fini avec la violence. Ils cassent la cellule, insultent les personnels. " Pour la première fois, on leur dit non. Forcément, ça passe mal", analyse le chef surveillant. "Certains ont été longtemps livrés à eux-mêmes, d'autres ont vécu avec des adultes déméritants qui les ont laissés tout faire, en ont fait des enfants-dieux." Les intéressés, de leur côté, évoquent la nécessité de "se faire respecter". Dans ce lieu, les caïds "vont voir si les arrivants sont des "victimes", comme ils disent, ou des personnes qui se laissent pas faire, témoigne Pierre. Un qui se laisse faire, tout le monde va l'agresser, le racketter. Avant, j'étais assez violent. Ils savent qui je suis." Depuis quatre mois, cependant, l'adolescent n'a plus de problème de comportement et peut suivre des activités. Les mineurs de Sequedin sont classés en trois catégories. Le régime "rouge" s'applique aux perturbateurs. Ils ont droit au "minimum syndical du code de procédure pénale", comme le résume Aurélie Leclercq, la directrice du quartier : accès aux cultes, à la promenade et à l'école. Les nouveaux arrivants démarrent tous à l'"orange", avec télévision, bibliothèque, activités et sport. Le régime "vert", le plus libéral, donne aussi accès à la PlayStation et au ping-pong. La situation est réexaminée chaque semaine. "Cela permet de gérer les choses sans recourir au disciplinaire", explique Mme Leclercq. Pour Selim, cela n'a pas suffi. Il a effectué plusieurs passages au quartier disciplinaire au cours de ses six mois de peine. L'un parce que du haschich a été retrouvé dans sa cellule. L'autre parce qu'il a été mêlé à un acte de torture sur un autre détenu, des faits qu'il nie.

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