LA POSSIBILITE D'UNE ÎLE
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La possibilité d’une île
Tout d’abord, il y a le roman qui m’avait passionné par sa construction littéraire. Poursuivant sa thématique de mépris pour le genre humain et le côté sexuel cru passant par une histoire d’amour avec une charmante jeune femme et le constat terrifiant d’un vieillissement, Houellebecq montre une nouvelle fois qu’il n’aime personne, ni lui, ni les autres sauf les chiens qui trouvent grâce à ses yeux et peut-être même à son cœur.
L’aspect technologique se retrouve encore (LES PARTICULES ELEMENTAIRES) sous la forme de clonage puis de création artificielle dans une secte avec un gourou libidineux. C’est surtout avec le récit de Daniel 1 et ensuite le commentaire de ses successeurs (Daniel 24 et 25) que va s’articuler le roman entre notre époque et l’avenir pour finir sur une solitude dans un monde où au fil des siècles l’homme aura presque disparu, sauf dans des tribus barbares.
La possibilité d’un film
La transposition du roman sur écran par l’écrivain a peu à voir avec le volumineux roman de presque 500 pages. Il n'en garde que la fin, la recherche de cette île. L’aspect sexuel explicite est donc totalement évacué si ce n’est la scène avec les deux filles de l’Est qui se trémoussent en maillot de bain lors d’un concours à l’hôtel. Le gourou, le second, le savant sont montrés dans cette secte ayant élu domicile dans une sorte de blockhaus. Les décors sont en carton pâte, le paysage bétonné de la côte est espagnol (Benidorm).
La fin avec les chemins post-apocalyptiques, enfin que se veulent comme tels (on dirait plutôt des aires de démolition) semblent signifier l’errance vers cette île atteinte par Daniel 25 et Marie 23, qui ne se rencontreront pas. Jamais on ne l’entendra parler. Une scène (mais on pourrait en trouver des dizaines) la montre allongée seins nus alors que c’est presque la nuit avec une couverture de survie jusqu'au haut des hanches. Cela ne cadre pas du tout. De cadre, il y aura mais cela ressemble soit à des cartes postales, soit à des paysages utilisés plus pour leur commodité que pour leur utilité.
Lorsque le film s’arrête on ne comprend pas pourquoi. Autant que l’on n’a pas compris ce qui s’est passé auparavant.
La possibilité d’un bide
Si Houellebecq est un écrivain doué, il n’est pas cinéaste, ou alors un mauvais cinéaste. Il y avait fort longtemps que je n’avais ressenti un tel sentiment face à l’image : voir ce que le réalisateur veut ou tente de signifier mais qui laisse une impression de vide. Rarement la technique de mise en scène ne m’avait paru si plate, si pauvre en deux mots : si télévision, voire télévision théâtrale.
Pour les acteurs, c’est la même chose mais cela pourra faire sourire a posteriori de repenser à Benoît Magimel tantôt sorti d’un film pour ado au début avec sa coupe de cheveux blondinet et ensuite de science fiction série Z (type robot sans émotion avec beaucoup moins de cheveux tout de même).
Il m’est souvent venu à l’esprit ce qu’aurait pu faire un Gus Van Zant sur cette errance façon GERRY, spatiale et aérienne. J’ai une longue liste dans laquelle n’apparaîtrait que des réalisateurs américains : la vieillesse et la disparition chez Clint Eastwood, la recherche de la mémoire dans le film de Ridley Scott, l’enquête d’anticipation d’un Steven Spielberg. Mais je m’égare comme a dû s’égarer Houellebecq qui a produit pour moitié son film. Pour prouver que je reste toujours pour regarder le générique, je puis vous dire qu’après le départ des trois spectateurs, j’ai pu lire que le chien – car il y a un chien – Fox se nomme en fait Pancho et que les vues aériennes ont été prises par COYOTAIR.
Pour les amateurs de l’écrivain, LA POSSIBILITE D’UNE ÎLE sera une expérience cérébrale, pour les autres aussi, mais beaucoup plus longue, ridicule et surtout déstabilisante de médiocrité.
