LE MARCHE DE LA FAIM
-
Le 30e film arrivera cette semaine pour cette année 2007 ; qui voit aussi la 10e nationalité, en ce premier film autrichien d’Erwin Wagenhofer. Film ou plutôt documentaire, avec ses qualités classiques mais aussi ses limites.
Nous allons voyager à travers le monde pour voir ce que les libéraux nomment les bienfaits de la mondialisation, à travers des produits comme le poisson, la volaille, le soja. L’idée du film est de montrer l’absurdité de certaines situations, absurdes mais surtout créatrices d’inégalités : dans le nord du Brésil, région des plus pauvres, on cultive du soja pour l’exporter alors que la population peut souffrir de famine. Dans ce cas il nous est dit que les familles peuvent recevoir des aides, mais pas toujours, et il souffre. Le film d’ailleurs commence par un gaspillage, dont on pourra faire un parallèle avec d’autres situations : celle du pain collecté en Autriche. Avec la quantité détruite, on pourrait nourrir la seconde ville de ce pays.
Mais, si ce n’était que cela. Les exportations occidentales, subventionnés, ruinent les petits paysans du Sud qui ne peuvent rivaliser avec ces prix et qui obligent une partie de la population à émigrer vers nos contrées. Survivre ou mourir. Les enjeux dépassent donc le simple aspect commercial ou de qualité de nourriture.
Le film est un bon support pour un débat. Bien que l’on puisse en soulever la limite qui est d’oublier le rôle du consommateur. Certes, les marchés sont toujours plus concentrés, mais celui qui achète et qui veut acheter toujours moins cher. On peut critiquer les délocalisations mais pas la baisse constante des prix sur certains produits. Puisque vu il y a quelques semaines, le film est mieux filmé, avec un sens pédagogique et les interventions de Jean Ziegler (rapporteur de la Commission de l’ONU pour le droit à l’alimentation) que l’on ne peut oublier.
Ce qui restera touchant, c’est ce paysan brésilien avec pour contrepoint, dans la conclusion, la pensée libérale sous les mots du
pgg de Nestlé, phrases édifiantes. Pour Peter Brabeck, les ONG (Organisations non gouvernementales) sont des extrémistes, qui veulent que l’eau soit un bien public tandis que lui considère que
c’est une denrée comme une autre, à payer, par tous au prix du marché. Pour ceux qui ne pourraient le faire, il faudra trouver des solutions. Ce patron, qui fustige les 35h françaises et appelle
à travailler plus pour avoir plus d’emploi (ce qu’il faudrait prouver), s’extasie devant un écran télé en voyant une usine japonaise moderne et en disant : « il y a peu de personnes
employés ».
Mais, si c’est le dernier du mot film, je préfère laisser Jean Ziegler la phrase de fin : « aujourd’hui dans le monde, chaque enfant qui meurt de faim, est un enfant assassiné » .
