LETTRES D'IWO JIMA
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« Dans l’obscurité existe la lumière, ne regardez avec une vision obscure.
Dans la lumière existe l’obscur, ne regardez avec une vision lumineuse.
Lumière et obscurité créent une opposition mais dépendent l’une de l’autre comme le pas de la jambe droite dépend du pas de la jambe gauche ». Maître Sekito
Une image fixe d’une plage. Personne. Le temps est passé. Un autre temps mais pas un autre monde. Telle est l’image finale du diptyque voulue par Clint Eaxtwood qui fait immanquablement référence au travelling final de MILLION DOLLAR BABY, mais à cette différence que dans la disparition de l’homme est remplacée par la disparition de la vie.
Tout est dit et tout est perdu d’avance pour ces troupes japonaises basées à Iwo Jima, en 1945, que son armée (air, mer, terre) va abandonner, laisser à son sort, donc à la mort. Bien qu’il s’en défende dans ses interviews, Clint Eastwood nous envoie (malgré lui) un message pacifiste ou de non guerre, faisant écho aux conflits où son pays est impliqué actuellement. Car de guerre et de devoirs il est question mais surtout, surtout d’humanisme. Et l’humanisme ne se marie pas avec la guerre.
Le ton et la mise en scène sont sobres dans une histoire linéaire baignée d’une lumière sombre. Car sur cette île, les soldats japonais avaient construits des tunnels, leur permettant de faire face aux assauts de l’armée américaine.
On va suivre plusieurs personnages mais l’axe sera les pérégrination d’un simple soldat, Saigo, qui tout en voulant sauver sa vie devient soldat, un vrai soldat. S’il veut sauver sa vie, c’est pour revoir son enfant qu’il n’a jamais vu et dont il a fait une promesse à sa femme enceinte. Á ce niveau le scénario de Paul Haggis montre sa structure classique. Et pourtant, dans la réalité, il y eut seulement un millier de survivants sur les 22 000 soldats présents sur l’île.
Derrière l’histoire, les hommes, l’homme. On ne peut être qu’admiratif pour ce général intelligent (donc humaniste ?) qui jusqu’au bout, aura voulu sauver un maximum de ses hommes, dont Saigo, face à un état-major militaire, qui rappelle celui de la France lors de la guerre des tranchées en France. Le général Kuribayashi est un militaire mais c’est aussi un père, et c’est à partir de ses lettres qu’a été reconstitué en partie ses 40 derniers jours.
Les trois premiers flash back sont en référence à son fils, le dernier le verra au volant d’une voiture sur une route (de Madison), car il avait été envoyé aux États-Unis avant la guerre. Si MÉMOIRES DE NOS PÈRES contait la recherche du passé par un fils, c’est l’inverse ici. Que laisser, que faire passer comme message au seuil de la mort, cette question hante visiblement Clint Eastwood, bien plus que la mort elle-même. Le passé, la mort mais avant tout la vie.
Les deux films se font résonance mais pas écho, sauf dans la scène où l’un des soldats américains est retrouvé mutilé (il ne sera pas montré à l’écran), on comprend pourquoi lorsqu’il est tombé aux mains des japonais après avoir utilisé son lance-flammes. Les sentiments sont mêlés, on trouvera autant de japonais appliquant le code du combat que d’américains ne l’appliquant pas.
40 ans après la bataille, les survivants japonais et américains se sont retrouvés sur cette île, l’amitié remplacée la guerre pour ces personnes qui ne se connaissaient pas et dont la scène de la lettre américaine lue montre l’universalité des sentiments. La reconnaissance de l’autre laisse apparaître l’humanité en chacun de nous, premier combat contre la violence et la mort. Et sur la plage, les hommes blessés quel que soit leur camp, reste d’abord des hommes.
Dans ces galeries souterraines la lumière de la vie sortira mais d’une autre façon, dans une des scènes finales, par la mémoire que va laisser le père en héritage. Dans l’obscurité existe la lumière. Cela c’est Maître Eastwood qui nous la livre dans son film testament.
