Vampires, vous avez dit vampires
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On avait, en 2001, découvert des plumes dans ses excréments. L'affaire fit grand bruit chez les zoologues. Réputée insectivore, la noctule géante (Nyctalus lasiopterus), une chauve-souris d'environ 45 cm d'envergure, pouvait donc, aussi, dévorer des oiseaux. Jusqu'ici controversée, cette hypothèse vient d'être confirmée par les travaux de chercheurs suisses et espagnols, publiés mercredi 14 février dans la revue PloS One.
"Jusqu'à présent, on pouvait objecter que le 'sonar' de la noctule confondait les insectes avec les nombreuses plumes d'oiseaux qui volètent dans l'air lors des
migrations", explique Raphaël Arlettaz, professeur à l'université de Berne (Suisse) et coauteur de l'étude. Pour lever l'incertitude, les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins du
chiroptère, prélevés à différentes périodes de l'année.
En étudiant la nature des isotopes de certains éléments présents dans l'organisme d'un animal, il est en effet possible de le replacer avec précision dans la chaîne alimentaire.
"Le résultat est que la noctule géante se nourrit exclusivement d'insectes en été, d'oiseaux et d'insectes au printemps et exclusivement d'oiseaux en automne", précise M. Arlettaz. Or
c'est précisément à l'automne que les migrations de passereaux sont les plus importantes au-dessus de l'Espagne, où ont été effectués les prélèvements.
C'est la première fois qu'est identifié en Europe un tel comportement de prédation chez un chiroptère. En Asie, certaines espèces de chauve-souris chassent de petits oiseaux. Mais elles "cueillent" leurs proies sur les branches. Or la noctule géante est trop grande pour chasser dans les frondaisons et doit opérer dans les airs. Cette capacité à capturer des oiseaux en plein vol est unique. D'autant que ces acrobaties ont lieu "à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sol, voire jusqu'à 2 000 mètres d'altitude", où croisent certains migrateurs nocturnes, ajoute M. Arlettaz.
Ce festin aérien n'a jamais été directement observé. La chasse du mammifère volant pourrait toutefois expliquer "certaines observations de terrain très
anecdotiques, selon M. Arlettaz. Lors de campagnes de capture de chauve-souris, on a observé à deux reprises des ailes d'oiseaux partiellement déchiquetées – l'une de rouge-gorge,
l'autre de pouillot-siffleur –, tombant du ciel en pleine nuit..."
