VICKY CRISTINA BARCELONA
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2005 restera une année phare dans la filmographie de Woody Allen : celle où il retrouvait dans une autre ville que New York, une inspiration depuis longtemps évanouit à force de sortir une production par an depuis trente ans. Après des retrouvailles réjouissantes avec au casting celle que l’on retrouve aujourd’hui, donnant sinon des ailes du moins de nouvelles envolées amoureuses aux aventures de ses personnages, force est de constater que l’on est au fur et à mesure déçu de la suite. SCOOP (2006) et LE RÊVE DE CASSANDRE (2007) finissaient le triptyque londonien dans une lassitude et un style de plus en plus dilué de l’auteur américain.
Décidant de changer de pays, Woody Allen s’en est allé en Espagne. Vin, nourriture, belles femmes, milieu artistique, lumière chaude, trio amoureux sinon triolisme, il y avait de quoi succomber à cette chaleur espagnole.
Dans une des scènes, Marie Elena dit à Vicky qu’elle représente l’ingrédient manquant à son couple : le sel. Poursuivant cette image, ce film me fait penser à la brioche que l’on peut faire dans une machine appropriée : il suffit de mettre une ou deux gouttes de colorant alimentaire et vous obtenez une pâte rouge ou bleu ou couleur chocolat. Si vous ajoutez de la noix de coco ou de l’amande en poudre vous aurez en plus, un goût différent. Avec VICKY CRISTINA BARCELONA c’est presque la même chose sauf que l’on ne voit ni la couleur, ni l’on perçoit la saveur des ingrédients (ajoutés en cours de cuisson, lorsque retentissent les bips).
Vicky se fait inviter par des membres éloignée de sa famille à Barcelone. Elle profitera de cet été pour faire son mémoire sur la culture catalane. Elle est accompagnée par son amie Cristina. Autant l’une est brune, intellectuelle, analytique, fiancée et prête au mariage, autant l’autre est blonde, a la fibre artistique et enclin à laisser libre cours à ses sentiments, son instinct sachant seulement ce qu’elle ne veut pas. Entre les deux va arriver un peintre les invitant à découvrir l’art et l’amour. L’une est réticente, pas l’autre.
Le schéma du scénario apparaît clairement : deux belles filles opposées dans leurs sentiments, leur parcours, un homme honnête dans ses propositions directes et une troisième femme perturbée. On parlera de tromperie, de choix d’histoire d’amour, d’art bien sûr car il y a beaucoup d’expositions et de musées dans la ville (Dali, Gaudi, Miró, Picasso).
Et pourtant, assez vite, la découverte de cette ville par ces deux jeunes femmes va tourner à la carte postale : des lieux, du vin, de la musique et surtout de la voix off. On a du mal à reconnaître le style de mise en scène de Woody Allen. Certes, dans certaines répliques on retrouve en filigrane le portrait de l’artiste mais cela ne peut valoir adhésion à ce qui ressemble en fin de compte à un fantasme d’un vieux monsieur (73 ans). Le cœur en serait les relations du couple, à deux, à trois avec deux scènes où deux femmes s’embrassent.
Les femmes on peut en parler. Penelope Cruz joue le rôle d’une hystérique, douée en peinture qui entretient avec son ex une relation ‘pas avec mais pas sans toi’. Peu crédible. Il y a aussi la lumineuse Scarlett sensuelle, lumineuse, pouponne comme toujours, une invitation à l’amour sauf que Woody Allen ne l’a met pas en relief dans les scènes d’amour, de désir. Il arrive à la rendre moins attirante lorsqu’il le faudrait et bien plus lorsque l’actrice reste naturelle !
Mais surtout, il y a Vicky interprétée par Rebecca Hall, héroïne allenienne par excellence mais éclipsée par le metteur en scène. C’est dommage car cet esprit tourmenté était le plus intéressant. Révélateur est la fin, inverse d’un MATCH POINT. On remarquera les hommages au cinéma européen que ce soit oralement (« je suis américain mais je me sens européen ») ou par référence cinématographique (les ballades en vélo version Jules et Jim) et même picturale (le déjeuner sur l’herbe).
Woody Allen me fait penser à ces groupes de musiciens venant sur le continent européen et jouant même pour pas grand-chose du moment que leur est payé le logement et la nourriture. Après l’Angleterre, L’Espagne, peut-être viendra-t-il tourner en France. Mais dans ce cas, son film ressemblera plus à du Claude Lelouch qu’à du Arnaud Despleschin.
