SHOTGUN STORIES
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Après la vague de films d’une durée minimale de deux heures, voici la vague des premières réalisations : après BLACK SHEEP, OPERA JAWA et avant REC, voici un premier film américain du circuit indépendant.
Il ne faut pas se fier à l’affiche trompeuse ne montrant que deux personnages (celui central manquant) et surtout la référence mentionnée à Terence Malick, peu approprié malgré les étendues de culture des champs de coton à la couleur marron où souffle le vent et la couleur verte des champs de céréales.
Une tragédie grecque ou une histoire inversée d’un Roméo et Juliette sans amour avec seulement de la haine : trois frères vont assister à l’enterrement de leur père qui a refait sa vie en les abandonnant, l’aîné en prenant la paroles aux funérailles va entraîner par une succession de bêtises, violence et drames. On n’est plus en Grèce ou à Verone mais aux Etats-Unis dans cette ‘history of violence’, non pas en ville mais en campagne où il ne pourrait en être autrement dans le déroulement du destin. Le dialogue passe plus par les armes que par la parole, on est dans une Amérique du Nord régressive et peu réjouissante sur le plan économique.
Le film va se centrer sur la famille HAYES, celle qui a été abandonnée par un père alcoolique qui s’est refait une virginité en versant dans la religion. C’est la figure plus manquante que marquante. SON est l’aîné, c’est par lui que tout va démarrer, son frère BOY est bordeline, il ne travaille pas, vit dans son van, a un chien, fait de la récup. Il est déjà en préretraite comme il le dit. KID le plus jeune, dort dans la tente du terrain de l’aîné, il va peut-être se marier s’il obtient l’augmentation. Pour l’instant, il ne peut rien offrir à sa copine, future femme.
Autre image de l’Amérique. Celle dont on ne parle pas, personnes que l’on ne voit pas, les invisibles d’une croissance économique qui en laisse tant sur le chemin. Chacun sa vie, mais un même chemin qui ne passe pas par la case banque.
De l’autre côté quatre fils dont la haine est aussi forte. L’homme peut-il changer, évoluer ? Derrière la violence, un semblant de vie est-il possible ? La dernière scène me rappelle celle – inoubliable – du film de David Lynch THE STRAIGHT STORY, mais version jour.
Puisque l’on est dans les références, on peut penser à Gus Van Zant d’une part pour les plans de la nature (GERRY) et dans l’escalade ordinaire de la violence (ELEPHANT). Mais le style est personnel, un ton rarement vu dans le cinéma. Le temps ne se suspend que pour être entraîné vers l’inexorable fatalité de personnes plus bêtes que méchantes comme l’est par exemple le cadet de l’autre famille.
Chacun des personnages a des failles mais c’est à une histoire familiale, de liens serrés, de non-dits, d’éducation (« tu nous as élevé dans la haine voici ce qui arrive maintenant », SON à sa mère), de décennies de souffrances inavouées. Après BUG et 7H58, Michael Shannon compose le rôle de SON, introspectif et déterminé que nous ne sommes pas prêt d’oublier.
Le premier film de Jeff Nichols est personnel, profond et surtout prometteur.
