ciné : LE NOUVEAU MONDE
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Il y a cette vue, ces champs de blé avec cette lumière issue d’un ciel bleu. Inoubliable. Il y a cette chanson, moins de deux minutes et pourtant, air lancinant dans cet enfer de la guerre sur une île du Pacifique pendant la seconde guerre mondiale. Indélébile.
La première rencontre cinématographique avec Terence Malick remonte à 1978, LES MOISSONS DU - CIEL, la deuxième – vingt et un an plus tard pour LIGNE ROUGE ; et à chaque fois, cette sensation d’apesanteur, d’expérience contemplative dans un contexte humain qui ne l’est pas.
Quatre films en 33 ans (le premier date de 1973,
Dès le premier quart d’heure et dès l’apparition de Pocahontas, elfe gracile à la beauté virginale, une sensation étrange s’empare de vous, dans ces paysages sinon paradisiaques du moins d’une nature livrée à l’homme pour son bonheur. Le bonheur, il en sera question dans cette histoire entre John Smith et Pocahontas, au début du XVIIe siècle. Bonheur ou plutôt amour entre cette rencontre entre deux êtres issus de culture différente. L’union ne se réalisera pas tant au niveau collectif qu’au niveau individuel. Un rendez-vous manqué entre deux peuples, l’un vivant dans la nature en harmonie et l’autre avide de recherche non d’un nouveau monde mais de nouvelles richesses.
Le film est peu bavard et c’est ce qu’il fait sa force. Une voix off lorsque les personnages se questionnent sur leur vie, leur devenir, leurs sentiments. Chacun se cherche et chacun va se perdre ou plutôt ne pas trouver le bonheur même s’il en approche.
C’est un film sensoriel, qui vous enveloppe de ce vent intérieur, de cette union entre l’homme et la beauté de la nature mais aussi avec cette vision d’un avenir peu réjouissant. Toutes les scènes de la découverte de la tribu – qui rappelle par certains côtés DANSE AVEC LES LOUPS - apporte ce que le personnage de Smith dira à la fin du film : « je croyais être dans un rêve ». Mais un rêve se termine toujours par un réveil. Chaque personnage, pour aller vers l’autre, doit renoncer à une part de ce qu’il a de plus cher dans ses croyances ou dans son idéal.
La lumière, élément essentiel, va changer d’éclat lors de l’arrivée en Angleterre, mais comme le messager de la tribu envoyé, on peut trouver dans les jardins anglais, cette part si précieuse de nature qui nous relie à la communion de l’univers.
Le film qui nous prend dans l’ambiance aérienne, nous donnera cet aspect tactile, de sensualité, de liberté et d’innocence. Il débute par une vue de l’ eau pour terminer par une image d’un arbre (« même si une branche casse, l’arbre continue sa croissance »). La vision du cinéaste reste emprunt de mélancolie face à des images, des scènes d’une beauté qui transcende la nature et qui vous amène à une réelle quiétude des sentiments. Une fois entré dans le film, on reste dans cet état de méditation qui vous bouleverse à jamais.
Terence Malick est un sage, un philosophe, un humaniste. La parole n’est pas passage obligé ; on retrouve cette caractéristique dans le film culte de Kitano : Hana-bi. Un des réalisateurs les plus secrets au monde nous livre une œuvre des plus intimes. Une rencontre exceptionnelle qui peut changer une vie.
