BE KIND REWIND
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Il arrive que je manque un réalisateur malgré la connaissance de la sortie de ses films. C’était le cas avec Michel Gondry jusqu’à cette année. Je me souviens de son premier film HUMAN NATURE (2001), suivi par ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND (2004) et de LA SCIENCE DES REVES (2006). Sa dernière réalisation poursuit sa double thématique : celle des rêves et celle de la mémoire.
Le cinéma nous permet à travers un artiste de nous projeter dans son œuvre, tout en nous retrouvant. Il y a une sensibilité qui pousse ou repousse à aimer certains films. Wes Anderson avec LA VIE AQUATIQUE suivie de THE DARJEELING LIMITED est de cette veine qui demande d’oublier certains points de repères classiques pour se laisser embarquer (dans le train) d’une histoire douce amère comme l’est d’ailleurs le film de GONDRY.
Mike, unique employé, se voit confier la responsabilité du vidéo club (car on ne loue que des cassettes) pendant que son patron part à un soi-disant congrès. Malheureusement, son ami Jerry magnétisé va effacer par sa simple présence toutes les cassettes du magasin. Seule possibilité pour sauver la petite entreprise dont l’immeuble est voué à la destruction : tourner des films suédés.
Ceux qui ont adoré le film de Tim Burton ED WOOD - dans une de ses lignes directrices qui était de faire du cinéma avec ce que l’on a – ne peuvent qu’adhérer à cette ode au cinéma, à l’amour de faire des films … pour et par les gens !
Le film va se révéler une mine d’inventions mais aussi contourner les contraintes financières avec des films loués ne dépassant pas la vingtaine de minutes mais suscitant l’engouement des clients.
En tant que spectateurs, nous allons nous aussi nous délecter de ce casting réjouissant de personnages décalés, pas hors du temps mais presque hors d’une société consumériste.
Jerry vit dans son van, en mettant sur sa tête une sorte de passoire pour éviter les ondes qui pourraient le contrôler. Dans ce rôle, Jack Black lui donne le comique mais aussi le côté gaffeur et borderline comme l’est MOS DEF dans le rôle de Mike, fidèle vendeur et entretenant un rapport père/fils avec son patron.
Ces personnes sont touchantes, évoluant dans un monde qui change. Monsieur Fletcher le propriétaire, le sait bien, lui qui va devoir vendre son immeuble et changer de mode de distribution de support. Cela donne à une scène dans un supermarché de location de dvd, à la fois comique mais aussi révélatrice de l’économie de ce secteur. On sourit, on rit mais derrière cela, il y a une société qui ne sera plus la même et un cinéma qui meurt, un cinéma artisanal et indépendant. La mémoire est le filigrane dès le générique (mais aussi dans l’épilogue) avec le personnage de Fats Waller, pianiste de jazz qui a réellement existé. Le film nous ramène – toujours cette mémoire vive - aux origines du cinéma avec LE CHANTEUR DE JAZZ, premier film parlant en 1927).
J’en oublierais presque de parler des films suédés ! Ce sont des remakes fauchés mais pas youtubisés qui au départ comble le vide mais ensuite prennent une autre dimension. Parmi les extraits, on trouve entre autres : SOS FANTOMES, ROBOCOP, LE ROI LION, WHEN WE WERE KINGS.
L’ensemble est émaillé d’astuces, de trucages, d’inventivité visuelle …et bien sûr d’humour. Mais, cela ne pourrait cacher, une amertume douce comme la scène de la projection finale.
Depuis le ED WOOD de Tim Burton, je n’avais pas ressenti un tel hommage au cinéma. Dans les deux cas, un auteur rencontre l’Histoire qu’il sublime avec tellement de sentiments qu’il dépasse le cadre de son sujet. Michel Gondry a du talent et BE KIND REWIND sera l’un des films phares de cette année.
