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LE LABYRINTHE DE PAN

  • Kitano
  • Films

Séance de rattrapage ; grâce à un festival espagnol dans ma ville ; pour ce film présenté à Cannes en 2006 (aucun prix malgré le Président Wong Kar Waï) et sorti en novembre de la même année.

  Autant l’écrire tout de suite : révélation.

Je dois remonter à 2004 et le Old Boy de Park Chan-Wook (Sud coréen) pour avoir eu un tel choc dans la puissance créatrice. Et pourtant, Guillermo Del Toro tourne depuis 1985. Si j’avais entendu parler de HELLBOY (2004) et BLADE 2 (2002), rien ne m’avait poussé à les voir. Pourtant le cinéma fantastique et les bonnes critiques étaient présents.

Mais parlons du présent avec ce film.

 

Ofélia, 12 ans, arrive avec sa mère re-mariée (son mari est mort) dans la campagne espagnole où les attendent le Capitaine Vidal, qui veut que son épouse accouche d’un fils auprès de lui. Dans cette période franquiste (1944), Ofélia qui croit aux fées va en rencontrer une qui la mènera vers un faune où elle aura à réaliser 3 missions pour savoir si elle est vraiment cette princesse que l’on attend. A l’extérieur, le Capitaine se montre cruel, les combattants résistent et l’accouchement s’annonce mal.

 

Rarement, j’ai vu au cinéma ce mélange d’esthétisme et de réalisme, cette osmose entre histoire et Histoire, entre rêve et réalité, innocence et cruauté. Tous les éléments sont présents pour un conte avec une petite fille, un méchant mais aussi des gentils.

Le méchant, c’est le franquisme sous différentes facettes. Il faut noter que le titre originale est : « Le labyrinthe du faune ». Pan comme personnage mythologique, protecteur des bergers et des troupeaux, même s’il est dit à Ofélia qu’il faut se méfier de lui.

Le méchant, le monstre (bien plus que celui de la « scène de la tentation » avec les yeux dans ses mains), c’est bien celui qui est personnifié par le Capitaine Vidal, sans âme, mais avec une psychologie perturbée (rapport avec son père mort au combat dont il garde une montre à la vitre cassée). Il a un visage mais aussi des techniques comme celles qui nous sont présentées pour imposer une dictature. D’ailleurs, le faune sait manipuler la jeune fille pour l’amener sur la voie de la résignation et l’emmener vers le labyrinthe du sacrifice.

 

Le film débute par la conclusion et enchaîne sur un flash back pour terminer sur une fin lynchienne. Si l’on ne peut douter de la propre esthétique et inspiration du réalisateur espagnol, on peut retrouver le fantastique pour enfants du NEVER ENDING STORY (L’HISTOIRE SANS FIN – 1984, une aventure avec un livre merveilleux), l’esthétisme du diable de LEGEND (Ridley Scott – 1985) qui eux n’étaient pas interdits aux moins de douze ans.

 

Mais, c’est le côté historique qui lui donne une envergure universelle. Lutter, combattre, choisir son camp, choisir de mourir pour un idéal. Ce film prend en 2008 une autre dimension, lorsque l’on sait que le gouvernement socialiste de Zapatero a fait approuver une loi de la « mémoire historique » qui réhabilite les victimes de la guerre civile et du franquisme. Il faut savoir que le franquisme quarante ans après est encore pesant en Espagne du fait qu’il a perduré pendant presque quarante ans.

 

Revenons au cinéma.

L’ambiance du film est aussi celle de la Nature - d’ailleurs le faune est symbole de celle-ci - les scènes avec lui sont de couleurs sombres, inquiétantes comme celles que l’on retrouve dans les tableaux de Goya (Fusillades du 3 mai, Saturne dévorant ses enfants).

Le mythe de la jeune fille qui ne deviendra pas femme (« si avoir un enfant fait souffrir alors je n’en aurais pas »), l’exigence du sacrifice est présente dans une histoire prenante les (presque) deux heures du film.

 

La magie, la mythologie, la fantasmagorie, l’Histoire tous ces éléments et bien d’autres avec les personnages fusionnent comme par … magie pour un film qui déborde de son cadre fantastique pour déborder vers l’universel.

Guillermo Del Toro est un auteur (mexicain) à suivre - HELL BOY 2 sortira bientôt - en n’espérant pas une déception comme ce fut le cas pour le réalisateur Sud coréen. Au vu de sa longue filmographie et de ses qualités, il semble que non.

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