ZABRISKIE POINT
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Paris m’a donné en ce mois de février, l’une des quatre opportunités de voir en France, la ressortie de Zabriskie Point d’Antonioni datant de 1970. Après BLOW UP (1967 - Londres) et avant PROFESSION : REPORTER (1975 – l’Afrique), le film est fortement connoté de son époque à travers l’histoire de cet étudiant américain suspecté d’avoir tué un policier lors d’une manifestation et qui va voler un avion pour une fuite dans laquelle il croisera la belle et naturelle secrétaire Daria en recherche de méditation.
Ce film n’évite pas les clichés de la période fin sixities : il débute avec une assemblée générale d’étudiants en grève bloquant l’université où se pose surtout la question du combat pour et par les noirs. Racisme, brutalité policière, recherche de liberté, usage de drogues seront évoqués dans un film où l’on parle peu. Le format cinémascope utilisé dans ces étendues désertiques rappelle le western et l’errance, trame reprise par Gus Van Zant en 2002 avec GERRY ; autre concordance, la fin de la cavale remémore celle de POINT LIMITE ZERO (VANISHING POINT- 1971). La musique des années 70 est présente avec une bande originale rock (Pink Floyd, Grateful Dead, les Stones) illustrant musicalement l’aventure après une première demi-heure silencieuse.
L’Amérique vu par Antonioni est d’abord esthétique : des marques commerciales, des panneaux publicitaires, des dessins muraux face à une nature vaste, silencieuse, aérienne. Le scénario (à 10 mains) est d’une structure classique : début/fuite/rencontre/final avec épilogue. Une des forces reste le couple que l’on ne peut oublier : Mark Frechette, sorte d’Alain Delon naturel et hippie, 3 interprétations seulement pour une destinée tragique et, Daria Halprin avec robe mini et cheveux très longs, archétype de la figure peace and love, actrice de seulement trois rôles. Leur scène « d’amour » où l’on voit des couples se dédoublaient, se multipliaient peut paraître un fantasme d’époque dépassé au moins dans sa forme et dans la bande son comme l’épilogue répétitif, malgré une esthétique proche d’un tableau figuratif.
Presque 40 ans après, le film ; qui gagnerait à être écourté ; garde une modernité de mise en scène et de liberté.
