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Entretien avec Jean Bernard : la marmotte foyer de la peste :-(

  • Kitano

G. B. : Il y a toujours la menace de retour de certaines maladies.

J. B. : Et avec la persistance dans ces pays de maladies qui depuis longtemps ont disparu en Europe. En 1955, j'ai été faire une conférence à Tunis ; on m'a dit : voulez-vous voir un cas de peste ? J'ai vu un cas de peste. La peste, c'est une histoire très curieuse. Elle est due à un microbe, découvert par Alexandre Yersin, qui est porté par la puce du rat et le foyer de la peste est une marmotte du Tibet, que les zoologues appellent le tabargar, et pour des raisons obscures une fois tous les vingt ans, tous les trente ans, la marmotte du Tibet descend du Tibet dans l'Inde, par l'Himalaya. À ce moment-là les puces de la marmotte sautent de la marmotte au rat des champs, du rat des champs au rat de ville, du rat des villes au rat des bateaux, et la peste se répand dans le monde ; et il a suffi, il y a une quarantaine d'années, une trentaine d'années, de bloquer des vaccins sur la marmotte, on ne voit plus de peste. On ne voit que ça tout au long de la période de recherche. La relation médecine-géographie a une très grande importance et longtemps ça a été des voyages des Français, des Latins, etc. qui allaient en Afrique et puis maintenant des voyages dans l'autre sens apportant des maladies africaines ou asiatiques.

G. B. : Je crois qu'à travers tout ce que vous venez de dire, il y a l'idée profonde que l'humanité est une et qu'il faut la traiter comme telle. On ne se protège pas si on ne protège pas tout le monde.

J. B. : D'autant que, comme je le disais, les problèmes posés sont des problèmes avant tout financiers qui ne sont rien à côté d'autres dépenses que l'on accepte sans difficulté. Les grandes victimes c'est une grande partie de l'Afrique et une petite partie de l'Asie orientale.

G. B. : Il y a aussi un paradoxe, dans de progrès de la médecine, c'est que les progrès de la médecine permettent, si je puis dire, à certaines maladies d'apparaître, alors qu'avant on ne les connaissait pas parce qu'on mourait avant d'en être atteint.

J. B. : C'est vrai aussi. Un des mystères non résolus, c'est l'arrivée de nouvelles maladies. C'est un phénomène très étrange. Dans certains cas, tout à l'heure vous évoquiez le sida, on a compris que c'était une brusque extension d'une maladie qui existait dans une proportion très limitée des pays. Malgré tout, ce sont des maladies tout à fait nouvelles qu'on voit apparaître : le mystère le plus extraordinaire est ce qu'on a appelé la grippe espagnole après la première guerre mondiale qui brusquement s'est mise à tuer plus d'Européens que la guerre n'en avait tués ; c'est très mystérieux…

G. B. : Monsieur Jean Bernard, je vous remercie de nous avoir accordé cet entretien.

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