ELEPHANT
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En 2003, le jury du festival de Cannes présidé par Patrice Chereau, décernait le prix de la mise en scène ainsi que la Palme d’or à Gus Van Sant pour ce qui reste comme le film le plus réussi de sa carrière. Á noter pour cette séance - malédiction oblige - que la bobine après quelques minutes se coupa donnant une courte interruption de la séance. Deux faits de ce genre en une année, c’est plus que dans toute ma vie de cinéphile. Heureusement, il n’y eut pas de publicité pour nous faire patienter !
Quatre ans après la première vision, le film garde toute sa poésie, son attrait et ce intelligence de mise en scène. Premier film de
la trilogie consacrée à la jeunesse (il y aura ensuite LAST DAYS et PARANAOID PARK sorti le mois dernier), il film s’insère dans un sélection de films sur la jeunesse (Larry Clark et Greg Arraki)
dont il sort facilement du lot par sa qualité et son regard.
ELEPHANT est réalisé après GERRY, un film au petit budget (mais qui sortira après ELEPHANT), où Gus Van Sant filmait l’errance de deux jeunes perdus (au sens premier) dans la nature (tout comme le sera Blake dans LAST DAYS), il utilisait alors le plan séquence que l’on retrouve dans ce film.
Plans fixes (comme celui du générique et ensuite dans le parc, après la séance de photos) et plan séquences vont se succéder avec
cette technique d’effet ressort ou diffracté : une scène est reprise plusieurs fois mais avec un angle différent, à partir d’un autre personnage et dans un temps légèrement antérieur. Les
plans séquences vont se succéder dans un lycée qui se prête à cela. Le film est court 1h21 (si la bobine ne casse pas), et c’est à travers différents lycéens (présenté par un panneau avec leurs
prénoms) que Gus Van Sant fait dérouler une partie d’une journée qui va se terminer par un fait divers (réel) sanglant dont Michael Moore avait fait « Bowling for Columbine ».
Rétrospectivement, le film de Moore apparaît beaucoup plus lourdaud.
Peut-être faut-il à ce stade, moindre à la deuxième vision, relever le défaut du film. Si les paroles sont rares, la psychologie peu
montrée, le fait de présenter par des détails les futurs tueurs comme adeptes des jeux vidéos, regardant (par hasard ?) une émission télé sur le 3e Reich et une homosexualité
latente (Gus Van Sant aime les scènes de douche – lire dernière critique sur la référence avec l’eau) va à l’encontre de son procédé qui est allusif et donc bien plus marquant.
Car s’il y a violence à la fin, le regard tendre qu’il pose sur ses adolescents est parfaitement restitué. Et s’il y a des sarcasmes
sur l’une des lycéennes, c’est le fait de ses camarades, jamais Van Sant ne portera un regard cruel, sauf peut-êtrepour le groupe des trois filles « anorexiques ». Celui de la jeunesse
suffit. On reconnaîtra en Alex le type même de personnage qu’affectionne le réalisateur (jeune, blondinet, innocent, rapport avec son père inversé) et si vous restez à lire le générique vous
verrez que les interprètes portent leurs vrais prénoms.
Si l’affiche de PARANOID PARK montrait le personnage principal en découpage recomposé, l’affiche de ELEPHANT représente la bise de
Carrie à Alex : il y a dans cette scène toute la tendresse de la jeunesse et tout le réconfort après une situation peu enviable pour Alex (père ivre qui doit attendre d’être reconduit à la
maison par le frère).
ELEPHANT reste le plus beau film de la filmographie de Gus Van Sant, avec sa poésie de la mise en scène. Ses films suivants poursuivront sa technique cinématographique mais nous éloignerons d’une empathie envers les personnages.
