MYSTERIOUS SKIN
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Dans ma ville, carte blanche a été donnée à un metteur en scène de théâtre pour choisir des films ayant un rapport avec la jeunesse. Jeunesse perturbée puisque après le Larry Clark (Wassup Rockers) et avant d’aller revoir ELEPHANT de Gus Van Sant, j’eus droit, ô plaisir si rare, d’assister à une séance de rattrapage d’un film de 2005 où je fus le seul dans la salle.
C’est à un sujet délicat, lourd, touchant à l’enfance et plus particulièrement aux enfants qu’est la
base du film. Ecrit en des mots moins détournés : la pédophilie en est le point de départ avec le personnage de Neil qui se laisse abuser par son entraîneur de base ball. Ce qui est
troublant et perturbant, c’est que ce petit de 8 ans est consentant. Comme lui dira son amie, son double « tu n’avais que 8 ans ».
Le film va dérouler deux pistes principales avec plusieurs personnages, tous se rencontrant ou presque. Neil va poursuivre son
homosexualité dans cette ville de province, sa beauté et sa jeunesse le faisant désirer facilement. Homosexualité assumée dans une famille où il vit avec une mère qui doit travailler et qui passe
ses soirées de libre avec ses amants. La seconde trame est aussi intéressante car elle est la convergence de personnages et de faits refoulés. Brian, depuis dix ans souffre de saignements de nez,
d’évanouissements et pense même avoir été enlevé par des extra-terrestres suite a deux absences dans sa vie. Le point commun sera facile à trouver.
Le film de Gregg Araki peut prêter à discussion entre psy tant on pourrait croire que les situations sont chargées. Mais le sujet
d’abus d’enfants, devenu malheureusement d’actualité ne peut être laisser à des spécialistes pour savoir si cela est crédible. Deux abus, deux personnalités à la recherche d’un père : l’un
n’en a pas, l’autre n’en a presque plus après le divorce. On verra donc dans le film les dégâts que font les mots « assassins » sur un enfant en construction. On ne pourra s’empêcher de
voir lors de la scène de tir de la mère de Brian, une expérience castratrice.
Le regard sur la jeunesse, et c’est l’intérêt du film, est d’une sensibilité touchante. Le duo autour de Neil, Wendy si amoureuse de
lui, comme un copain qui affiche sa différence de nature avec maquillage et accoutrement. Autant la vie de Brian est classique sans aspérité autant celle de Neil sera mouvementé dans cette
prostitution masculine qui l’emmènera à côtoyer la maladie et les pervers, signal qui atteint un point de non-retour à New-York. Je ne peux m’empêcher d’y voir un cousinage avec le personnage de
Pierre dans J’EMBRASSE PAS de Techiné : les deux ont un rapport avec le sexe, froid et vénal, mais avec des sentiments bien cachées. Brian arpentera la voie pour
arriver à la vérité, après l’avoir enfouie. Les enfants peuvent être pervers, c’est ce qu’il apprendra pendant que Neil lui avouera cette attirance, cet amour vers ce coach pervers.
Si certains aspects restent faciles dans le scénario, le film reste troublant avec le personnage central. Gregg Araki venant du milieu gay a donné un aspect moins convenu, plus déstabilisant en glissant une tendresse entre ces jeunes.
