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Existerait-il encore une Palme d’or attribuée à un film certes de qualité mais qu’un autre aurait dû obtenir ? Si le film de Ken Loach, l’an dernier (LE VENT SE LÈVE) n’était pas du niveau du chef d’œuvre d’Almodovar (VOLVER), il faudra attendre que les autres films sortent (notamment le PARANOID PARK de Gus Van Sant – le 24 octobre) pour s’avancer cette année.
Le choix du jury présidé par Stephen Frears a récompensé la jeunesse de ce cinéaste roumain (pas encore 40 ans), son
sens de la mise en scène et son sujet qui peut faire polémique.
On va suivre pendant une journée, le périple de deux copines dont l’une va avorter mais qui doit être secondée par
son amie tellement elle n’assume pas cet acte. L’action se passe il y a vingt ans en Roumanie. Comme pour le film allemand (REQUIEM) vu en début d’année, l’image, la lumière sauront rendre
l’ambiance de ce pays. Parce que dans ce pays, par petites phrases, on perçoit l’univers de la dictature.
Au départ, on croit être dans un film des frères Dardenne avec cette caméra qui suit les personnages renforcée par
l’absence de musique. Ensuite, c’est du côté de Pialat avec le repas dans la belle famille, puis il y a un côté Lynchien en ce qui concerne les deux actrices (une blonde et une brune). Mais ce
que l’on retient, c’est la mise en scène : format cinémascope et plans fixes. Ensuite, c’est l’engagement du cinéaste contre l’avortement. Pour lui, enfin ce qu’il transparaît surtout avec
le personnage du copain de la blonde, c’est qu’il n’y a pas de réflexion sur cet acte. Il n’y a pas de jugement sur le pourquoi mais sur les conséquences.
La qualité du film est que l’on suit l’avancée vers l’acte en étant pris par une action, qui n’en ait pas une. La
qualité du film repose en grande partie sur l’actrice Anamaria Marinca, l’amie qui va se démener et même plus, pour mener l’opération à terme. Le thème du film serait le mensonge. Face à la brune
Gabita (Laura Vasiliu), visage aussi fin que n’est pas son esprit pour organiser un acte condamné dans ce pays, et à son mensonge s’oppose Otilia qui sait ce qu’elle doit faire et ne renonce pas.
Il y a un côté sacrificiel. Cette aide va avoir des conséquences sur sa propre vie. On le devine lors de la conversation clé qu’elle a avec son copain et qui est, on s’en doute, la position du
cinéaste.
Á Cannes, une scène a fait parler d’elle, celle du fœtus, d’un long plan sur ce dernier. Pour moi, il n’est pas
choquant, il est simplement la suite logique de la conversation citée précédemment (« cela ne te gêne pas de le faire, mais cela te gêne t’en parler ». Pourquoi cacher ce qui
est le thème du film, l’aboutissement d’une volonté ? On se rappellera – dans un autre contexte – la scène introductive du film de Bruno Dumont L’HUMANITÉ, autrement plus choquante.
Le film de Christian Mungiu montre à l’instar de son titre un réalisateur précis, déterminé et talentueux. C’est seulement son troisième film, sa carrière sera longue.
