BALI 7 : Haleyluyah

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Je me réveille de plus en plus tôt.

Tout d’abord, je commence à tourner et à me retourner. Puis, je prends un livre, mon doudou que je mets d’un côté puis de l’autre. Ensuite, je me rapproche de Maman. Il m’arrive aussi de gazouiller. Je dis Papa, Maman. Cela fait craquer mes parents. J’arrive maintenant à dire trois syllabes à la suite. Je connais aussi la signification de pipi, caca. Enfin, lorsque Papa me le demande. Je le regarde et je lui dis en fronçant le nez !

Ce matin, on a fait une petite balade. Direction l’ancien Brazil, puis au carrefour, prendre à gauche dans la petite rue SENEN. Il y avait un grand hôtel mais qui semblait à l’abandon. Juste à côté, un hôtel se construit : plus grand, plus haut. Tous les jours, dans toutes les rues, les petites boutiques ferment pendant que les grands hôtels se construisent. A ce niveau, ce n’est plus une vague mais un tsunami qui se passe à Bali et Kuta plus particulièrement.

Papa a retrouvé l’hôtel SENEN qu’il avait connu lors de BALI 2. Il avait rencontré un frère et une sœur lors de son retour à Kuta. Lui était allé au Komala mais le frère et la sœur avait trouvé le prix trop cher : 40 000 pour une personne, 70 000 pour deux. Chez SENEN, c’était 60 000 mais sans safety box et sans toilette à l’intérieur. Cela reste une adresse calme et appréciée pour les voyageurs à petit budget.

En fin de rue, on tombe après le virage de la Pantai Kuta. En traversant la rue, on va faire le marché de souvenirs, vêtements. Il y en a beaucoup, avec beaucoup de choix sauf que les articles se ressemblent et lorsque Maman demande le prix pour un t-shirt à ma taille, la femme annonce 45 000 ! A ce prix là, autant acheter la qualité au Mata Hari. Papa au bout de la Legian, dans une boutique qui fait presque l’angle avec la rue des champignons, a vu une pancarte à 12 500 pour un t-shirt à sa taille.

La rue des champignons. Auparavant, il y en avait deux ou trois voire quatre. Dorénavant, elle est spécialisée dans cette particularité de Bali. Même dans cette rue, on trouve un tatoueur. C’est une activité qui ne faiblit pas, loin de là. Il n’y aurait que les supermarket pour les concurrencer.

Après cette balade, je mets mes doigts – que je joins – vers ma bouche pour signifier ‘on mange’. Je connais quelques signes : au revoir, bisous, c’est bon, le bain et je sais montrer où j’ai mal. Je sais aussi où se situe les cheveux, la bouche, les dents (Papa me prend le doigt et me mord), le menton, le front, l’oreille.

On va manger dans la rue de Patimura où Papa a vu des encornets. Il adorait ceux de son masakan muslim de Bali 5 qui a quitté l’île. Ceux-ci sont petits et pimentés mais c’est la première fois qu’il en voit. 20 000 avec au choix deux entrées (légumes, nouilles, tempé).

Cela ne vaut pas le souvenir du gros encornet d’antan mais cela est bon. Moi aussi je mange bien. J’ai eu une cuisse de poulet avec du riz et des légumes. En dessert, Maman m’a pris un yaourt à boire à la myrtille d’un quart de litre. Je vais le boire avec mes deux petites mains. C’est comme le maïs, j’ai acquis la technique. Mais Papa, il est plus fort que moi : il en mange plus et en moins de temps que moi !

Après c’est la sieste. Papa va faire un tour sur internet pour s’apercevoir qu’il ne se rappeler plus de son adresse mail facebook car en France, il est connecté automatiquement. On lui demande des questions pour savoir si c’est bien lui qui demande son compte. Pas de message. Il en profite pour donner son numéro de téléphone à Fred qui est arrivé en Indonésie. Ils devraient se voir début août.

Ce dimanche, cela va être un Masque et la Plume Cinéma puisque les deux émissions précédentes étaient consacrées au théâtre en Avignon.

Il est dans les plans de Papa de retourner l’année prochaine à l’enregistrement du Masque.

Il y aurait bien un autre masakan à tester mais les deux hommes sont d’une gentillesse et d’un sourire avec Papa qui peut créer des doutes. Enfin, pas trop après avoir décodé leur style. Au moins, ils connaissent quelques mots de français. Ce matin, on a revu le monsieur âgé, toujours bien habillé avec un homme beaucoup plus jeune que lui. Il ne prend pas son petit déjeuner dans la cuisine.

Je fais une sieste pendant que Papa va sur internet pour s’apercevoir qu’il doit faire une relecture de son livre pour un éditeur. Il le fera demain. Le temps d’écrire pour le blog qu’il est tant d’aller à la mer. Sauf qu’en partant, je tombe encore sur mes genoux et je commence à saigner. Opération désinfection. Opération réussie malgré mes pleurs. On est enfin prêt, il est presque cinq heures. Ici, il y a autant d’heures que d’horloge. Difficile de connaître l’heure exacte mais cela a peu d’importance.

En traversant la route, on voit la mobylette du vendeur de maïs mais il n’est pas là. On regarde bien et on va pour partir lorsqu’il apparaît car il était caché, le coquin !

Lorsque je suis sur le sable, je regarde, j’avance et je suis mes parents. Sitôt les serviettes déposées et après que l’on m’est enlevé ma couche, je cours vers la mer. C’est toujours une drôle de sensation, cette eau qui arrive et qui repart. Je ne suis encore pas prêt pour la nage ou alors en me mettant sur le dos et en étant tenu.

En allant vers la mer, on a croisé des parents avec leur petite fille. Ils ont demandé de faire une photo avec Moi. Papa m’a pris dans ses bras pour leur plus grand plaisir. En quittant la plage, on va aussi croiser un indonésien qui a un gentil chien mais aussi un autre, gentil dit-il du style pitbull. Il dit que je suis joli avec mes cheveux qui bouclent et que mon visage est fin, enfin que je ressemble à une fille !

Peut-être que d’autres personnes m’ont pris en photo mais je ne les ai pas vues, trop occupé à regarder les avions atterrir ou partir. Car de la plage de Kuta, on est à deux ou trois kilomètres de l’aéroport. Mais ensuite pour y accéder, il faut faire un long détour.

Le coucher de soleil fut splendide. Le plus beau depuis notre venue. Il n’a pas été caché par des nuages et a donné une couleur sur les tons orangés. Passé un moment, on aurait dit qu’il y avait des projecteurs en batterie dans le ciel pour donner une roue chromatique de dégradés. On partira plus tard cette fois en ayant entendu le sifflet des sauveteurs car entre temps, les drapeaux de la baignade furent retirés. La mer se retirant avec force, il était dangereux de se baigner lorsque l’on n’a pas pied. Papa y retournera quand même pour quelques bonnes vagues à surfeur. Les vagues au loin étaient belles, le rouleau était possible. Lors de BALI 2, Papa en a prise quelques unes. Fortes sensations. Mais les années ont passé et il faut être en bonne condition physique et ne pas avoir subi de mésaventure avec les forts courants. A la fin, Papa était le seul à se baigner dans son périmètre.

Deux maïs en sortant, la douche, un tour à Beach Walk où l’on m’a acheté une carte pour que je puisse faire de la voiture qui bouge. Malheureusement, les deux premiers passages de la carte n’ont rien donné et il fallu qu’un jeune employé vienne relancer la machine. Je ne sais si j’ai eu droit à deux tours mais j’ai apprécié. Il y a aussi les chevaux mais je ne peux en faire vu mon âge. En ce moment, j’aime qu’on me lise l’histoire de ‘Que veux-u petit ours’. C’est l’histoire d’un ours sur une île déserte qui va ramener sur le rivage un cheval en bois pour disparaître et enfin être ramené par la mer. J’aime tellement que je demande à ce qu’elle me soit lue au moins trois fois par jour.

La jeune fille à la caisse a été perturbée par la pièce de 500 que Papa lui a donné pour faire un compte rond. Au lieu de donner 50 000, il a donné 50 500 pour une somme qui s’élevait à 27 500. La fille ne savait visiblement pas calculer, c’est pour cela qu’elle avait une machine que visiblement elle ne maîtrisait pas. Alors qu’il suffisait de faire une simple soustraction, elle en est restée à la somme due soit 27 500 à rendre.

On quitte cet endroit bruyant, pour regarder les affiches au cinéma. Papa ira voir Wolverine demain. Au rez-de-chaussée, il y a deux meubles qui forment une arche. Je passe et repasse dessous. Je ne m’en lasserais presque pas. Il est temps de rentrer. En passant devant le salon de massage du début de la Benesari, il y a toujours les masseuses qui me sourient. Elles connaissent mon prénom. L’une d’elles, un peu moins jeune que les autres me dit qu’elle est chrétienne et qu’aujourd’hui c’est dimanche et qu’elle est allée à la messe. Juste en la quittant, elle nous dit tout de même « vous feriez bien un massage ! ».

On passe devant le bar des russes et là j’entends la musique de la chanson de Leonard Cohen mais reprise par Jeff Buckley : haleyluyah.

C’est la chanson qui a clôt mon baptême. Cette chanson était aussi celle qui a fini la cérémonie lors de l’enterrement de mon grand-père paternel.

Dans la beauté de ce coucher de soleil tant attendu, il y avait comme un signe que cette journée finisse resplendissante. Comme le souffle de Jeff Buckley dans les premières secondes qui emmène cette reprise dans des sommets d’émotions, mieux que l’original. Mais à Bali, même dans ce temple du tourisme, il y a de l’original et du vrai. Même pour quelques secondes, le temps d’une chanson ou mieux encore, le temps d’un coucher de soleil.

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