Fringues. Des règlements intérieurs ont été durcis pour bannir les minijupes trop mini ou les expositions de caleçons.


Par EMMANUÈLE PEYRET, JULIA TISSIER

Tu es plutôt r’n’b, gothic, caillera, chal avec mèche et slim, alter avec dread, juste un tout petit peu pouffiasse ou juste rien du tout en jean-tee-shirt, ce qui est une façon comme une autre de marquer sa révolte contre ce monde pourri et mondialisant ? En tout cas, tu es un «jeune» et le jeune, de tout temps pour paraphraser les disserts, ça se révolte avec ses fringues. Et ça révolte certains proviseurs qui musclent un brin leur règlement intérieur. Pas tant rapport au style, mais face à certaines tenues jugées un peu trop, euh, sexy, style jupes ras la touffe, microshort sur collant souvent opaque et troué, jean savamment déchiré sous la fesse et sur les genoux, petit ventre piercé exposé, et je t’en passe.


Démaquillage. Pas de quoi faxer à sa mère, tu me diras, et on n’est plus dans les rigides décennies passées où l’uniforme était de rigueur, le collant et le maquillage interdits au lycée au point de valoir colles, démaquillage devant tout le monde, parfois même exclusion. Mais le proviseur d’un lycée d’Etampes (Essonne) a quand même décidé en septembre de mettre un terme à la prolifération des shorts et bermudas dans son établissement. Les élèves, eux, n’ont pas compris ce revirement. En guise de protestation pacifique, une lycéenne dénommée Léa a organisé, via Facebook, «les journées du short» (Libération de vendredi). Certains collèges (Saint-John-Perse à Pau, par exemple) ont également interdit les pantalons tombants, casquettes, minishorts et bermudas. En gros, l’allure baggy genre «je me suis soulagé dans mon fute à 200 euros, j’arrive pas à marcher dedans mais on voit mon Calvin qui dépasse», c’est fini.

Idem pour le string très controversé qui eut son heure de gloire il y a quelques années en dépassant des jeans, le débardeur trop suggestif et le maquillage outrancier. Comme au lycée Saint-Jean-Hulst, à Versailles : les filles s’y voient parfois reprocher la farandole bigarrée qui leur masque le visage. Mais bon, c’est quoi un maquillage outrancier ? Façon gothique ou Robert Smith des Cure ? Trop de gloss et d’eye-liner avec ombre chamarrée ? Aux proviseurs d’apprécier, nombre d’entre eux se fondant sur un évident bon sens, comme Pascal Charpentier, proviseur dans un lycée de Dijon : «Venir en tongs dans un lycée du nord, ce n’est peut-être pas correct mais ce sera sans doute toléré au mois de mai dans un lycée du sud.» Le professionnel se garde bien de donner la définition d’une tenue correcte : «Cette notion est parfaitement subjective. Comment voulez-vous que j’expose une règle sur le décolleté, par exemple ?»

A éplucher les règlements intérieurs disponibles sur le Net, il est clair que plutôt qu’une répression lookesque, il est surtout d’ajuster la réponse. Ainsi, Pascal Charpentier explique à propos du short, qu’avec «600 filles dans mon établissement, je ne me risquerai pas demain à l’interdire». Mais ajoute que s’il estime «que le short est trop court en bas et très court en haut», il fait «une remarque à l’élève». Ce qu’on retrouve fréquemment dans les fameux règlements intérieurs, c’est qu’il est souhaitable d’éviter les fringues ultrachères de grande marque, les objets de valeur ostensible (sacs Longchamp ou Gérard Darel en vogue chez certaines lycéennes). La provocation est là davantage dans l’exposition du prix des vêtements, chaussures ou accessoires, que dans une apparente vulgarité, parfois. La plupart des établissements interdisent également le port de la tenue de sport en classe, visant directement le look caillera en survêt remonté sur le mollet (prisé aussi par certains jeunes bourges), ainsi que les tenues de plage, le peignoir pour se rendre à la piscine, et la casquette… sauf en plein air.


Piercing. En vrac, aussi, question décence ou bonnes manières, sont proscrits les sous-vêtements apparents ou dénudant le corps, les vêtements déchirés, les bonnets et les foulards en classe. De même, comme le dit joliment un établissement, les «artifices décoratifs excentriques», c’est-à-dire piercings et tatouages. Passons sur les tenues «débraillées et irrespectueuses», sans doute plus sujettes à controverse.

Et les «jeunes» ils en pensent quoi ? Pas grand-chose à en juger par les conversations assez monosyllabiques, qui se résument à cette phrase de Maeva, en seconde générale à Paris : «On n’abuse pas en classe, c’est quand même normal. Mais quand on sort, alors là, on se lâche.»

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