Les exploitants veulent une « Alice » plus salles

  • Kitano

Alice est sauvé. Les salles de cinéma de la firme britannique Odeon ont finalement accepté de projeter Alice au Pays des merveilles, de Tim Burton, dans son réseau. Depuis une semaine, un bras de fer opposait l’un des plus importants exploitants du Royaume-Uni (plus de 150 salles) à Disney, producteur et distributeur du film en 3D tiré du roman de Lewis Carroll. L’objet du désaccord concernait la volonté du studio de réduire la période d’exploitation du film en salles à douze semaines, au lieu des traditionnelles dix-sept semaines, afin de lancer l’édition DVD dans la foulée.

Plusieurs exploitants s’étaient alors mis en rogne, inquiets de voir leur fenêtre d’exclusivité - et les revenus qui vont avec - se réduire comme peau de chagrin, menaçant Disney de boycotter le film. Ce fut alors le signe de ralliement pour d’autres sociétés d’exploitation, aux Pays-Bas, en Belgique, en Italie ou en Irlande, où la chronologie des médias était également remise en question par Disney.

Hier, quelques heures avant l’avant-première londonienne du film au cinéma Odeon de Leicester Square, la direction d’Odeon annonçait finalement qu’un accord « durable » avait été trouvé in extremis. Il est possible que l’événement mondain, en présence du prince Charles, ait pesé dans la balance. Plus probablement, la proposition faite par Bob Iger, le grand patron de Disney, concernant une éventuelle compensation financière pour les exploitants, a pu contribuer à débloquer la situation. Car, même si pour l’instant rien n’a filtré sur la nature même de l’accord, Disney a obtenu gain de cause : le DVD d’Alice débarquera bel et bien douze semaines après sa sortie en salles. On n’en saura pas plus : hier, aucune des parties ne souhaitait communiquer sur le sujet.


Si le problème est réglé, semble-t-il, au Royaume-Uni, ce n’est pas le cas partout, loin de là. Les exploitants canadiens, belges et néerlandais, notamment, ont confirmé leur intention de boycotter le film de Burton. Plus préoccupant encore pour Disney, l’un des géants américains de l’exploitation, AMC, a également fait savoir qu’il ne diffuserait pas le film sur les 4 500 écrans de ses multiplexes. En revanche, les deux autres grands exploitants, Regal et Cinemark, ont eux accepté les conditions de Disney. Assorties de quelles contreparties ? Mystère.


Dans d’autres pays, le problème ne se pose pas. En Autriche, Allemagne et Espagne, par exemple, Disney n’a pas manifesté l’intention de réduire la durée de vie d’Alice en salles. Quant à la France, seul pays au monde à s’être doté d’une loi sur la chronologie des médias, Disney devra se plier au délai incompressible de quatre mois entre la sortie au cinéma et la vente des DVD.


Cette affaire semble donner le coup d’envoi aux grandes manœuvres liées à la numérisation des salles et au développement à grande vitesse de la 3D. Dans ce chambardement prévisible, tous les acteurs de l’industrie veulent tirer leur épingle du jeu : les exploitants qui investissent massivement pour s’équiper en numérique et qui comptent bien engranger les bénéfices de leurs efforts, en particulier avec la vogue des films en 3D ; les distributeurs et éditeurs qui tentent de soutenir un marché du DVD très malmené ces derniers temps, surtout aux Etats-Unis ; et, évidemment, les grands studios américains, qui voient dans le raccourcissement du délai entre sortie en salles d’un film et son arrivée en DVD le moyen de dépenser moins dans des campagnes marketing pharaoniques.


Il faudra donc jouer serré, même si chacun sait que le succès ou le désaveu d’un film tiennent essentiellement à son parcours en salles, à commencer par Disney, qui a promis que le cas Alice serait « une exception ».

Paru dans Libération du 26 février 2010

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