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Publié le 28 Novembre 2014

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le lien vers Princesse marmotte

 

 

Je crois que j’ai trop mangé. J’ai mangé tout ce que j’ai trouvé, et quand j’ai eu fini de dépouiller la moitié du Valgaudemar de ses myrtilles… je me suis endormie dans un terrier abandonné. Quand je dis trop, en fait, c’est pas vraiment trop. Il n’est pas né celui qui me verra rassasiée. Et puis c’est de myrtilles qu’on parle là, et faudrait pas sous-estimer ma capacité à me goinfrer.

Trop, ça veut dire… ben, je ne sais pas vraiment, c’est difficile à comprendre. C’est juste un sentiment… je me suis laissée aller. Je me suis réveillée parce que j’avais un caillou qui me grattait le dos et une grosse envie de pipi. Mais j’aurais pu aussi bien dormir pendant des mois, et d’ailleurs j’ai bien failli me rendormir aussitôt. Heureusement, j’avais surtout envie de me débarrasser de ce maudit caillou, des fois qu’il m’empêche encore de dormir. Je commence à être un peu paranoïaque avec les cailloux, je crois.

Sauf que dehors… le terrier était sous la neige ! J’ai dormi pas mal de temps, sans m’en rendre compte. Enfin je veux dire, encore moins que d’habitude. C’est vrai que je suis une championne quand il s’agit de dormir – un peu comme pour les myrtilles – sauf que là, ça m’a vraiment fait peur. Alors c’est ça la vie d’une vraie marmotte ? Manger, dormir… beaucoup des deux.

Bon, dit comme ça, ça paraît pas si mal en fait. C’est juste que ça ne laisse pas beaucoup de place pour réfléchir ou faire des choses intelligentes. Et je crois que c’est ça qui m’est arrivé. J’ai fait comme toutes les marmottes. J’ai beaucoup mangé, et mon instinct de routine a pris le dessus. Comme toutes les marmottes qui ont bien mangé, j’ai commencé à hiberner. Je suis redevenue une marmotte grise. Finis les voyages, finies les histoires. Bienvenue dans la vraie vie, celle dont personne ne se souvient.

Sauf que moi, mon destin à moi, c’est d’être Princesse Marmotte. Et c’est pas au fond de ce trou que je vais trouver une couronne.

- On ne peut pas dire que tu sois un génie du genre, mais tu progresses Marmotte.

Ah. Je savais bien que j’avais oublié de faire quelque chose d’important.

- Et que vas-tu faire ?

Trouver une cimenterie, pour commencer. Mais je n’ose pas le dire. Je suis quand même au milieu de quelques millions de tonnes de cailloux. C’est pas très futé de les vexer, là tout de suite.

- Des histoires.

- Mouais… T’es peut-être un peu plus maline que je ne le pensais, finalement.

- Je vais raconter des histoires ; des histoires dont on se souviendra, et qui feront rêver un peu toutes ces marmottes grises. Puisque j’ai appris à voyager, je vais faire le tour de mes montagnes et apprendre leurs histoires. Même la tienne… elle sera moins bonne que les autres, voilà tout.

Et toc !

- Voilà une bonne nouvelle. Et si tu commençais par la mienne ?

Ce n’est pas la voix du caillou cette fois-ci. Derrière moi, dans le terrier, une marmotte me regarde. Elle a une tache blanche sur le museau.

-Euh… d’accord… Grand’Ma ?

 
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Le mélèze

L’automne est bien installé. Les myrtilliers sont écarlates, les pelouses alpines d’une belle couleur dorée, les champignons pointent dans les sous-bois et les sommets sont déjà blancs, à nouveau. Les autres marmottes ont rejoint leurs terriers, fermé soigneusement leur porte avec des broussailles. La montagne semble immobile et silencieuse, sans leurs sifflements et le vrombissement des insectes. Le vol d’une corneille ou d’un passereau, une des dernières sauterelles sur le chemin, me tiennent compagnie.

L’automne est la saison de gloire de mon arbre préféré, le mélèze. L’été, il a la silhouette d’un sapin : long et fin, 30 à 40m de hauteur, de petites pommes de pin brunes… Il est juste d’un vert un peu plus clair et a des branches moins denses que ses voisins, le pin sylvestre (jusqu’à 1400 m) ou le pin cembro (en altitude). C’est le reste de l’année qu’on le repère très facilement, puisque le mélèze est le seul conifère d’Europe à perdre ses aiguilles en hiver. L’hiver, c’est facile, il est tout nu et maigre.

Au tout début du printemps, les aiguilles commencent à pointer et le mélèze ressemble à un petit fantôme d’un vert très pâle. Alors que les aiguilles s’allongent et prennent une belle teinte vert fluo, de curieuses framboises se développent sur le mélèze de printemps. Ce sont les chatons femelles, qui donneront les futurs cônes (les pommes de pin quoi). Sous les branches, de nombreux chatons mâles, plus petits et jaunes, dispersent leur pollen. Le vent et les insectes vont en féconder les chatons-framboises. Ceux-ci se transforment alors en cônes, brunissent et préparent les graines durant l’été. A la fin de l’été, ces petites graines (3 à 4 mm) s’échappent, souvent aidées par les oiseaux ou les écureuils, et donneront peut-être naissance à de petits mélèzes. Un trafic de graines se développe dans la montagne, les marmottes en étant très friandes pour l’apéro. Les cônes, eux, restent longtemps en place sur l’arbre, ne tombant souvent qu’à la fin de l’hiver suivant.

L’été terminé, le mélèze commence doucement à roussir. Une partie de ses aiguilles se teinte de jaune, et peu à peu, l’arbre prend une superbe teinte rousse. La montagne semble s’embraser, et les mélézins – les forêts de mélèzes – flamboient dans la lumière d’automne.

Le froid s’installe, la neige arrive et les mélèzes, comme leurs voisins aux feuilles caduques, perdent leurs aiguilles. Un manteau moelleux et roux couvre le sol des sous-bois.

En plus d’être beau et toujours changeant, le mélèze est un arbre utile. D’abord, son bois est solide, imputrescible, et multi-usage : on en fait des gouttières, des tables, on s’en sert pour recouvrir les toits ou pour la structure des granges. En plus, cet arbre permet à la montagne de retrouver sa biodiversité, peu à peu. Après des siècles de pastoralisme, la végétation était souvent limitée à la pelouse alpine (d’accord, c’est la végétation idéale pour les marmottes, mais il faut aussi penser aux autres animaux, hein). Avec la diminution des troupeaux, les mélèzes réapparaissent dans ces zones, d’abord un ou deux petits arbres, et bientôt tout un bois.

A leur suite, d’autres essences parviennent à se développer dans ces zones, car les mélèzes, qui sont à l’aise sur une terre pauvre, contribuent à enrichir le sol et luttent contre l’érosion. Mais cette nouvelle végétation a tendance, après quelques années, à prendre le pas sur les mélèzes et à s’installer durablement. Et dire que la montagne semble immuable…

Mélèze d’Europe – Larix – Famille des Pinaceae

 
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J’ai faim !

Ben voilà. Encore toute seule au milieu de rien. Les cailloux et les marmottons se moquent de moi ? Nananère. J’men fiche de toute façon. Ils croient peut-être que je suis une petite râleuse vaine et idiote. Et bien ils m’ont confondue avec ma sœur Mariette. Parce qu’en fait, c’est moi qui les ai tous roulés dans la myrtille… et c’est le cas de le dire.

Parce que j’ai peut-être pas l’air très maline ni très douée pour les énigmes, mais j’ai le sens des priorités. Et la priorité, surtout à la fin de l’été, c’est MANGER ! Et s’il y a bien un terrain où je suis imbattable, c’est le rapt de nourriture. Bon, là je n’ai pas de touriste à portée de patte. Mais vous croyez vraiment que je suis venue m’enterrer dans le Valgaudemar pour m’entendre dire qu’un vieil ours grincheux jouait de la flute à des tromignons il y a des lustres ? Vous me connaissez mal.

C’est que le Valgaudemar, c’est farci de tout ce que la montagne fait de meilleur, à commencer par les myrtilles. Oh, ben ça alors, il y en a plein partout ! C’est vraiment le hasard, hein ? Et ben non. Je suis venue exprès pour me goinfrer avant l’automne, et autant vous dire que je ne vais pas faire dans la dentelle. Schgrumph.

Ce que je préfère dans la myrtille, c’est la couleur. Ça peut paraître gênant, mais c’est très pratique. Le pillage, c’est une vocation, je vous dis. Petite, quand je vidais les réserves que maman cachait dans le terrier, je passais des heures à m’essuyer les pattes pour ne pas qu’elle remarque que je m’en étais mis partout. Mais le violet ça colle aux poils et c’est impossible à enlever. Du coup, j’ai pris l’habitude d’en garder une petite poignée que j’écrasais sur Mariette sans qu’elle le voit. Je me laissais prendre, et je disais que c’était Mariette qui m’avait données des myrtilles, mais que je savais pas où elle les avait trouvées, et que j’étais gentille et que j’aurais pas osé faire une chose pareille parce que je suis la cadette, etc. Un petit regard mouillé, et le tour était joué. Héhéhé. Des heures de satisfaction sadique… suivies d’un peu de course à pattes pour éviter de me faire attraper par ma grande sœur chérie.

Il y a la framboise aussi. C’est plus discret, et puis c’est surtout moins long à cueillir. Il y en a moins que de myrtilles, et d’ordinaire il faut se battre un peu pour avoir les meilleures. Mais quand la marmotte non avertie se remue les fesses pour chiper les framboises à sa voisine, moi je me contente d’attendre et de regarder.

C’est que j’ai mes petits secrets de voleuse hors pair. Je me cache dans un fourré, à côté des framboisiers que je convoite, je siffle au renard, et je remue pour faire croire qu’il est tout près. Une fois que tous mes camarades sont partis se cacher, je me goinfre en rigolant. Je vous avais dit que j’étais la marmotte la plus rusée de tous les temps. En tout cas pour ce qui est de manger.

Seuls soucis : les touristes et les renards. Les touristes c’est le pire, vu qu’ils mangent tout ce qu’ils trouvent et qu’ils ne nous en laissent jamais. Mais parce qu’il n’est pas dit qu’un touriste sera plus malin qu’une marmotte affamée, j’ai trouvé la parade. Avec quelques copines marmottes, on a fait courir le bruit que des renards malades faisaient pipi sur les myrtilles et les framboises, et qu’on tombait malade du foie si on en mangeait. Bingo ! C’est peureux le touriste, et aussitôt après il a arrêté de bâfrer toutes nos myrtilles. Héhé ! La classe, hein ? Le hic, c’est que c’est idiots de renards malades font vraiment pipi sur les myrtilles… le monde est parfois trop injuste.

En tout cas, pour aujourd’hui, j’ai ce qu’il faut pour me réconforter. Au menu, groseilles. Grrrouah ! C’est l’attaque de la groseille sauvage… avec moi dans le rôle de la sauvage, et la groseille dans le rôle de la victime.

- Tu m’en laisseras bien un peu ?

- Et puis quoi encore ? Quand j’ai besoin de toi contre les pirates, y’a plus personne, et il faudrait que je partage mes groseilles? Tu pousses un peu loin Cochonne.

- Je suis ton amie imaginaire, et je suis comme tu m’as faite… un peu comme toi : peureuse mais prête à tout pour un bout de saucisson ou de myrtille.

- Hmmm… ouais… j’ai pas vraiment besoin que tu me fasses la morale à moi-même.

- Je peux aussi m’en aller et te laisser discuter avec tes amis les cailloux… ou rester à manger des groseilles en se moquant des marmottons.

- … C’est bon, t’as gagné. De toute façon, je ne pourrai pas tout manger toute seule.

L’embêtant avec moi, c’est que je me connais trop bien.

Publié dans #Marmotteland

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