DES HOMMES ET DES DIEUX

  • Kitano
  • Films

Depuis 2006, résonne en moi cette phrase de Pierre Arditi dans CŒURS d’Alain Resnais : « j’aimerais tant croire ». Quatre ans après me voici délivré et rempli d’une joie à la vue de ce qui pourrait paraître incongru : une photo de moines.

 

En 1997, HANA BI fut un choc cinématographique, en 2003 LE NOUVEAU MONDE fut un choc émotionnel (« come spirit, come »). Cette année, c’est avec une production française que m’est apparu sur les écrans, la voie d’une foi qui évoque, révèle, amplifie un sentiment plus de compassion que religieux.

 

En 2005, j’écrivais sur la précédente réalisation de Xavier Beauvois (LE PETIT LIEUTENANT) : « Un film tout en douceur sur un destin tout en noirceur qui reflète une réalité qui ne glorifie ni ses protagonistes, ni ne les abaisse ». Je peux reprendre le début de cette phrase (dans un environnement d’hommes dans un univers policier) pour cette analyse.

 

Tibhirine, trois ans avant le drame nous voici immergés dans la vie de ces moines trappistes, partagée entre travail et liturgie. Leur vie est ainsi réglée avec les chants, la célébration de la messe, les repas en silence pendant que l’un d’eux lit des extraits de la Bible.

Cette vie si paisible va se voiler lors de la guerre civile algérienne. Pris entre les habitants de la plaine et ceux de la montagne, il va falloir qu’ils choisissent entre partir ou rester, mettant dans ce cas leur vie en danger.

La lumière de Catherine Champetier – directrice de la photographie – sait alterner la douceur de la nature autant que les scènes religieuse d’intérieur. La mise en scène de Xavier Beauvois tend à être une succession de tableaux restant en mémoire. Il est vrai que les acteurs – un prix d’interprétation collective devrait être créée – donne le meilleur d’eux-mêmes. Lambert Wilson y trouve en frère Christian (le prieur) le rôle de sa carrière cinématographique, Mickael Lonsdale (croyant dans le civil) est inoubliable (« partir c’est mourir, je reste », scène de la vaisselle « il doit être fatigué » entre autres), Jacques Herlin en frère Amédée est celui vers qui ne peut aller que tendresse tandis que Olivier Rabourdin en frère Christophe tout en fougue de foi est aussi touchant avec sont « Je t’aime » écrit sur son carnet. Les autres n’en sont pas moins parfaits.

 

Puisque j’évoquais Terrence Malick (LE NOUVEAU MONDE), on retrouve cet accord avec la nature lorsque frère Christian marche dans ce paysage, ressentant la force des arbres, la liberté des oiseaux et la pluie. C’est par la neige que va se conclure l’histoire vraie par un long cheminement vers la mort.

 

Le film aurait pu se terminer avec la scène de la Cène avec l’unique musique du Lac des cygnes (Tchaikovski) : Mickel Lonsdale arrive avec deux bouteilles de vin et là pas de paroles mais des regards qui vont de la joie à la peur, de la peur à la tristesse. Il n’y a alors pas que des larmes à l’écran. Les mots ne servent à rien. Scène d’improvisation à lire le réalisateur, elle restera à jamais gravée par ceux qui auront été touchées. On n’écoutera plus jamais le lac des cygnes comme auparavant.

Xavier Beauvois choisit de ne pas finir sur « la scène » si émouvante pour ancrer son film dans la réalité. Auparavant, la vue de l’hélicoptère – avec cette sublime scène de chant – donne une piste de ce qui ont commis  une bavure ou une exécution programmée en instrumentalisant la piste islamique.

 

Le film touche à l’universel, la fraternité (les frères soignant sans différence de camps), l’intégration, l’assimilation de deux peuples. Chaque scène pourrait donc être vu et revu, analysée (lorsque Christian amène le miel, les discussions avec le chef du village, la scène avec la petite brûlée, celle sur le ban avec la jeune fille se questionnant sur l’amour, …) sans que l’on oublie l’humour de Mickael Lonsdale.

 

 

Employer le mot chef-d’œuvre serait limité sa portée. L’engouement du public (le film fera sûrement 3 millions d’entrées), le Grand Prix du Festival de Cannes prouve que l’on peut réunir grand public et qualité avec un film touché par la grâce.

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