Les All Blacks frappent fort, mais ils courent aussi vite. Les jaillissements du troisième ligne Jerry Collins, et les percées du puissant ailier Joe Rokocoko ont laissé des traces dans les esprits de leurs adversaires français lors de la tournée d'automne. Le rugby est affaire de technique de passe, de force, mais aussi de vitesse et d'explosivité. C'est pourquoi, certains clubs du Top 14, dont la 21e journée se joue vendredi 6 et samedi 7 avril, cherchent, comme les Néo-Zélandais, à s'inspirer des recettes de l'athlétisme pour parfaire la technique de course de leurs joueurs. Le Stade toulousain, par exemple, s'appuie sur Patrice Zeba Traoré, ancien sprinteur, et Dominique Hernandez, ancien sauteur en hauteur. Le Biarritz olympique a eu des échanges pendant l'hiver avec Renaud Longuèvre, qui entraîne Ladji Doucouré, spécialiste du 110 m haies.


"Les contraintes du rugby moderne font que les vitesses d'interaction, d'un point de vue offensif comme défensif, sont déterminantes, explique Patrice Zeba Traoré. Ce qui implique qu'un rugbyman qui conjugue force et vitesse donne à son équipe un avantage stratégique sur ses adversaires. C'est par le biais de l'athlétisme qu'on peut développer de la manière la plus efficiente ces qualités pour franchir une ligne défensive, ou pour se replier défensivement." L'impératif de vitesse doit évidemment s'articuler avec la vision de l'entraîneur. "A Toulouse, le contexte stratégique commande de faire en sorte que les joueurs puissent se déplacer le plus vite et le plus longtemps possible", précise Patrice Zeba Traoré.

Cet impératif de performance dans la course ne figure pas parmi les priorités de tous les entraîneurs des clubs français. Avec la professionnalisation, certains coaches ont poussé leurs joueurs à chercher à gagner en puissance et en gestuelle, parfois au détriment d'une culture sportive existante. "Il y a quinze ou vingt ans, certains joueurs pratiquaient l'athlétisme assez longtemps avant de s'engager totalement dans le rugby", rappelle Renaud Longuèvre.

Sébastien Carat, membre du relais 4 × 100 mètres de l'équipe de France et finaliste du 100 mètres au championnat de France, a ainsi occupé le poste d'ailier à Brive. Lorsqu'ils jouaient, Guy Noves, entraîneur du Stade toulousain, ou Patrice Lagisquet, qui dirige l'équipe de Biarritz, ont longtemps été présents à la fois sur les pistes et sur les terrains. Pour Renaud Longuèvre, les Anglo-Saxons, comme les Néo-Zélandais, possèdent, dans ce domaine, l'avantage d'une pratique régulière de plusieurs sports, dès le plus jeune âge.

Mais les recettes de l'athlétisme ne sont évidemment pas directement transportables au rugby. Tout d'abord, rythme et durée de l'effort diffèrent. "Jouer un match de rugby, c'est répéter des sprints explosifs pendant 80 minutes", note Renaud Longuèvre. La variété des efforts demandés oblige les joueurs à s'entraîner sur une palette large. "Pour bien travailler, une équipe de rugby devrait pouvoir s'appuyer sur un spécialiste de la musculation, un spécialiste du sprint et un autre du foncier, le tout étant mis en musique pour former un ensemble cohérent et adapté aux joueurs", souligne Bernard Faure, ancien marathonien, qui a été préparateur physique de Brive et de Gloucester, en Angleterre. Ce travail ne peut se réduire à quelques sessions pendant deux ou trois semaines de l'intersaison, "c'est plutôt un travail sur la durée", insiste Bernard Faure.

Reste à savoir adapter les techniques de la course au contexte du rugby. "Il faut, par exemple, que la vitesse acquise grâce à l'athlétisme puisse être restituée de manière efficace et appropriée dans le geste technique du rugby, note Patrice Zeba Traoré. Le joueur doit pouvoir, par un dialogue avec le préparateur, retenir ce qui lui convient." Et à chaque joueur son profil. Mais, selon le préparateur de Toulouse, "la leçon des matches de novembre 2006 contre les All Blacks, qui travaillent depuis plusieurs années de manière pointue sur le sujet avec les outils de l'athlétisme, c'est que pour eux, à chaque poste, chacun peut et doit pouvoir sprinter".

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