We are the robots

  • Kitano
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Quelques gestes des bras, un équilibre sur un pied, deux rotations du torse, puis une dizaine de pas effectués à bon train, une barre coincée entre les pinces : la démonstration a été succincte, mais convaincante. HRP-2, premier robot humanoïde de sa classe à évoluer en France, n'a pas trébuché lors de sa présentation officielle, vendredi 30 juin à Toulouse, au Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (LAAS-CNRS). La potence à laquelle il reste relié par les épaules, comme un pantin de manga japonais, n'aura donc pas servi. Pas plus que le boîtier d'arrêt d'urgence auquel la machine est constamment connectée.

"Vous allez être déçus par ce que vous allez voir", avait prévenu Jean-Paul Laumond, son "père adoptif" au LAAS. HRP-2, pour "Humanoïd Robotics Project" n'en est en effet qu'à ses premiers pas. Son "humanité" pourrait en effet laisser espérer un comportement plus élaboré, de même que les caractéristiques de ce concentré de technologie de 58 kg pour 1,54 m de haut. Pas moins de trente moteurs actionnent ses articulations. Ses quatre caméras lui servent de lunettes à double foyer - une paire pour la navigation, une autre pour la manipulation d'objets. Quatre capteurs d'effort, dans les poignets et les chevilles, lui permettent de mieux contrôler ses mouvements, ainsi que le gyroscope et l'accéléromètre essentiels à son équilibre.

Mais cette mécatronique de pointe, issue d'un programme de recherche de longue haleine financé par le ministère japonais de l'économie, a besoin d'un cerveau pour devenir autonome et interagir avec les humains et un environnement "naturel". C'est tout l'enjeu de la collaboration franco-japonaise établie entre le LAAS et l'Institut national de la science et des technologies industrielles avancées de Tsukuba, qui, après le pionnier Honda, a conçu HRP-2, fabriqué par la société Kawada Industries.

Quatorzième du nom, sur les quinze exemplaires produits à ce jour, le HRP-2 français a coûté 400 000 euros, financés à 75 % par le CNRS, à 15 % par le LAAS et à 10 % par des industriels affiliés au laboratoire toulousain. Il constituera une plate-forme d'étude ouverte aux laboratoires français. Quinze projets émanant de dix équipes ont déjà été retenus, "mais il y a encore de la place pour d'autres", assure Jean-Paul Laumond.

Les thèmes abordés sont très divers, qu'il s'agisse de la locomotion bipède elle-même ou de l'implantation de capacités sensorielles. Une des premières missions données à HRP-2 sera une chasse au trésor simplifiée : retrouver un objet familier dans une pièce où l'on aura disposé des objets inconnus. "Il est raisonnable d'y parvenir d'ici un an ou deux", espère Jean-Paul Laumond.

Pour ce faire, le robot humanoïde devra emprunter bien des connaissances déjà acquises par des "plates-formes" d'aspect moins flatteur - des bidons et boîtes sur roulettes - mais qui ont déjà fait leurs preuves, comme Rackham, guide à la Cité de l'espace de Toulouse. Mais HRP-2 apprend vite. Il a déjà été possible de lui greffer une commande vocale.

 

Pourtant le chemin sera long avant d'en faire une machine "intelligente", prévient Raja Chatila, responsable du pôle robots au LAAS : "Reconnaître de façon générique une bouteille ou une chaise est encore une question ouverte." Pour le chercheur, l'arrivée d'HRP-2, avec sa grande latitude de mouvements, va poser de nouvelles questions de gestion de la complexité - qui intéressent aussi la biologie, pour le repliement des molécules.

 

L'autre intérêt d'HRP-2 concerne les relations avec les humains. "Un robot reste une machine avec des capteurs et des actionneurs, note Raja Chatila. C'est plus dans l'oeil de l'humain que les choses vont changer." Les Japonais ont créé les robots humanoïdes dans l'espoir d'en faire les auxiliaires d'une population vieillissante. Mais si la technique le permet un jour, encore faudra-t-il que les humains soient prêts à les accueillir. HRP-2 est leur ambassadeur.

 

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