Des requins transformés en espions (2006)

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Le simple énoncé du programme de recherche de Walter Gomes, chercheur au Naval Undersea Warfare Center (NUWC) de Newport (Rhode Island), laisse rêveur : "Nous développons une puce pour poissons afin de contrôler le comportement de ces animaux grâce à des implants dans le cerveau." Un projet financé par le Pentagone via la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa).


Les animaux dressés sont de plus en plus utilisés pour la détection de drogue et d'explosifs. L'ambition du NUWC va bien au-delà, puisqu'elle vise une robotisation partielle des poissons choisis comme auxiliaires militaires afin de détecter des navires ennemis échappant aux systèmes classiques de détection. Déjà, des expériences ont été menées sur deux espèces de requins, des émissoles douces (Mustelus canis) et des aiguillats communs (Squalus acanthias).


Les chercheurs tentent d'exploiter certains dons naturels des squales tels que leur discrétion de déplacement, leur aptitude à détecter des proies grâce au champ électrique qu'elles émettent ou leur capacité à suivre la trace de composants chimiques. "Notre travail se concentre sur les mesures de champ électrique avec des requins-marteaux (Sphyrna lewini) et sur le travail en plein océan avec des requins à peau bleue (Prionace glauca)", précise M. Gomes.


Pour autant, l'instrumentalisation d'un requin de 4 mètres de long n'ira pas sans poser de gros problèmes techniques. "La puce devra fonctionner pendant de longues durées dans l'océan", a expliqué M. Gomes lors de l'Ocean Sciences Meeting, réunion qui s'est tenue à Hawaï fin février. Cela impose, entre autres contraintes, une alimentation électrique permanente de l'implant. Ces chercheurs travaillent donc sur des systèmes de "moisson d'énergie" pour capter les multiples sources dans le milieu ambiant.


Mais le plus délicat concernera sans doute le "pilotage" à distance des requins. Les ondes électromagnétiques ne se propageant pas dans l'eau, la communication avec les squales fera appel au sonar. Le système s'appuiera sur un réseau existant de tours de relais de signaux acoustiques afin de "communiquer" avec les requins dans un rayon de 300 km. Les animaux seront munis d'une antenne à laquelle les chercheurs ont donné, discrétion oblige, la forme d'un rémora, ce poisson pilote qui se fixe sur les requins.


Les expériences en pleine mer programmées devront montrer les capacités de manoeuvre à distance des squales et la collecte d'information, mais également la tolérance des animaux à la puce électronique et aux électrodes cervicales. En cas de succès, il faudra doublement se méfier des dents de la mer.

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