La crise financière par Jean-Paul Fitoussi

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Ne sommes-nous pas du fait de la mondialisation dans une crise plus grave que celle de 1929 ?

Jean-Paul Fitoussi : Ce qui a caractérisé la crise de 1929, c'est qu'elle fut aussi mondiale. Ce n'était pas une crise spécifique à un pays, ni comme celle des pays asiatiques, elle a concerné toutes les places financières. La globalisation telle que nous la connaissons aujourd'hui aggrave-t-elle le potentiel de crise que le secteur financier peut connaître ? La réponse est sans ambage oui, dans la mesure où elle produit des effets de contagion beaucoup plus rapide, mais si à mon sens il faut exclure une répétition de l'histoire, c'est parce que nous sommes aujourd'hui dans un contexte complètement différent d'alors. Pour dire les choses simplement, la crise de 1929 a été autant causée par l'effondrement des marchés financiers, par la crise du système bancaire, que par l'absence de réaction des politiques économiques, ou probablement leur mauvaise réaction.

En d'autres termes, ce qui a expliqué la crise des années 1930, on est obligé de faire référence à la politique économique qui a été conduite pendant ces années-là. Aujourd'hui, comme le montrent les réactions et l'ampleur des réactions des autorités monétaires et budgétaires dans le monde, la leçon a été bien comprise.

Et on ne peut pas imaginer une seconde que la réaction de nos politiques économiques à laquelle nous assistons puisse ne pas atténuer la crise potentielle que les développement financiers pourraient provoquer.

Deuxième élément de très grande différence : la part des dépenses publiques et des impôts, la taille des Etats, est beaucoup plus importante aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1929.

Donc l'activité économique est spontanément soutenue par l'existence de ces dépenses publiques et de ces recettes publiques importantes.
J'insiste sur à la fois les dépenses et les recettes parce que d'une part, les dépenses soutiennent l'activité, d'autre part, les recettes publiques, en temps de crise, diminuent, ce qui équivaut à un partage des pertes privées par l'Etat. En réalité, lorsqu'un individu perd 1 000 aujourd'hui, il va payer moins d'impôts, donc sa perte nette est inférieure à 1 000.
Lorsque le taux de prélèvement obligatoire est important, le partage des pertes entre le secteur privé et le secteur public devient plus important.

Disons qu'en 1929 la taille de l'Etat américain, par exemple, était de 10 % ; aujourd'hui, elle est supérieure à 30 %, ce qui montre qu'il y a un effet de stabilisation automatique, qui est inscrite dans la montée en puissance des recettes publiques et des dépenses publiques, qui a été assez vive lors du dernier siècle.

Il existe un élément pourtant qui fait encourir aujourd'hui un risque supplémentaire par rapport à la crise que l'on a connue dans les années 1930, c'est la pénétration de l'activité financière dans le quotidien de la vie des populations.

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