Ciné : CAPOTE (vu en VO, comme d'hab)

  • Kitano
  • PoP

AMBIVALENCE et AMBIGUÏTE

Difficile au cinéma de faire passer le mécanisme de la création, HG CLOUZOT y était parvenu avec LE MYSTERE PICASSO (1956). Il est vrai que le peintre participait activement au film. Ce qui n’est pas le cas avec Truman Capote.

 

D’abord parce qu’il est écrivain, ensuite par qu’il est décédé – en 1984, suite à son alcoolisme – et  parce que sa vie, sa personnalité était ambivalente, difficile à saisir. Une réunion de l’œuvre et de l’homme dans une vie publique/privée sans réelle frontière.

 

Pendant les presque deux heures du film, c’est la période d’élaboration du roman - DE SANG FROID -suite à un fait divers sanglant (une famille de 4 personnes tuées en pleine face) qui nous est présentée.

 

Au fur et à mesure que Truman Capote tisse les fils qui lui permettront d’avancer dans la dramaturgie de l’histoire judiciaire, de créer les liens entre les tueurs et l’environnement pénitentiaire, on décrypte un auteur en quête de réussite, de renommée. Comme il le dira d’un des meurtriers : « c’est un peu comme si j’avais grandi avec lui. Il serait passé par la porte de derrière et moi par celle de devant »).

 

L’ambiguïté est le terme qui s’approprie à Truman Capote. Son aspect, ses manières, sa voix perchée, le catalogue comme différent mais sur ce point le film restera sobre sur son ambivalence sexuelle. Par contre, concernant l’aspect mondain, le côté œuvre en devenir, il le montre sans complaisance. CAPOTE a utilisé la « matière » dramatique réelle pour enrichir ses écrits. Il n’hésitera pas à choisir deux nouveaux avocats pour les tueurs mais se lamentera sur leur demande d’appel en Cour Suprême qui repousse la sentence finale (pendaison) mais aussi la sortie du livre. Il aura passé 4 ans de sa vie sur cette affaire, sur son livre.

 

Amitié feinte, réelle indifférence, rien n’est simple avec ce New Yorkais d’adoption qui n’hésitait pas à se livrer lors de repas avec des personnes qu'il venait juste de connaître. Le film pourrait se résumer a un auteur qui n’écrit qu’un seul livre, un chef d’œuvre dont il ne se remettra jamais, étant ensuite incapable d’en écrire un autre. Le film rend en partie cette atmosphère dans un rythme lent mais pas ennuyeux. Il est vrai que l’interprétation oscarisée de Philip Seymour Offman – producteur exécutif du film -  est le principal intérêt du film.

 

Il manque toujours un rendu cinématographique lorsqu’il s’agit de raconter, de montrer ou d’illustrer la vie d’un personnage qui dépasse le cadre d’une biographie. CAPOTE en est une fois de plus l’illustration. Près du personnage mais loin de la compassion que l’on peut avoir pour lui. On peut même se demander, si l’on doit même en avoir sinon pour l’homme du moins pour l’auteur. Wim Wenders avec HAMMET, en 1982 avait réalisé sur l’écrivain de roman noir Dashiel Hammet, un film qui stylisant le contexte, s’approchait plus de l’auteur, de son environnement et donc de lui-même.  Film, auteur et écrivain sont différents, mais il est vrai que CAPOTE est la première réalisation de Bennet Miller, attendons son prochain film pour en saisir son évolution.

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