Si je connaissais l’acteur Sean Penn, je n’avais pas vu ses précédentes réalisations basées souvent sur un personnage poursuivant un but. C’est encore le cas avec cette quatrième réalisation dédiée à celui qui l’a inspirée : Christopher McCandless.

En 1990, ce jeune diplômé, brillant étudiant va arrêter sa scolarité à Harvard pour tout quitter et vivre son rêve, son aventure, sa recherche de liberté, de vérité. D’emblée, on perçoit ce qui a plu au réalisateur, qui pendant la longue durée de la séance (presque 2h30 – la tendance se poursuit) va nous plonger dans une ambiance années 70, au milieu de milieux décalés, un road movie avec la découverte du territoire mais surtout à une recherche de soi. Car ce jeune homme si sensible a subi – comme sa sœur, souvent entendue en voix off – pendant son enfance le traumatisme du couple parental vivant sur le mode du conflit reporté en responsabilités sur les enfants. Ce trauma sera amplifié par la révélation qu’ils sont des « bâtards » (sic) car ses parents ne sont pas mariés, le père l’étant toujours d'une première union, ayant même eu un fils qu’il a toujours refusé de voir.

C’est sur ce thème que reposent la force et la faiblesse du film. La force parce que Christopher ne veut pas de ces sentiers tracés, il veut du vrai, partir vers « la frontière » (on pense à DANSE AVEC LES LOUPS) qui pour lui, a pour appellation Alaska. Il abandonne études, bourse (24 000 $ versés à Oxfam pour la lutte contre la faim), billets qu’il brûle, papiers d’identité qu’il découpe. Partir à zéro, vierge dans sa tête. Faiblesse, car cela a un côté non pas enfant gâté mais enfant perturbé qui dans la solitude va trouver ou vouloir tendre à la sagesse. Il y aurait beaucoup de candidats potentiels !

La mise en scène va accentuer cette touche amateur avec les différents mouvements de caméra, les jeux de lumière, le style et la lenteur dans le déroulement de l’histoire. On se rappelle que Sean Penn a été acteur dans LA LIGNE ROUGE et on retrouve ce rapport avec la Nature mais en moins habité sans oublier le catalogue de faune : poisson, baleine, oiseaux, loups, élan … et même un ours !
Les rencontres de Christopher – il garde son prénom mais prend comme nom SUPERTRAMP (vagabond) – font écho à ce qu’il peut faire vivre à ses parents. Il ne leur donnera jamais de nouvelles. Ambiance hippie, naissance d’une idylle, fils de substitution, rencontres avec le monde ouvrier, cela va concourir à des pensées positives comme par exemple « ce n’est pas important d’être fort mais de se sentir fort ».

Comme Thimothy Treatwell (voir critique GRIZZLY MAN), la nature va piéger Christopher, comme il va l’écrire dans son cahier intime. La nature est sauvage, c’est d’ailleurs la traduction du titre. Le film reste touchant par son personnage montrant que sortir d’un schéma formaté est possible en vivant le rêve américain, avec pour conclure une photo du vrai Christopher juste avant qu’il n’écrive : « le bonheur ne vaut que s’il est partagé».
Cela résume bien le cœur du projet : une idée simple, forte dans son application mais qui sonne aussi comme un slogan publicitaire.

Publié dans : Films
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