IT'S A FREE WORLD

  • Kitano
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Cela sonne comme un slogan, libéral bien sûr (c’est un monde libre). Sauf qu’il y a ce point d’exclamation en forme d’interrogation et sûrement de résignation en fin de film.

 

Ce Ken Loach se classe dans la veine sociale, celle du présent, après le combat des irlandais de début de siècle dans son film précédent en costumes qui eut la Palme d’or à Cannes en 2006, plus pour l’ensemble de son oeuvre que pour des qualités cinématographiques au vu du film de Bruno Dumont (Flandres) et surtout l’émotion de Pedro Almodovar avec Volver.

 

Angie, la trentaine, vient de se faire licencier alors qu’elle attendait un poste de direction. Elle décide – avec son amie Rose – d’utiliser ses relations et de créer une entreprise de placement de travailleurs étrangers. Son entreprise pas encore déclarée, elle va découvrir un monde de prolétaires mais aussi de sans-papiers qu’elle va utiliser pour engranger un maximum de bénéfice mais, elle semble se perdre dans la voie qu’elle s’est choisie et les problèmes vont s’accumuler.

 

Cette fois, le réalisateur ‘marxiste’ anglais (il a apporté son soutien à Olivier Besancenot aux dernières élections présidentielles françaises) nous immerge du côté patronal à partir de cette employée qui va se transformer en monstre économique presque sans foi et surtout ni loi.

 

L’intérêt du film est de plusieurs ordres : le premier est dû à l’actrice Kierston Wareing, sorte de Scarlett Johansson anglaise mais en visage moins poupon, plus décidé, moins actrice sur papier glacé que femme. Il se crée au début une certaine empathie puis une distance qui se mue en dégoût pour arriver à de la pitié, mais tout cela en gardant un aspect humain et réaliste.

 

Ensuite, ce qui marque, c’est la résonance dans notre pays avec les histoires de sans-papiers. Comme en Angleterre et sûrement dans les autres pays, ils apparaissent ici en êtres humains et non plus sous leur appellation. Ils existent, ont des familles, ont fui des guerres, des conditions de vie médiocres, voire la misère.

 

Dans le père d’Angie, on peut y voir le réalisateur, qui fera remarquer que nombre de ces personnes ont des postes qualifiés dans leur pays d’origine pour n’être ici que des bras, une masse corvéable à merci. Le père représente celui qui a cru au combat, au combat juste, c’est lui qui élève d’ailleurs un petit fils dont ne peut s’occuper la mère séparée d’un mari à la description peu flatteuse. On retrouve une nouvelle fois, la figure du grand-père, celle qui a donné à LAND AND FREEDOM, l’une des scènes inoubliables du cinéma.

 

Le film évite le côté manichéen, il y a même un côté didactique : de bons sentiments sont mêlés à un caractère abject, le caractère est forcé mais le personnage reste attachant et son dernier regard en dit long. Elle veut et doit gérer une vie professionnelle, une vie amoureuse faite de rencontres qui ne durent pas, une vie familiale avec un fils qui pose problème et une histoire d’amitié qui va avoir du mal à se poursuivre. On est dans une réalité où tous ces domaines se croisent et s’entremêlent.

 

Dans une mise en scène qui se rapproche du documentaire mais qui nous conte une fiction proche de la réalité (Ken Loach remercie dans le générique les dizaines d’agences d’intérim pour leurs anecdotes), le film nous amène vers une conclusion pour le moins classique et à la morale bien plus dure que ne l’est, cette femme entrepreneur : « l’illégalité amène l’illégalité ».

 

Peut-être faut-il, à ce niveau, soulever un point économique et juridique. Le système libéral engendre des dysfonctionnements dus aux personnes. C’est plus de notre côté que nous donne à regarder Ken Loach, notamment lors de la discussion entre la fille et son père : «  en trente ans, tu n’as eu qu’un seul travail, moi c’est mon trentième. Tout le monde y trouve son compte, les consommateurs d’abord ». Ce à quoi, son père lui répondra « et ton fils ? ». L’argent, la réussite n’est pas tout dans une vie. A force de ne vouloir que lui, on en perd son identité et son but. Il devient objectif plus que moyen.

 

Á plus de 70 ans, le réalisateur anglais a gardé une fraîcheur de regard avec un film d’actualité qui dépasse son simple sujet avec des portraits pour lesquels l’empathie est présente.

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