LA NUIT NOUS APPARTIENT

  • Kitano
  • Films

Il m’arrive quelquefois de manquer un film, voire même un réalisateur pour diverses raisons, cela fut presque le cas avant LA NUIT NOUS APPARTIENT. En 12 ans, James Gray n’a réalisé que 3 films (Little Odessa en 1995, YARDS en 2000), tous consacrés au milieu de la mafia  dans un environnement familial.

En cette fin d’année, c’est le retour du film noir, de la mafia russe, des gangsters sur les écrans. Pas moins de trois films en un mois. Ce qui est encore plus surprenant, sans parler de leur  bonne tenue dans un box office anémié, c’est le thème du père, de la paternité, d’abord chez Cronenberg (LES PROMESSES DE L’AUBE – voir critique dans rubrique films) ensuite et plus naturellement chez James Gray. Dans l’entretien entendu, il disait qu’il s’était battu pour obtenir le film qu’il voulait et que cela lui avait coûté 7 ans.

Ce purgatoire ne fut pas vain car son film est une réussite. Un film tendu qui vous prend par la profondeur psychologique du changement de comportement du personnage principal. Bobby gère une boîte branchée détenue par des russes avec qui il entretient de bons rapports avec la famille. Il est promis à prendre encore de l’importance. Bobby a pris le nom de sa mère et non de son père, policier gradé comme l’est son frère. Le destin va les faire se croiser et mettre Bobby devant un choix qui le mènera à se retrouver lui et sa famille.

Une des réussites du film, c’est l’interprétation de Joachim Phenix, qui avait déjà joué dans Yards et qui cette fois produit le film, tout comme Mark Wahlberg. Il donne à son personnage la légèreté au début, le tourment et ensuite métamorphose. A ce niveau de jeu, il n’y a que Viggo Mortensen (dans le film de Cronenberg) cette année qui, dans un registre plus intérieur, fasse passer autant de sentiments que l’on n’est pas prêt d’oublier.

L’actualité permet de faire un parallèle avec LES PROMESSES DE L’OMBRE mais c’est avec Martin Scorcese et Brian De Palma que l’on peut établir des liens : le premier pour la description de l’environnement mafieux, le second pour la référence aux INCORRUPTIBLES. La scène où un policier remet au frère de Bobby la montre de la médaille rappelle celle de la fin du film de De Palma et le chapelet de Sean Connery donné par Kevin Costern et Andy Garcia.

Les rapports familiaux vont nous être présentés entre le fils modèle (Mark Walhberg toujours en retrait) et celui qui aurait pu le devenir, entre un père au fond bienveillant (joué par un Robert Duvall magistral) et une histoire de couple qui va péricliter, entre ce cette voie où l’on voudrait aller et ce le chemin d’où l’on vient. Le transfert psychologique n’a pas lieu que dans le film, on peut le ressentir avec empathie et tension. Rarement film n’aura procuré une telle sensation.

La seule mention de l’interprétation pourrait suffire à aller voir ce film mais si l’on rajoute que le scénario est d’une construction parfaite en lien avec une tragédie grecque, une course poursuite en voiture sous la pluie qui va se révéler dramatique et un finale qui laissera apparaître la vengeance, on peut écrire que LA NUIT NOUS APPARTIENT est plus que le film de la rentrée, il est l’un des meilleurs films de cette année.

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