MY BLUEBERRY NIGHTS

  • Kitano
  • Films

Entrer dans un film de Wong Kar Wai, c’est être dans un état « In the mood for love » ou plutôt « à la recherche de l’amour perdu ». Dès les premières images du générique, on reconnaît les couleurs vives, flashy et ensuite la mise en scène moderne avec ce train (une figure récurrente du cinéma du réalisateur) qui défile en accéléré avec un traitement contrasté sur l’image. Plans courts, lumières clinquantes, ralenti et images accélérées, passage au numérique, le tout ne pouvant être apparenté à du clip, c’est le style WKW.

 

Après l’émouvant et nostalgique IN THE MOOD FOR LOVE en 2000, la suite 2046 (en référence à un numéro de la chambre d’hôtel aperçu dans le film précédent), ne laissa pas la même empreinte. On retrouve dans ce premier film américain, le thème classique de la séparation avec comme remède le temps et l’espace. L’éloignement et le repli arrivent-ils à effacer un amour qui n’existe que pour la personne abandonnée ? WKW semble répondre par la négative, mais donne une piste avec le début d’une histoire qui ne veut pas dire son nom.

Elisabeth apprend par téléphone, dans un restaurant la fin de sa liaison. Remise de clés au garçon de restaurant, Jeremy, qui les collectionne dans un bocal, au cas où un jour, les amants se revoient. Lizzie (son surnom), après quelques soirées à partager une part de tarte à la myrtille, avec la compagnie de Jeremy, décide de partir pour oublier. Elle va rencontrer d’autres solitudes.

Le générique de début donne une des clés du film : comme la glace à la vanille fondant dans le dessert d’un gâteau rouge, le sentiment amoureux va s’évaporer dans des sentiments tendres et sucrés, comme l’actrice qu’est Norah Jones dans le rôle principal. Chez WKW, l’histoire de départ (et aussi d’arrivée) est simple. Dans notre cas, on peut même y voir une référence aux histoires de princes et princesses avec le baiser à la Belle endormie. Mais le scénario écrit à 4 mains qui étoffe le film avec l’irruption de la mort  n’est pas réussi dans son traitement : la souffrance de l’amour mais pas dans la mort. Avec les deux personnages (Arnie, le policier délaissé et Leslie la joueuse) croisés par Lizzie, les scènes de pleurs ne sont pas crédibles.

Bien sûr, le thème de l’amour, de l’affection oubliée, refusée, constitue la trame de ces deux solitudes qui pourtant n’ont pas la même force car perçues trop artificielles. Si les  paysages américains se marient bien avec l’esthétique, c’est dans l’environnement urbain, les scènes intimistes que le réalisateur se sent bien.  Á se perdre dans d’autres histoires, on ne retrouve pas la sensibilité qui nous parvient pourtant au son de la chanson de Cat Power (The greatest). D’ailleurs, la chanteuse Chan Marshall va faire une apparition en jouant le rôle de l’ex-copine de Jude Law, elle aussi en partance chronique.

 Il y a toujours des idées de communication : Jeremy après avoir tenté le téléphone pour joindre Lizzie, va envoyer dans les restaurants où il pense que Lizzie peut travailler des cartes postales, qui lui reviendront toutes.  Car, dans son année ‘road movie’, elle écrit  périodiquement sans que le lien se rétablisse. C’est aussi, la métaphore de la tarte à la myrtille.

Je me souviens de cette phrase dans LES ANGES DECHUS (1997) : « je ne mangerai plus du gratin de mon père mais je n’en n’oubliera jamais le goût ». Avec la part de tarte, c’est la même chose. En quittant, le lieu du restaurant, elle ne voudra plus se délecter de ce plaisir, de ce moment, jusqu’à son retour. Cette tarte représente pour le garçon, la possibilité d’une histoire : « on demande plus de l’autre gâteau mais au cas où, j’ai toujours cette tarte ».

 

Pour ce cinéma de couleurs et de sentiments si personnels, il faut se laisser happer par une ambiance et même si l’on ne tombera pas dans la magie qu’était IN THE MOOD FOR LOVE, MY BLUEBERRY NIGHTS reste un film avec de tendres moments émotionnels.

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K
Nouvel album de reprise de Catpower (autrement appelé Chan Marshall).Pour le ken Loach bientôt la critique !
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T
d'accord avec toi, pas de magie. C'est un film à scketch, ils se succèdent, c'est beau à voir et esthétique, voilà tout. La musique + la chanson sont indispensables pour soutenir ce film. Ceci est un défaut selon Ken Loach, interviewé sur inter vendredi. Merci  pour nous avoir donné le titre de cette chanson, ce soir le film s'est arrêté net à la fin, nous n'avons pas eu de générique :-(
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à bientôt car sans Toi, c'est pas pareil ! -  Hébergé par Overblog