Le message de Daniel Mermet pour 2022

Daniel Mermet en 1992

Daniel Mermet en 1992

Chers amis, chers AMG,

Les fachos font le show, la gauche est en morceaux.

Les héritiers de la Commune, du Front populaire et de la Résistance vont-ils laisser les clefs à des Versaillais, à des fachos admirateurs de Pétain, à une social-démocratie qui a toujours trahi ou bien, encore une fois, au président des riches ?

Depuis des années, on dénonce en vain la poignée de milliardaires qui contrôlent la quasi-totalité des médias, surtout les médias les plus populaires qui ont imposé la soumission au néolibéralisme. Mais cette fois, certains d’entre eux se sont franchement déboutonnés en installant un courant réellement fasciste en France. Des entrepreneurs de haine exploitent le désarroi et la peur en incitant au racisme et au pogrom. Plus d’un tiers du pays serait favorable à l’extrême droite aujourd’hui. Faire gonfler la baudruche de l’extrême droite pour se présenter ensuite comme le bouclier face au pire est une stratégie électorale parfaitement cynique, utilisée avec succès par la gauche comme par la droite. On l’a vu en 1988, en 2002, en 2017. Mais qui nous dit que la combine va réussir une fois encore ? Une combine qui donnera des pouvoirs sans limite au parti de l’argent.

Face à cela, nous le savons bien, ne rien faire, c’est choisir le pire. Nos ennemis sont parmi nous et nous les connaissons, c’est la résignation, c’est l’indifférence. « On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents », nous disait Arundathi Roy. Notre ennemi, c’est aussi l’ignorance. Paradoxalement, le flot d’informations qui nous submerge ajoute la confusion à la confusion. Rien n’est pire que celui qui est entravé et qui se croit libre. En montrant son portable, un voisin nous disait : « on sait tout, mais on comprend rien ». L’étincelle de la colère ne peut allumer le feu qu’avec le carburant de la connaissance. Depuis septembre, chaque mardi sur Là-bas, Olivier Besancenot raconte une histoire de lutte pour l’émancipation. Une lutte que Là-bas mène depuis plus de trente ans, durant 25 ans à France inter et aujourd’hui sur le net, à travers quantité de reportages et de rencontres, du bout du monde au coin de la rue, en apportant la preuve que nous ne perdons pas toujours comme nous avons fini par le croire nous-mêmes. Bien au contraire, ce n’est que par ces luttes inlassables, des foules comme des individus, des femmes comme des hommes de toute sorte, dussent-ils donner leur vie, que le pire a si souvent perdu le combat. Dans le domaine social et politique, mais aussi scientifique, dans la guerre des idées comme dans le champ de l’art. En l’espace de 35 jours, entre le 1er mai et le 4 juin 1937, Picasso peint Guernica, l’étendard le plus universel de l’histoire contre la barbarie.

Avec 2022, nous fêtons les sept ans de Là-bas sur le net. Il y a sept ans, franchement, c’était pas gagné. Technique, équipe, gestion, matériel et surtout les sous ! D’autant qu’on ne voulait ni publicité, ni subvention, ni même la générosité d’un gentil milliardaire. Mais heureusement, vous étiez là. Vous avez poussé, vous avec tenu, vous avez marqué votre soutien à notre manière de voir et de faire ce journalisme « plus près des jetables que des notables », à la fois rigoureux, populaire et inventif. Et notre petite équipe joyeuse et têtue a pu se lancer dans l’aventure. (1) Bravo et merci à nos 24 000 AMG (abonnés modestes et géniaux) qui, pour seulement CINQ petits euros chaque mois (ou 60 malheureux euros par an) font exister LÀ-BAS, pour être informés autrement, pour réfléchir, pour découvrir, pour rêver, pour lutter autrement.

Par fidélité aussi, par engagement, pour soutenir un vrai contre-pouvoir médiatique, pionnier depuis plus de trente ans sur le fond comme sur la forme.

Aussi nous faisons appel à tout votre soutien pour cette nouvelle année. Gràce à vous, nous pourrons continuer de plus belle, mais soyons clair, on ne vous promet pas le grand soir pour demain matin. Devant le Goliath des grands médias, nous ne sommes qu’un David, comme ce paysan que nous avions rencontré dans le Pandjchir, avec son fusil à pierres contre les colonnes de chars soviétiques.
Mais à la fin, on sait qui a perdu.

La guerre médiatique est une guerre asymétrique, une sorte de guérilla où vous avez un important rôle à jouer en soutenant les médias vraiment indépendants, à commencer bien sûr par Là-bas si j’y suis !

C’est une année cruciale qui commence et nous avons besoin de tout votre soutien, à la fois pour renforcer une structure qui reste fragile et pour développer nos projets. Déjà, si le covid le permet, nous prévoyons pour fin janvier une grande soirée avec Corinne Masiero et un certain François Ruffin.

À partir de mars, avec Antoine Chao, nous entamerons un cycle de formation au journalisme avec des jeunes boursiers. Et d’autres rencontres et projets sont dans les tuyaux, dont, bientôt, une série sur l’art brut avec Michel Thévoz.

Alors que cette année sombre finissait, une des plus décourageantes depuis longtemps, on a soudain entendu une chanson, comme une lumière incertaine au bout du tunnel. Une chanson venue du Chili où, contre toute attente, un président de gauche venait d’être élu. Et ce chant qu’on croyait à jamais désuet a été repris partout dans le monde, et a ranimé toute la grâce profonde, toute la jeunesse de ces moments où l’espoir triomphe de la peur. Et nous pensions à cette nuit de mai 2011 à Barcelone où Eduardo Galeano nous disait " Cette nuit , vivre vaut la peine".
Ces moments ne tombent pas du ciel. C’est nous qui avons le pouvoir, chacun de nous. Vous le savez, l’histoire n’est pas ce qui arrive, c’est ce que nous en faisons.

Cette lumière, voyez comment Victor Hugo l’avait puissamment évoquée dans Les Misérables. Nous vous proposons de partager ce message tout au long de cette année et même des suivantes :

« tenter, braver, persister, persévérer, s’être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête ; voilà l’exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise. »

Voila nos contre-feux pour 2022.

Bonne année et vite, soutenez Là-bas !

Daniel Mermet
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