Mais pourquoi Tom Waits attaque-t-il Bartabas ?

Publié le 30 Septembre 2016

En somme, Tom Waits reproche à Bartabas de lui avoir rendu publiquement hommage et entend lui faire payer très cher - 500.000 euros - son magnifique exercice d'admiration. Le chanteur californien, aujourd'hui plus entouré d'avocats que de musiciens, veut bien qu'on l'aime, mais à condition de cracher au bassinet. Il n'y a pas que la voix, chez lui, qui soit abrasive. Tout cela serait ubuesque si ce n'était pathétique.

Mais reprenons l'affaire à son début afin de la rendre audible. En juin 2015, le chef de la tribu Zingaro crée son nouveau spectacle, «On achève bien les anges», et fait descendre le ciel sur la terre. Cette fois, après avoir emprunté aux fanfares tsiganes, au pansori coréen, aux trompettes tibétaines, ou aux œuvres de Stravinsky et de Boulez, l'écuyer en appelle à Bach, Messiaen et Tom Waits, dont plusieurs chansons rythment ses solos à cheval et ses piaffers mélancoliques. Auparavant, le Français a bien tenté de joindre l'Américain, via son agent, pour lui faire part de son projet. Mais pas de réponse. Mépriserait-on, dans le comté de Sonoma, le Gitan de Seine-Saint-Denis?

Alors, les « Anges » prennent leur envol, enthousiasment les critiques et le public, et remettent au goût du jour les chansons de Tom Waits, que les plus jeunes des fans de Bartabas ignoraient. Chansons dont, depuis le premier soir, le théâtre Zingaro déclare scrupuleusement les droits à la Sacem et la SCPP.

Jusqu'à l'été dernier où, profitant d'une pseudo-enquête publiée dans «Vanity Fair», le bluesman ronchon s'estime soudain volé, dépossédé, plagié par celui dont il ignore le travail, dont il n'a pas vu le spectacle, et qui pensait seulement, le naïf, saluer un lointain grand frère. Il lance alors un bataillon d'avocats à l'assaut du chapiteau d'Aubervilliers, exige des réparations financières et l'interdiction pure et simple, avant sa reprise le 30 septembre, d'«On achève bien les anges».

Par ordonnance du 15 septembre, la présidente du tribunal de grande instance de Paris n'a pas accédé à la requête en référé de Tom Waits et de son épouse, elle a même condamné ces derniers à verser 5000 euros à Bartabas, mais on aura remarqué, à cette occasion, l'éloquent silence du petit monde culturel français, d'ordinaire si prompt à s'offusquer contre des broutilles et à pétitionner pour des balivernes.

Mais qu'un artiste veuille suspendre l'œuvre d'un autre artiste et demande à la justice qu'elle ferme son théâtre, ça ne choque donc personne? On comprend que, déçu par la fréquentation des humains, le lonesome cavalier préfère la compagnie des chevaux.

Jérôme Garcin

Rédigé par Kitano

Publié dans #Jérôme Garcin

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