"Steve Jobs", "Chocolat" : le match des biopics

Publié le 14 Février 2016

Le 3 février sont sortis sur les écrans deux biopics. L’un, signé Danny Boyle, montre «Steve Jobs» (incarné par Michael Fassbender) à trois moments cardinaux de sa vie: lorsque, mi-diable, mi-bon Dieu, il s’apprête, dans les coulisses de shows circassiens, à lancer le Mac en 1984, le NeXTcube en 1988, et l’iMac en 1998.

Ce portrait du génie américain de l’informatique et de la pomme, disparu en 2011, à l’âge de 56 ans, tire sa force du scénario osé d’Aaron Sorkin («The Social Network»), qui réussit à entrer dans la tête du démiurge visionnaire à la notoriété planétaire.

Tout aussi édifiant, l’autre film, signé Roschdy Zem, est, formellement, son exact contraire. Classique dans sa réalisation et ses reconstitutions, il raconte la vie méconnue de Rafael Padilla, alias «Chocolat», ce fils d’esclaves de Cuba, dont on ignore encore la date de naissance, qui devint, à la fin du XIXe, la vedette du Nouveau Cirque parisien, où il jouait l’auguste noir souffre-douleur, tandis que son compère George Foottit interprétait un clown blanc dominateur (un duo comique fort bien réinventé par Omar Sy et James Thierrée).

Mais après avoir connu la notoriété, fût-elle ambiguë, et popularisé l’expression «Je suis chocolat», le premier artiste noir de la scène française finit sa vie dans l’anonymat, l’alcoolisme, la misère et la fosse commune.

C’est seulement après sa mort, en 1917, à Bordeaux, que la République rendit son patronyme au clown sans nom que Toulouse-Lautrec avait peint, dont Steve Jobs, le producteur de «Toy Story», aurait pu tirer un film d’animation, et que Roschdy Zem sauve enfin de l’oubli, où Chocolat avait fondu. 

Jérôme Garcin

Publié dans #Jérôme Garcin

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