“L’Inhabitable” : Joy Sorman en visite dans les taudis parisiens

Publié le 26 Février 2016

La méthodique et opiniâtre Joy Sorman aurait pu intituler son livre «Tentative d'épuisement d'un Paris insalubre» ou «la Décrépitude mode d'emploi». Avec une rigueur perécienne, elle revient en effet dans les immeubles de la capitale, situés dans les 18e, 19e et 20e arrondissements, qu'elle avait visités en 2010, alors qu'ils menaçaient de s'écrouler.

Elle rappelle d'abord ce que fut sa découverte, dans une ville riche, de l'invivable, ou plutôt de «l'Inhabitable»: des logements sans électricité ni chauffage, des murs décrépits, moisis, lézardés, des sols gorgés d'eau de pluie tombée de toits troués, des fenêtres bouchées, des revêtements bourrés de plomb, des cages d'escalier où courent les rats, des taudis pestilentiels où s'entassent des familles nombreuses, des enfants atteints de saturnisme, des célibataires gagnés par la folie, des exilés désocialisés, des migrants tétanisés. 

Joy Sorman raconte ensuite son retour, cinq ans plus tard, dans ces ruines que la Siemp (Société immobilière de Paris) a métamorphosées en résidences sociales. Et là, c'est le choc: beaucoup de naufragés de l'inhabitable regrettent leurs épaves ruisselantes, refusent d'être relogés dans du neuf et d'en payer le prix locatif, se méfient d'un confort qui les encage et les isole alors que, à les en croire, insalubrité rimait avec solidarité.

Comme dans «Paris Gare du Nord» (2011), jamais cette romancière de 42 ans au prénom radieux ne juge, ne s'émeut, ne compatit. Elle observe ce qu'on ne sait pas voir. Elle montre l'inmontrable. C'est vraiment un écrivain d'aujourd'hui.

Jérôme Garcin

L'Inhabitable
par Joy Sorman
L'Arbalète/Gallimard, 11,50 euros

Publié dans #Jérôme Garcin

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