Kafka chez les Belges

Publié le 6 Février 2016

Décidément, les Belges ont un grain. Leur cinéma aussi. Un grain de beauté. D’une beauté glaciale, hallucinée, effrayante et hilarante. Dans «les Premiers, les derniers», l’excellent quatrième long-métrage, comme réalisateur, du comédien Bouli Lanners, les paysages sont sépulcraux et l’image est somptueuse.

Ce western wallon, où deux chasseurs de primes (Bouli Lanners et Albert Dupontel) recherchent un téléphone portable aux images compromettantes, est un road-movie apocalyptique et surréaliste, mix de René Magritte et de Louis Scutenaire, où, dans un entrepôt en ruine, dort une momie et passe un cerf élaphe, tandis que Jésus, la main trouée par une balle, marche sur une voie d’aérotrain et que Michael Lonsdale prononce, avec Max von Sydow, une oraison funèbre dans un champ lugubre. Grandiose sinistrose.

 

Moins drôle, mais tout aussi anxiogène et kafkaïen, «Préjudice», le premier long-métrage du Belge Antoine Cuypers. Un garçon inachevé et torturé de 32 ans, Cédric (Thomas Blanchard), pourrit la vie de ses parents (Nathalie Baye et le chanteur flamand Arno).

On ignore de quelle maladie mentale il souffre, pourquoi on le ligote sur son lit, pourquoi il enrage en apprenant que sa soeur est enceinte, d’où vient qu’il veut partir pour le Tyrol, comment il s’emploie à semer la terreur dans la maison, mais on sait que le cauchemar, rythmé par un bilboquet, ne cessera pas.

Ce que montre Antoine Cuypers est aussi puissant que ce qu’il cache. Et comme chez Bouli Lanners, on n’est jamais à l’abri d’un dérapage incontrôlé. Pour filmer si bien les marginaux, il ne faut pas seulement être belge, il faut aussi être un peu paranoïaque. 

Publié dans #Jérôme Garcin

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