Ne perdons pas le moral, grâce à François Morel

Publié le 2 Novembre 2015

Il est sur scène, à la radio et dans les librairies. Sa tendresse nous dédommage de de notre époque haineuse.

François Morel, en 2010 (Sipa)François Morel, en 2010 (Sipa)
 

 

Quand le moral est bas, il faut «moreliser». C’est un verbe intransitif et performatif d’origine ornaise (fin XXe) que l’on peut et doit conjuguer, cet automne, à tous les temps.

Au présent de l’impératif, au Théâtre de l’Atelier et à 19 heures, où François Morel nous fait aimer ses grands-parents «Hyacinthe et Rose» comme si c’étaient les nôtres. Lui, coco à tendance alcoolo, elle catho accro aux dominos, les deux s’aimant d’un amour à la Peynet au milieu de fleurs dont ils étaient les invisibles peintres.

François le Fregoli incarne à la fois Hyacinthe, Rose, la tante Noémie, le cousin giscardien et le curé halluciné de cette campagne d’un autre temps, où l’on soignait les migraines à l’eau de mélisse, la déprime au cidre bouché et les petits citadins à l’herbe des champs. Merveilleux Morel, dont la tendresse nous dédommage de notre époque haineuse.

Sur scène, il est accompagné au piano par le musicien Antoine Sahler, qui signe son premier et délicat album, «Je n’ai encore rien dit» (Le Furieux, 15 euros), plein de baisers légers «comme un dessin de Sempé» et fort d’une morale: «La vie c’est rien qu’une chanson.»

Nous préconisons enfin de «moreliser» à l’imparfait avec «Je rigolerais qu’il pleuve» (Denoël, 18 euros), recueil de ses chroniques matutinales données depuis 2013 à France-Inter. On y constate que Morel sait sortir ses épines lorsque passent, dans son champ de vision, M. Poutine, Mme Le Pen, Mme Morano, M. Buisson ou Mme Trierweiler. En somme, il ressemble aux roses du jardin de ses grands-parents, qui embaumaient, mais auxquelles il ne fallait pas se frotter.

Jérôme Garcin

Publié dans #Jérôme Garcin

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