BALI 7 : Sur les épaules de Darwin

Publié le 22 Août 2015

Me voici entre la fin d’un voyage et le retour vers la France. Ni l’un, ni l’autre ne va m’enthousiasmer ou me rebuter.

 

Ce matin direction le salon de coiffure que je connais au bout de la rue Patimura, à gauche. Il y a toujours du monde, autant des européens ou assimilés que d’indonésiens. Je prends soin, lorsque le coiffeur qui est libre m’appelle de lui dire que je ne veux pas qu’il utilise la tondeuse. Ils ont tendance à faire des coupes militaires. Cela ira vite et sera bien fait mais sans utiliser comme la dernière la petite tondeuse pour les oreilles, pour les petits poils.

Il y a deux ans le prix était affiché (15 000), il va bondir cette année à 25 000 roupies, certes cela fait 1,7 euros. A java, le coiffeur coûte 10 000 et à Sumatra 5 000.

On pense bien faire couper les cheveux à l’aîné mais le manque de temps en fin de voyage et l’oubli feront qu’il gardera son look de surfeur pour la France, pour la rentrée.

 

J’ai pu faire un Skype avec mon frère, celui qui est allé à l’enterrement de mon neveu, il m’a raconté l’hommage rendu par ses collègues et des faits moins glorieux pour son père. On va penser à l’après et à panser la tristesse. J’ai l’idée de me faire ramener un bouddha en pierre de Bali. Pour l’instant, il n’y a pas de caveau, l’urne est dans l’allée spéciale crémations.

 

Dans la Benesari, à droite en sortant du Komala, ils ont repeint un mur : tout d’abord en noir ensuite avec des graffs. Il est juste en face du salon de tatouage avec un thème industriel (des fûts  servant de comptoir et un mannequin avec un fusil du style à lancer des billes de peinture). Plus mauvais goût que cela, c’est à gauche au carrefour du Frog, après quelques pas, ils ont construit un mur en face du mur de l’ancienne pizzeria aujourd’hui totalement disparue. Ce mur avec un grand passage sera l’entrée du futur hôtel mais le face à face de ces deux murs donnent une impression d’étouffement.

 

Pourtant, il faut continuer quelques mètres pour trouver à droite un warung sympathique mais surtout à gauche un warung qui va clore le triangle d’or de Kuta pour les petits budgets et le bon goût. Il y a trois adresses à ne pas manquer : au bout de cette rue, un ardoise indique ‘tous les plats à 2 $’ c’est le warung Seven (tujuh) avec un accueil sympathique ; en face il y a une femme qui a peu de plats (bakso) mais prix imbattable ou presque et enfin, ce warung tenu par des femmes de Java qui proposent un large choix de plats à des prix justes. Je conseille leur curry au poulet, leurs encornets (pas hors de prix comme l’arnaque en allant tout droit dans la Benesari, en traversant la Legian et en prenant le premier warung à droite), la seiche, l’omelette. J’y retournerai au moins une demi-douzaine de fois avec plaisir. Une des dames ne manquera de vouloir toucher mon tout petit ! Ne pas oublier que leur anglais est limité.

 

Je ne sais si Darwin a mangé dans ce warung ! Au début, il y eut Remi puis Remords la face sombre de Remi puis ensuite, Star (sûrement issu des lectures d’iron man) et ses déclinaisons (stur, stir, stor). Et un jour, Darwin apparut. Au moins dix fois par jour ici, mon aîné – âgé de 3 ans et 7 mois – nous parle de son ami, de son double. Darwin fait ceci, Darwin fait cela, Darwin est en Australie, Darwin est dans l’eau, dans un bateau, un avion. Pour Remy, je ne sais où il atrouvé l’inspiration pour Darwin, cla a été plus simple grâce à Jean-Claude Ameisen et son émission du samedi matin Sur les épaules de Darwin. Mon aîné connaît le générique et la voix – comme pour Le masque et la plume mais dans ce cas, il connaît aussi Jérôme Garcin).

La phrase qui revient le plus est la suivante « Darwin il a bu du vin et de la bière ». Dans ce cas, je le regarde et je lui dis ‘non, il a bu du vin et de la bière mais il va être malade ! ». Il faut dire que Darwin peut avoir entre 4 et 17 ans selon les situations. Le plus drôle, c’est au restaurant, lorsqu’il prend un cure-dent et prend la pose pour faire style de le fumer. Ce qui est étrange, c’est que nous ne fumons pas.

 

A cet âge, les enfants ont beaucoup mais beaucoup d’imagination : un bout de bois est un fusil, un bouchon a de l’importance, des morceaux de carrelage sont ramassés, l’ordre dans leur tête est important. Souvent lorsqu’il me parle et que c’est sa maman qui répond, il dit « c’est à Papa que je parle ! » et vice versa. Si c’est ce titre qui a été choisi en français, le film d’animation Pixar s’appelait en version originale Inside out. Il montrait ce qui se passait dans le cerveau d’une petite fille de onze ans avec ses émotions.

 

Même si le film est trop long (c’est une tendance lourde pour presque tous les films), l’approche était nouvelle et bien trouvée. Il y a une scène, une belle scène (pas aussi touchante que dans des films comme Là-haut ou le dernier Toy Story) où l’ami imaginaire va disparaître de la mémoire de la petite fille. C’est touchant de montrer que tous ces souvenirs disparaîtront de la tête de mes enfants.

Je ne suis pas parti pu leur donner des souvenirs mais pour retrouver les vagues et cet environnement qui change mais heureusement garde encore quelques poches de plaisir et de rencontres.

 

Dans une émission de Jean-Claude Ameisen, j’avais entendu qu’en fait nos souvenirs sont altérés chaque fois qu’on les remémore. En clair, lorsque l’on pense au passé, à un fait, c’est ce dernier qui va rester imprimé dans notre cerveau. Grâce aux vidéos que je fais, les faits disparaîtront du cerveau de mes enfants mais ils reviendront par le biais de l’image numérique.

Ils se souviendront des vagues, des avions, du maïs et je l’espère de Marcello mon sauveteur d’il y a quatre que nous allons bientôt revoir.

Rédigé par Kitano

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