Luz annonce son départ de « Charlie Hebdo »

Publié le 19 Mai 2015

Luz, au centre, aux côtés de Gérard Briard, le 13 janvier 2015, lors de la parution du premier numéro après les attentats.

« Je ne serai plus Charlie Hebdo mais je serai toujours Charlie. » C’est par ces mots que le dessinateur Luz a annoncé, lundi 18 mai, dans une interview à Libération, son intention de quitter l’équipe de Charlie Hebdo.

Le dessinateur se dit « phagocyté par mille choses, le deuil, la douleur, la colère », qui l’empêchent, dit-il, de s’intéresser à l’actualité. « C’est un choix très personnel », assure-t-il, alors que l’annonce de la mise à pied de la journaliste Zineb El Rhazoui, la semaine dernière, avait ravivé les tensions qui existent dans la rédaction des « survivants », confrontée à la difficulté de rebâtir une équipe amputée depuis l’attentat du 7 janvier, et à l’afflux d’argent qui leur avait été versé en soutien.

Lire l'interview de Riss : « La vie à “Charlie” n’a jamais été un fleuve tranquille »

Quelques jours avant son entretien à Libération – qui accueille toujours l’équipe de Charlie Hebdo dans l’attente de son prochain déménagement dans de nouveaux locaux – Luz avait confié au Monde que trouver « des idées marrantes sur la politique française » lui demandait aujourd’hui énormément d’« énergie ». « Je me rends compte que la politique française, hormis la montée du FN, est particulièrement inintéressante », avait-t-il ainsi expliqué. « Cela a toujours le cas, mais on se réfugiait derrière le principe que le ridicule demeure un bon terrain humoristique. Là, j’ai un peu de mal… », confiait-il.

« C’est aussi dû au fait que “Charlie” est désormais au cœur du débat politique. C’est difficile de se dessiner en tant que sujet. »

A la fin d’avril déjà, le dessinateur avait annoncé dans les Inrockuptibles qu’il ne dessinerait plus le personnage de Mahomet, qu’il avait notamment croqué en « une » du premier numéro de Charlie Hebdo paru après les attentats de janvier. « Je m’en suis lassé, tout comme celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner », expliquait-il alors.

« Chaque bouclage est une torture »

A Libération, il raconte :

« Chaque bouclage est une torture parce que les autres ne sont plus là. Passer des nuits d’insomnie à convoquer les disparus, à se demander qu’est-ce que Charb, Cabu, Honoré, Tignous auraient fait, c’est épuisant. »

Il assure également que « cette réflexion sur le départ date d’il y a longtemps », mais qu’après les attentats il a « suivi par solidarité, pour laisser tomber personne. Il n’y avait plus grand monde pour dessiner ».

« Si l’actu ne t’inspire plus, tu peux toujours dessiner, c’est presque pavlovien, mais tu vas refaire une idée que tu as déjà faite. »

« Cette idée du départ, ajoute-t-il dans Libération, elle est aussi dans cette angoisse : la peur d’être mauvais. » Au Monde il avait ainsi évoqué le souhait de « passer à autre chose » et de s’éloigner d’une forme de routine professionnelle.

« Après vingt ans de carrière, on a beau expérimenter des formes d’expression nouvelles, on finit par s’enfermer dans une sorte de train-train », expliquait ainsi celui qui publie mercredi Catharsis, un album de dessin personnel qui, dit-il, lui a fait du bien. « Pour la première fois, je n’avais pas peur d’une page blanche », confie-t-il à Libération.

Rédigé par Kitano

Publié dans #CHARLIE

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