Régis Jauffret : "La méchanceté, c’est la santé"

Publié le 16 Avril 2015

Si la vieillesse est un cauchemar, Régis Jauffret, l’écrivain le plus doué et le plus cruel de sa génération, en apporte aujourd’hui la preuve horrifique, colérique. Dans «Bravo», un roman-puzzle où s’imbriquent seize portraits réalistes ou fantastiques de personnes âgées – de 55 à 125 ans –, l’auteur de «Microfictions», dont voici la version vermeille, peint à fresque l’hiver de la vie.

Femmes et hommes, ils sont mariés, veufs, pacsés, avec ou sans enfants, portent encore beau ou sont tellement laids qu’ils ressemblent à des animaux de zoo. Ils ont été médecins, directeurs financiers, concessionnaires de voitures, journalistes à «l’Express» ou à «l’Obs», écrivains, ou sans emploi.

Ils combattent l’ennui en vomissant leur progéniture, la solitude en haïssant leurs cadets, la bienséance en injuriant le monde entier: «A mon âge, raconte l’un, dire des horreurs est un des derniers plaisirs qui me restent.» 

Ils détestent leur passé – qu’ils appellent «le charnier de la mémoire» – et insultent l’avenir. Ils ne connaissent ni le remords ni les regrets. Pas davantage l’équanimité que, d’ordinaire, on prête au grand âge. Parmi eux, un vieux grammairien, inventeur du mode dubitatif, qui est assailli par les hordes d’humains et de bêtes jaillies de ses dictionnaires jaunis.

Et on se met à imaginer que si tous les psychopathes et les mythomanes inventés depuis trente ans par Régis Jauffret, démiurge diabolique, sortaient soudain de ses romans, et que s’y ajoutaient aujourd’hui les personnages sénescents de «Bravo», ce serait sanglant, terrifiant et hilarant à la fois, un vrai carnage.

Rédigé par Kitano

Publié dans #Jérôme Garcin

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