Les écrivains sont des monstres d'égoïsme

Publié le 29 Janvier 2015

 

On n’a pas attendu Alex Ross Perry, cinéaste surdoué de 30 ans habitant Brooklyn et fier d’appartenir au mouvement mumblecore (films fauchés tournés avec des non-professionnels sur des dialogues improvisés), pour savoir que l’écrivain est un monstre d’égoïsme et de narcissisme. Mais on sait gré à ce New-Yorkais pur jus, émule de Woody Allen, de John Cassavetes et de Philip Roth, de le montrer avec une telle virtuosité et une telle férocité.

« Listen Up Philip » (en salles), son troisième film après «The Color Wheel», est l’illustration parfaite du constat déjà émis, il y a un siècle, par le dramaturge Alfred Capus :

Il y a deux époques dans la vie d’un écrivain. La première, où l’on parle de lui, et la seconde, où il parle de lui-même.

Soit un jeune auteur, Philip Lewis Friedman (incarné par Jason Schwartzman), dont le premier roman a été remarqué et que la sortie de son deuxième rend névropathe. Odieux avec sa petite amie, prétentieux avec son éditeur, vaniteux avec tout le monde, l’insupportable Philip va se réfugier dans la maison de campagne d’un vieil écrivain, Ike Zimmerman (Jonathan Pryce), qui eut son heure de gloire et qui croit en l’avenir de son cadet. Bientôt, les deux font la paire. Ils sont aussi misogynes l’un que l’autre et pareillement tournés vers leur nombril.

On n’avait pas vu depuis longtemps, au cinéma, un portrait aussi juste, drôle et méchant des neurasthéniques de la plume. La caméra à l’épaule, les gros plans, la voix off ajoutent à la cruauté du diagnostic: filmer les écrivains, oui, les fréquenter, non.

Publié dans #Jérôme Garcin

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