Noureev, Gide, Faulkner... les souvenirs de la reine Christine

Publié le 12 Décembre 2014

Elle a vu danser Jean Babilée, parlé de Diaghilev avec Jean Cocteau, et découvert Rudolf Noureev - «Retenez bien son nom», écrivait- elle dans «l'Express», en 1961. Elle a rencontré André Gide dans les fumigations de son appartement de la rue Vaneau, caressé des bustes romains chez Montherlant et bu du whisky au Flore avec William Faulkner, qui lui a expliqué comment il écrivait ses livres : «avec la terre rouge de mon pays». Elle a été engagée au « Monde » par Beuve-Méry et a remplacé Michel Déon à la direction littéraire de «Marie-Claire».

Christine de Rivoyre a beau prétendre que sa mémoire s'effiloche, qu'elle oublie tout, jusqu'à l'imminence de son départ, on n'en croit pas un mot. Tenez, elle se souvient même de tous les noms des chevaux de manège et d'extérieur que montait son père, écuyer au Cadre Noir de Saumur.

Dans des Mémoires qui pourraient porter le titre d'un de ses romans, «le Voyage à l'envers», cette petite femme alerte et sanglée de 92 ans raconte sa vie à Frédéric Maget, dont elle partage le culte dévotieux de la grande Colette. Avec la spontanéité, l'autorité, la sincérité et la fidélité qui sont sa marque, l'auteur de «Boy» et du «Petit Matin» se rappelle tous ceux qu'elle a rencontrés et admirés, de Balanchine à Colette de Jouvenel, de Félicien Marceau à François Nourissier. 

Mais ce qu'on aime le plus, dans « Flying Fox » (un crack légendaire du XIXe siècle), c'est ce que Christine de Rivoyre dit d'elle-même. Autoportrait, en forme d'oxymore, d'une rebelle chic, d'une élégante provocante, d'une pacifiste combative, d'une Landaise végétarienne, d'une terrienne folle de la mer et d'une femme si droite que, même à pied, elle est encore cavalière.

Loquace sur les autres, mais pudique à son endroit - quelques pages seulement sur son grand amour, Sigismond, et un émouvant portrait d'Alexandre Kalda, alias Acharka, un homosexuel de vingt ans son cadet qui la déconcerta et l'enchanta.

A peine s'attarde-t-elle ici sur ses propres romans, qui sont pourtant d'indémodables leçons d'allégresse, mais voilà, la reine Christine ne s'est jamais préférée. Elle oscille toujours entre le «mettons que je n'aie rien dit» de Paulhan et le «I would prefer not to» de Bartleby. La classe, quoi.

Jérôme Garcin

Flying Fox, par Christine de Rivoyre,
Grasset, 320 p., 20 euros. 

Publié dans #Jérôme Garcin

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