La littérature selon Yasmina Reza

Publié le 1 Décembre 2014

Dans "Comment vous racontez la partie", une romancière très parisienne débarque dans une petite ville qui est, pour elle, une manière de Tchétchénie.

La générale, au Théâtre du Rond-Point, de «Comment vous racontez la partie», la pièce de Yasmina Reza, a eu lieu le 5 novembre. C'était le soir de l'attribution du prix Goncourt et la veille de la Foire du Livre de Brive. Une date idéale pour cette comédie cruelle où l'on voit Nathalie Oppenheim (Zabou Breitman), une romancière très parisienne, lauréate du prix Germaine-Beaumont, débarquer à Vilan-en-Volène - pour elle, une manière de Tchétchénie.

Alors que d'ordinaire Nathalie refuse les sorties publiques, elle a accepté, sur un coup de tête, de lire en public, dans une salle polyvalente, des extraits de son «Pays des lassitudes» et de répondre à une journaliste, Rosanna (Dominique Reymond), qui est l'enfant du pays. L'interview va tourner court, car la journaliste déteste qu'on écarte ses questions et la romancière déteste parler d'elle, jugeant qu'elle n'a pas à être «le commentateur parasitaire de son travail».

La preuve : en 2011, dans « le Nouvel Observateur », j'avais interrogé Yasmina Reza pour la sortie en librairie de «Comment vous racontez la partie». Je lui avais avoué avoir souri en lisant cette satire de quelques précieux ridicules - écrivain, journaliste, animateur de médiathèque, maire - en majesté et en représentation.

Elle avait alors tout réfuté, estimant qu'elle ne «for[çait] pas le trait», qu'il n'y avait ni caricature ni mépris, qu'elle «aim[ait]» ses personnages, que sa pièce n'était pas sur la vie littéraire en province, mais sur la littérature. Ce jour-là, elle jouait déjà sa pièce. Et, à mon insu, m'avait enrôlé.

Jérôme Garcin

Publié dans #Jérôme Garcin

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