Interview Johnny Lydon : “La rage est mon énergie”

Publié le 30 Novembre 2014

Source : Wikipedia

 

Dans une autobiographie riche et drôle, John Lydon se souvient du temps où il s’appelait Johnny Rotten. Punk, prêtres pédophiles ou pisse de rat : tout y passe. Le récit de la vie épique d’un gentleman flingueur.

Quel est ton premier souvenir de musique ?

John Lydon – Il y a toujours eu de la musique à la maison, comme dans toute famille irlandaise… La communauté se retrouvait au pub, où se succédaient des musiciens… Tout le monde jouait d’un instrument : mon père, c’était l’accordéon. J’ai grandi dans cette odeur d’alcool, de tabac et de charbon : à l’époque, il y avait encore le fog à Londres. On était tous grisâtre à cause de cette fumée.

Premier contact avec la pop music ?

Pendant mon enfance, la radio, la BBC, ne passait que d’interminables pièces classiques. Même au début du rock, puis des Beatles, elle ne passait pas cette musique. Avant que la pop music ne bouleverse le vieux monde… Et puis il y avait les fêtes foraines, le seul endroit où l’on pouvait entendre du rock’n’roll… Ce côté sulfureux, mauvais garçon, flamboyant, bruyant des teddy-boys me fascinait.

Tu avais le droit de toucher à l’accordéon de ton père ?

Absolument interdit. Dès qu’il partait, je le sortais du carton planqué dans un placard,

dans lequel il conservait aussi ses revues porno. Mais plus que les filles nues,

c’était l’accordéon qui me faisait rêver. Tous ces boutons, ce vacarme…

A 6 ans, j’ai voulu me mettre au violon, mais je n’ai aucune aptitude pour les instruments

de musique. Je chantais bien mais j’ai volontairement saboté mon chant,

pendant des années, pour échapper à la chorale de l’église

et aux prêtres pédophiles (silence)…

Nous étions terrifiés par les prêtres, mais nous ne pouvions

alors même pas en parler à nos parents : ça aurait été un péché que de dénoncer

un soldat de Dieu… Ma colère contre toute forme de religion remonte à cette époque.

Le catholicisme aurait donc pu ruiner à jamais ta carrière de chanteur ?

Les curés ont surtout failli ruiner ma vie…

Comment s’est passée ta scolarité ?

J’étais très assidu à l’école dans les matières qui me touchaient : l’anglais, la peinture, la littérature… A 4 ans, grâce à ma mère, je savais lire et écrire. Mais à 7 ans, j’ai été foudroyé par une méningite qui m’a quasiment tué et totalement détruit. Je l’ai chopée en jouant avec mes petits bateaux en papier, dans une flaque d’eau à l’arrière de la maison… En guise d’eau, c’était plutôt de la pisse de rat (silence)… J’ai passé un an à l’hôpital, j’avais totalement perdu la mémoire, je ne reconnaissais ni mon nom, ni mes parents. Je ne pouvais plus parler, marcher, dessiner… Cette impression d’être emprisonné dans son propre corps me hante encore. Je suis terrifié, chaque soir en m’endormant, de me réveiller sans la moindre mémoire. Ça a été une torture épouvantable et une immense culpabilité : comment ai-je pu oublier si longtemps qui étaient mes propres parents ? Ils ont vraiment dû me prendre pour un monstre alors qu’à leur façon, sans jamais me choyer, ils ne cherchaient qu’à m’aider… Sans les hôpitaux publics, je serais mort – mes parents étaient trop pauvres pour financer mon hospitalisation.

 

Comment as-tu réappris à écrire, à lire ?

Il y avait une bibliothèque entre l’école et la maison, c’était mon refuge. Parfois, j’oubliais même où j’habitais, alors une bibliothécaire me raccompagnait. Je me suis réfugié dans les livres, les pensées et les vies des autres. Petit à petit, ils m’ont sorti de mon enfer, de ma folie. La colère m’a sauvé la vie. Je n’oublierai jamais ce moment où j’ai pu lire et comprendre un titre dans un journal. Vous n’avez pas idée du soulagement ressenti alors… Depuis, ma mémoire est diaboliquement précise, je ne veux plus rien perdre, ne plus jamais ressentir cette désolation. Ça excuse quelques-unes de mes névroses, non ? (rires)…

Comment s’est passé ton retour à l’école ?

Je venais de manquer plus d’un an et demi, je ne reconnaissais personne, j’étais donc totalement isolé, abandonné. C’est là qu’est né mon surnom Dummy Dumb Dumb (en gros, l’idiot du village – ndlr), parce que je ne savais plus rien. J’étais un paria. Les bonnes soeurs qui tenaient l’école était très dures avec moi, elles me disaient qu’être gaucher était un signe du diable. Elles étaient des monstres, de vieilles salopes cruelles, dépourvues de toute bonté. J’ai appris à ne rien dire, à ne rien faire, pour éviter qu’elles me massacrent les doigts avec une règle en fer. Ce sont elles qui avaient trouvé mon surnom… Je les en remercie : elles m’ont donné une implacable force intérieure. Jamais je n’ai transformé ma colère en haine ou en violence… J’ai canalisé cette énergie autrement. Quand, plus tard, je l’ai utilisée dans des textes comme Anarchy in the U.K. ou God Save the Queen, ça a été très rassurant pour moi de voir que l’establishment me haïssait autant. Le Parlement a même brandi des lois ancestrales de trahison : la panique était telle que j’avais forcément raison. On ne m’avait pas brisé.

Etre à la fois si instruit et décrit comme un idiot – voilà un paradoxe qui t’a poursuivi toute ta vie…

Fascinant. A 11 ans, on m’a quand même transféré au lycée et, là encore, je suis arrivé avec ma réputation… On m’a donc mis dans les classes les plus médiocres, avec l’étiquette “gosse à problèmes”… Sauf que très vite, je me suis retrouvé dans les meilleures classes – sauf en maths. Un prof plus attentif que les autres a vite compris que ça venait de ma méningite, qu’une partie de mon cerveau ne répondait pas : aujourd’hui encore, je ne comprends pas les chiffres, je ne connais par coeur aucun numéro de téléphone. Mais en littérature, j’ai très vite appris à contester les versions, les visions des profs… J’étais souvent très en avance sur eux, je leur disais qu’ils avaient tort, ça m’a rendu très populaire (rires)… Mais il y a aussi eu des rencontres qui élèvent, qui élargissent l’esprit, comme M. Prentiss, quand j’avais 14 ans : sa façon de lire Shakespeare était phénoménale. Pourtant, il me haïssait, car je posais sans répit des questions gênantes, il m’a même fait virer de l’école… Je me suis retrouvé à bosser sur des chantiers avec mon paternel.

Ecrivais-tu ?

J’avais commencé à écrire très tôt, des histoires idiotes et étranges. Un peu de poésie aussi – épouvantable. C’était trop mathématique, frustrant pour mon pauvre cerveau. Personne ne savait que j’écrivais, c’était mon secret, ç’aurait été mal vu dans mon école. Les autres se seraient foutus de ma gueule et les profs nous rappelaient bien assez souvent que ces matières ne nous serviraient à rien, que nous étions des prolos et que nous le resterions. J’étais un alien… Mais au moins, je m’habillais et pensais comme je le sentais. Je n’étais pas un mouton. On ne nous offrait aucun espoir, aucun futur.

Tu avais d’autres intérêts que la littérature, la peinture et la musique ?

Le football, mon club d’Arsenal et aussi, quand nous avons eu notre première télé à la maison, les pièces de théâtre et la série Le Prisonnier… Ça m’a bouleversé : comme le héros, Numéro 6, je vivais dans la confusion la plus totale depuis la maladie. Je ne savais pas qui croire, quoi croire : j’étais un gamin sans mémoire, à qui l’on disait qui il avait été… Exactement comme lui. Et puis, l’acteur Patrick McGoohan était luimême un peu… psychopathe (rires)… Il est un modèle pour moi : ce que je dois à tout prix éviter (rires)…

Tu te souviens de ton premier concert ?

Très bien, j’avais 4 ans, c’était Cliff Richard et ses Shadows avec mes parents. J’étais terrifié par la clameur, mes tympans ont explosé à cause des hurlements stridents des filles. Je n’ai pas entendu une parole ou une note de musique : juste les cris. Mais ça ne m’a pas dégoûté, j’ai commencé à 11 ans à traîner dans les festivals. A 14 ans, je suivais déjà dans tout le pays des groupes comme Free, Hawkwind, Status Quo, Alex Harvey Band… Bizarrement, je ne m’imaginais jamais à leur place, sur scène. J’étais si heureux d’être dans le public et de danser. J’adore danser, à ma manière anarchique et désordonnée… Je saute dans tous les sens. Comme mes parents, je collectionnais déjà les disques. Je me suis toujours demandé si j’aimais posséder ces disques, ou si je ne préférais pas être possédé par eux.

 

Comment as-tu franchi le pas de rejoindre un groupe ?

Par le plus grand des hasards. Je traînais avec un pote sur Kings Road, à Londres, avec mon T-shirt fait main : “I Hate Pink Floyd”. En matière de rock, ils étaient aussi sacro-saints que la famille royale… Une sorte d’échauffement pour moi avant de m’en prendre à la Reine (rires)… Bernie Rhodes, qui allait plus tard devenir le manager du Clash, m’a repéré. Il a dit à Malcolm McLaren : “Ce gamin a l’air intéressant”. McLaren, qui bossait avec le guitariste Steve Jones et le batteur Paul Cook, lui a dit : “OK, on va lui donner une chance”. Je n’avais aucune envie de chanter dans un groupe, je ne l’aurais jamais fait sans cette invitation. Mais j’ai sauté sur l’occasion.

Est-ce que tu as lutté contre la timidité pour monter sur scène ?

Vous n’avez pas idée… Aujourd’hui encore, je suis terrifié, affolé à l’idée de tromper les gens, de m’humilier. Jusqu’à en vomir. L’arrogance et la flamboyance, ce n’est que mon mécanisme d’autodéfense, depuis le départ… D’une certaine façon, sur scène, je vis en dehors de moi.

Il est difficile d’imaginer que les Sex Pistols ont été ton premier groupe…

A cause des curés, je n’avais pas chanté une note depuis ma plus tendre enfance. Je n’avais aucune idée de ce qui allait sortir de ma bouche. J’imaginais naïvement une voix de crooner à la Roy Orbison. Pas ces cris d’âne torturé (rires)… Je n’ai eu que quelques semaines pour trouver ma voix : sinon, j’étais viré. Grâce à mes lectures, j’avais beaucoup de choses à dire, j’étais chargé à bloc, au bord de l’explosion. Ma chance, c’est que je pouvais écrire des paroles, contrairement aux autres. J’ai immédiatement été inspiré par la guitare de Steve Jones. Des crétins ne parlaient que de ses fausses notes, alors qu’elles étaient au contraire merveilleuses, libres, riches en textures inédites. Il a définitivement condamné mon écriture à se surpasser. Il me manquait, sans que je le sache, un seul élément pour écrire avec fluidité, trouver mon ton : la musique. Ce n’est qu’avec les Sex Pistols que j’ai vraiment commencé l’écriture.

Quelles étaient vos ambitions ?

Le seul musicien du groupe était Glen Matlock, le bassiste. Les autres n’avaient ni ambition ni direction. Ils voulaient juste s’amuser, perpétuer l’héritage des sixties, les Kinks notamment… Et je suis arrivé là-dedans comme une tornade, au désespoir de Malcolm McLaren, car je lui échappais totalement, il était dépassé par ce que j’emmenais dans mes bagages. Je me suis vite rendu compte que ces mecs qui étaient censés être des cadors étaient en fait des poids plumes. Intellectuellement, ils n’étaient pas à la hauteur. Ils se gargarisaient de situationnisme mais n’en connaissaient que quelques slogans. Pour moi, les connaissances n’étaient pas vagues, superficielles. J’étais tellement en avance sur eux qu’ils étaient jaloux… Même le soir de notre fameux concert sur la Tamise, ils m’ont laissé à la porte de notre propre fête : je leur faisais peur. Ils ont tenté de contrôler l’incontrôlable.

Quand as-tu saisi l’impact des Sex Pistols ?

Vous connaissez le proverbe : “On ne peut pas plaire à tout le monde” ? Eh bien nous avons réussi l’exploit de déplaire à presque tout le monde ! Je n’arrivais pas à croire que le simple fait d’énoncer les vérités de God Save the Queen me vaudrait des ennemis aussi acharnés et puissants. J’étais assez fier de moi. Mentalement, je suis un char d’assaut. Il le fallait, car je suis devenu l’ennemi public n° 1, à l’époque de la presse Murdoch et des premiers paparazzis – les plus vindicatifs. Ma famille a beaucoup souffert des manchettes, je continue de payer pour ces annéeslà… J’ai souvent été jugé, mais sans le moindre procès, sans la moindre possibilité de m’expliquer. Depuis ma méningite, je suis sur le banc des accusés. Tout ce que je fais est démoli, sali… Mais je le vis comme une récompense, un prix d’honneur. Je ne vivrai jamais l’existence sereine de Radiohead ou Coldplay. Et je n’en veux pour rien au monde.

 

On a du mal à envisager, en 2014, la musique ayant un tel impact sur la société…

Parce que la vérité a été enterrée depuis trop longtemps. L’histoire a été réécrite. On doute de ma parole alors que des gens qui n’ont rien eu à voir avec le punk, qui n’étaient même pas là en sont aujourd’hui les historiens ou commentateurs officiels. La culture Wikipédia est en train de tout niveler par le bas, sans le moindre intérêt pour la vérité. Personne n’a le droit de me dire ce qui était punk ou non : c’était ma propre création, mon adieu aussi (référence à la chanson My Goodbye de PiL – ndlr). Il n’y avait pas à l’époque de manifeste du punk, de règles du jeu : je n’ai jamais cru qu’il fallait faire table rase du passé, j’écoutais encore Led Zep ou même Alan Stivell – un immense guitariste – à l’époque des Sex Pistols. Ç’aurait été un crime de renier, d’abandonner ainsi la connaissance.

En quoi étais-tu, comme l’a dit Bernie Rhodes, “intéressant” ?

Dans ma façon d’appréhender toute chose. J’ai toujours été très honnête dans mes réponses, et si on m’agressait, je surenchérissais. Pour moi, les mots sont des balles. Je déteste les non-dits, les mensonges et avec McLaren, ce n’était que ça. Malgré ses fanfaronnades, il n’avait aucune vision. Il cherchait juste désespérément à attacher son nom à un truc qui lui accorderait un peu de crédibilité. C’était un garçon faible… Il me manque beaucoup, car j’aimais m’engueuler avec lui. Il était très… distrayant. Mais corrompu.

Ça représentait quoi, pour toi, le punk ?

Quand, comme moi, on grandit dans une grande solitude, rejeté par tous, dans les bas-côtés de ce qu’on appelle la société, on devient extrêmement tolérant, accueillant avec les gens eux aussi en rupture, avec les tarés. Et le mouvement punk, au départ, c’était ça : une fédération de gens qui avaient été maltraités par la vie. C’est le message que je tentais de faire passer : unis, nous sommes forts. Avant que le mouvement ne devienne une caricature. Je parlais au nom des muets, des éclopés. J’ai eu la chance d’avoir cette voix qui exprimait ce que tant d’autres ressentaient confusément. Sans ma maladie, j’aurais sans doute emprunté une autre voie. Mais là, j’avais reçu ce cadeau du ciel : ma colère. Et je me devais de le partager.

Tu as imposé Sid Vicious aux Sex Pistols. Comment l’avais-tu connu ?

Il s’appelait alors Simon Ritchie et il était hilarant… Il faisait sans arrêt des mimiques pour vanner les gens qu’il tournait en caricatures. Bien avant qu’il ne rejoigne les Sex Pistols, il rendait dingue McLaren. Je savais pertinemment ce que je faisais en le faisant venir dans le groupe – j’avais besoin d’un allié pour rétablir les équilibres, je me sentais si isolé. Mais je n’avais pas compris que Sid était si vulnérable. Il avait déjà des problèmes d’héroïne à cause de sa mère, et la célébrité, la publicité l’ont laminé. Je m’en veux de l’avoir fait venir : ça l’a mené à sa mort. Beaucoup de gens se laveraient les mains en niant ce lien de cause à effet, mais pas moi. Je suis en partie responsable de sa mort.

Comment as-tu vécu la fin des Sex Pistols ?

Notre fin était inéluctable, mais elle a été décrétée pour les mauvaises raisons. Nous avions fait ce que nous avions à faire, un second album aurait été stupide. Et j’avais besoin d’avancer. Ça a été une bénédiction pour moi, la fin des Pistols. J’avais appris ce que j’avais besoin d’apprendre, je pouvais en toute connaissance monter Public Image, je savais que je ne voulais plus de ces structures archaïques de chansons. J’ai monté Public Image tout en étant en procès avec les Sex Pistols et leur manager, qui revendiquaient la propriété de tout, y compris de mon propre surnom, Johnny Rotten… Mais bon, presque quarante ans après, je continue d’écrire, de faire des disques – et eux ? J’ai écrit Religion à l’époque des Sex Pistols : le thème et la structure ont tellement fait flipper les autres qu’ils n’ont pas voulu l’enregistrer. Tant pis, je l’ai gardé pour Public Image ! Ça m’a valu d’être interdit de séjour ici et là. Notamment en Irlande, mon pays d’origine, où je n’ai joué pour la première fois qu’il y a cinq ans.

Dans ta biographie, tu te moques de presque tous les groupes de la période punk, notamment The Clash…

J’aimais les Buzzcocks, ils écrivaient de manière naturelle. Chez The Clash, tout me semblait très étudié, ça finissait par sonner faux. Ça ne sert à rien d’ouvrir au hasard un livre de Marx pour trouver la phrase qui fera une chanson… L’écriture de Strummer me semblait superficielle et aléatoire (Il se tourne vers le ciel)… Désolé, Joe, mais si t’avais vraiment voulu piger Karl Marx, il fallait lire tout le livre – au lieu d’en voler des phrases. Et te forger ensuite ta propre opinion. Pourtant, nous étions tous très amis à une époque : humainement, je les aimais beaucoup. Mais je leur ai dit sincèrement ce que je pensais de leur groupe, et ils n’ont pas pu l’encaisser. Mon honnêteté m’a coûté tellement d’amitiés…

 

Te sens-tu toujours isolé, un paria ?

Plus du tout. Notamment depuis que je me suis rendu compte que tout le monde était inadapté et seul au fond. Nous avons tous peur de ne pas être acceptés. Mais il est logique de se sentir seul car, face à la mort, personne ne viendra vous aider, autant s’y habituer.

Envisages-tu la sérénité un jour ?

Je veux vous rassurer, je ne suis pas toujours aussi agité (rires)… Quand j’ai participé, pour une oeuvre caritative, à l’émission Je suis une célébrité, sortez-moi de là !, je n’avais pas anticipé que je me sentirais en harmonie avec une nature si violente et hostile… Je quittais sans arrêt le camp pour m’aventurer dans la vraie jungle, j’étais estomaqué que la nature ne me rejette pas. Ça a changé beaucoup de choses dans ma tête, je me suis même ensuite lancé dans une série d’émissions sur les insectes – alors que j’en avais la phobie. Pour la première fois de ma vie, oui, je découvrais une forme de sérénité. Et ça s’applique au groupe. Avec Public Image, aujourd’hui, je travaille pour la première fois sans tension, sans conflit. Nous nous connaissons par coeur, nous nous comprenons. On a appris à se respecter, à être gentils les uns envers les autres – ce qui relève du miracle quand on sait l’histoire du groupe depuis 1978.

Qu’est-ce qui fait la force de Public Image ?

Cette pulsation déformée jusqu’au méconnaissable de dub, de disco, de rock, de musique orientale, c’est le son de mon enfance, du quartier de Finsbury Park… Je n’ai jamais intellectualisé, conceptualisé ce son et ces textures, je savais qui je voulais enrôler pour y parvenir, qui mélanger avec qui. Mais bon, les drogues, les ego, les trahisons ont rendu le chemin chaotique, j’ai souvent suffoqué dans mon propre groupe. J’ai même dû l’arrêter plusieurs fois quand la situation devenait toxique. Malgré tout, je n’ai jamais pu abandonner la musique. Car ce serait renoncer aussi à l’écriture, à la poésie, à la littérature… Et puis, c’est assez gratifiant de savoir que sa musique en nourrit d’autres, que nous avons des héritiers – du moment qu’ils ne sont pas de simples voleurs.

Il y a quelques années, tu prenais la nationalité américaine. Un ultime fuck off à l’establishment anglais ?

J’espère bien ! Les Etats-Unis m’ont toujours bien traité, alors que l’Angleterre m’a maltraité. Et puis, je traînais de vieux dossiers sur mon passeport anglais : possession d’amphétamines, cambriolage d’une usine – comme tous les gosses de mon quartier, on n’avait que ça à faire ! Aujourd’hui encore, j’ignore tout de la morale – ça, c’est pour les religieux – mais je respecte beaucoup les valeurs. Je ne trompe et ne vole personne et je fais de mon mieux pour ne pas mentir. Même si sur ce dernier point, j’ai quelques progrès à faire. Il reste dans mon cerveau un petit elfe maléfique qui, de temps en temps, prend les commandes.

Rédigé par JD Beauvallet

Publié dans #Les Inrocks

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