La "Mommy" de Xavier Dolan est une bombe

Dolan n'est jamais dolent. A côté, le cinéma français de ces dernières semaines paraît pépère, appliqué, inoffensif, bedonnant, et pour tout dire hollandais.

Jane Campion a de l'humour. Au Festival de Cannes, le jury qu'elle présidait a équitablement partagé son prix entre un vétéran franco-suisse de 83 ans, Jean-Luc Godard, et un trublion québécois de 25 ans, Xavier Dolan (lire "le Nouvel Observateur" du 2 octobre p. 106-110).

Entre un désabusé et un enflammé. Moitié adieu au langage, moitié bonjour à la rage. Un coup de chapeau à la Nouvelle Vague d'hier, un coup de trompette pour celle d'aujourd'hui. Notons que la seconde est beaucoup plus précoce que la première: Godard avait en effet près de 30 ans lorsqu'il signa son premier film, «A bout de souffle», Dolan dix de moins quand il fit son apparition, à Cannes, avec le très autobiographique «J'ai tué ma mère», qui rafla trois prix.

« Mommy », son cinquième film, est une bombe. C'est bien simple: à côté, le cinéma français de ces dernières semaines, fût-il de bonne facture, paraît vieillot, pépère, appliqué, inoffensif, bedonnant, fainéant, et pour tout dire hollandais.

Dolan, lui, n'est jamais dolent. Il fait voler en éclats les codes du cadrage, de la narration et de la bienséance. C'est du cinéma brut, comme on dit art brut. A l'image de son héros de 16 ans, Steve (Antoine-Olivier Pilon), Dolan fait un cinéma d'hyperactif, de pugiliste, d'impulsif, de mal élevé, de mal-aimé, de colérique attendri et de sentimental contrarié.

En 134 minutes chrono et en joual, « Mommy » déroule la vie exaspérée, exacerbée de Steve entre le jour où il est expulsé d'un centre de rééducation et celui où... , mais je n'en dis pas plus, sous peine d'en déflorer le déchirant épilogue. Deux femmes, sa mère extravertie (Anne Dorval) et une voisine introvertie (Suzanne Clément), vont tout faire pour calmer, encadrer et réintégrer cet enfant sauvage.

Etonnante figure géométrique que ce triangle d'affects dessiné sur un écran carré. Tout y passe : la haine, l'hystérie, la drôlerie, l'espoir, la tendresse et la détresse. Même Céline Dion y est audible, c'est dire le talent hors norme de Xavier Dolan.

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