dans la jungle de l’orthographe, les naxalites

dans la jungle de l’orthographe, les naxalites

Carte de l'insurrection naxalite publiée par The Economist (2009).

Carte de l'insurrection naxalite publiée par The Economist (2009).

Nous tombâmes, lisant un papier sur l'Union indienne* (Le Monde daté 16 mai), non pas dans une embuscade naxalite*, mais seulement sur une vénielle confusion sémantique à propos des bases arrière desdits insurgés naxalites. Voici le passage :

"Il y a bien sûr la jungle, qui sert de repère aux naxalites [...]".

Il est bien plus probable que la jungle, sombre, épaisse et sous le couvert de laquelle ils peuvent se réfugier comme des bandits, des pirates, des brigands, voire des bêtes sauvages, leur serve de repaire. Le repaire est toujours un antre inquiétant abritant de dangereuses, malfaisantes et perfides créatures, comme les naxalites.
Un repaire ne sied pas aux personnes convenables.
Les homophones repaire et repère et pour cette raison si souvent confondus à l'écrit, ont une origine commune, le verbe latin repatriare, qui signifie "retourner dans sa patrie". Ils ont une évidente communauté de sens qui ajoute à la confusion, qui serait l'idée du retour à un endroit connu et rassurant.
Repaire a précédé de plusieurs siècles repère. Mais si leur étymon latin est commun, on ne peut les considérer comme des doublets (cf huit cents doublons). Car repère, selon le Robert historique, serait l'"altération graphique de repaire d'après le latin reperire" (retrouver, découvrir, imaginer). "Le développement sémantique qui le détache de repaire s'appuie sur l'idée du retour à un certain point, l'accent étant mis par métonymie sur ce point".
Qu'ajouter ? Sinon qu'il y a de quoi perdre ses repères dans la jungle de l'orthographe.

---

* Comme nul n'en ignore "la plus grande démocratie du monde" (il est interdit de rire ; cf la plus grande ânerie du monde).
*  La rebellion naxalite (du nom d'un village du Bengale, Naxalbari, qui en fut le foyer) est une insurrection paysanne d'obédience maoïste née à la fin des années soixante et qui toucherait un tiers des Etats de l'Union indienne.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
à bientôt car sans Toi, c'est pas pareil ! -  Hébergé par Overblog