« Seul dans Berlin » et bientôt seul… dans Paris ?

Une nouvelle traduction de Seul dans Berlin, d'Hans Fallada, a récemment été publiée aux éditions Denoël*.
Il s'agit pour la première fois de la version intégrale de ce roman extraordinaire écrit en quelques semaines et paru en Allemagne en 1946, sous le titre Jeder stirbt für sich allein ("on est seul quand on meurt", traduction approximative).

Cet ouvrage était une commande des autorités d'occupation soviétiques, qui fournirent à l'auteur le dossier de la Gestapo sur un couple d'ouvriers berlinois pourtant sans histoires et partisan du régime, Elise et Otto Hampe ; ce couple déclara sa guerre personnelle à Hitler après l'annonce de la mort de son fils unique lors de la campagne de France.
Avec des précautions infinies, ils laissaient des tracts manuscrits dans des endroits passants, déclenchant une chasse policière méthodique. Un appareil d'Etat féroce et démesuré aux trousses de deux ouvriers sans aucune expérience de la clandestinité, mus par leur chagrin et le sentiment d'avoir été floués, trahis toute leur existence.
Le tout dans l'ambiance crépusculaire d'un Berlin où chaque immeuble est mis en coupe réglée par les petits caïds nazis. Il y a du 1984 d'Orwell dans ce livre, façon de dire que son issue est aussi tragique. Et qu'il touche à l'universel : comment ne jamais se soumettre devant une dictature, aussi implacable fût-elle. Disons aussi qu'il illustre bien ce fait : la première victime du nazisme fut le peuple allemand.

Il faut lire et faire lire ce livre. Que l'on nous pardonne cet inhabituel ton jussif, mais si nous devions avoir de l'influence une seule fois, que cela soit celle-là. Et puis, l'évolution du monde étant ce qu'elle est, avec la montée quasi universelle de la noire réaction, qui sait ? bientôt viendra le tour de chacun de se sentir seul dans... sa ville ?

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* traduit de l'allemand par Laurence Courtois.

« Seul dans Berlin » et bientôt seul… dans Paris ?
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